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Location-gérance et nullité absolue : quand le droit au renouvellement du bail commercial s'évanouit
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Location-gérance et nullité absolue : quand le droit au renouvellement du bail commercial s'évanouit

📅 Décision du 22 mars 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'un preneur qui n'a pas exploité personnellement le fonds pendant deux ans ne peut consentir une location-gérance valable. Le contrat est nul de nullité absolue, entraînant la perte du droit au renouvellement du bail commercial.

Décision de référence : cc • N° 17-15.830 • 2018-03-22 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Pessac, que vous louez à un commerçant. Un jour, vous apprenez que votre locataire a confié son fonds de commerce à un tiers sans vous en parler, et que ce tiers ne paie plus les loyers. Pire : le locataire n'avait jamais vraiment exploité le fonds lui-même. Vous vous demandez : ai-je le droit de refuser le renouvellement du bail ? Puis-je récupérer mon local ?

Cette question, la Cour de cassation y a répondu le 22 mars 2018 (arrêt n° 17-15.830). Elle a tranché : lorsque le preneur (locataire) consent une location-gérance sans avoir exploité le fonds pendant au moins deux ans, le contrat de location-gérance est frappé de nullité absolue. Et cette nullité entraîne la déchéance du droit au renouvellement du bail commercial. En clair, le bailleur peut rejeter la demande de renouvellement et récupérer les lieux sans indemnité d'éviction.

Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel de l'immobilier, cet arrêt change la donne. Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

À La Teste-de-Buch, la société Vengeance est propriétaire d'un local commercial, donné à bail à un preneur depuis le 1er avril 2004. Le contrat de bail prévoit une clause classique : toute cession ou sous-location doit être notifiée au bailleur par acte extrajudiciaire ou lettre recommandée. Le 6 avril 2005, le preneur consent une location-gérance de son fonds de commerce à un tiers. Problème : il n'avait pas exploité lui-même le fonds pendant deux ans avant cette location-gérance. Pire, il n'a pas respecté la clause d'information du bail.

Quelques années plus tard, le bailleur refuse le renouvellement du bail et saisit le tribunal. Il argue que la location-gérance est nulle, car le preneur n'a pas respecté l'obligation légale d'exploitation personnelle préalable de deux ans (article L. 144-1 du Code de commerce). Le preneur, lui, soutient que la location-gérance n'est ni une cession ni une sous-location, et que la nullité n'affecte pas son droit au renouvellement.

La cour d'appel de Bordeaux donne raison au bailleur : la location-gérance est nulle de nullité absolue, et le preneur perd son droit au renouvellement. Le preneur se pourvoit en cassation. La Cour de cassation confirme : la nullité absolue du contrat de location-gérance entraîne la déchéance du droit au renouvellement, car le preneur n'a jamais exploité personnellement le fonds.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 144-1 du Code de commerce, qui dispose que « le propriétaire d'un fonds de commerce ne peut en consentir la location-gérance que s'il l'a exploité personnellement pendant deux années au moins ». Cette condition est d'ordre public : sa violation entraîne la nullité absolue du contrat.

Pourquoi absolue ? Parce que la règle protège l'intérêt général (éviter les montages frauduleux) et non pas seulement l'intérêt d'une partie. Nullité absolue signifie que n'importe qui (bailleur, locataire, tiers) peut l'invoquer, et qu'elle est imprescriptible (sauf délai de droit commun).

Les juges rappellent que la location-gérance n'est ni une cession du bail, ni une sous-location. C'est un contrat par lequel le propriétaire du fonds (le locataire-gérant) en confie l'exploitation à un tiers (le gérant). Mais ici, le preneur n'était pas propriétaire du fonds au sens de l'article L. 144-1, puisqu'il ne l'avait pas exploité. La Cour écarte donc l'argument du preneur selon lequel la location-gérance échapperait aux clauses du bail sur les cessions et sous-locations. Elle considère que la nullité du contrat de location-gérance prive le preneur de la qualité de locataire exploitant, condition indispensable pour bénéficier du droit au renouvellement (article L. 145-8 du Code de commerce).

Cette décision confirme une jurisprudence constante : la location-gérance consentie en violation de l'article L. 144-1 est nulle, et le preneur ne peut pas réclamer un bail renouvelé. C'est une application logique : on ne peut pas transmettre un droit que l'on n'a pas.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le bailleur (propriétaire) : si votre locataire a donné son fonds en location-gérance sans l'avoir exploité deux ans, vous pouvez refuser le renouvellement du bail et récupérer votre local sans payer d'indemnité d'éviction. Exemple : à Pessac, un bailleur loue un local à un traiteur. Le traiteur, sans jamais cuisiner lui-même, confie le fonds à un tiers. Au bout de 9 ans, le bailleur refuse le renouvellement. Grâce à cet arrêt, il peut obtenir la nullité de la location-gérance et la libération des lieux.

Pour le locataire (preneur) : attention ! Si vous souhaitez donner votre fonds en location-gérance, vous devez d'abord l'exploiter personnellement pendant deux ans. Sinon, non seulement la location-gérance est nulle, mais vous perdez votre droit au renouvellement. Votre investissement peut s'effondrer. Un client à La Teste-de-Buch avait acheté un bail, loué le fonds sans exploitation préalable, et s'est vu refuser le renouvellement. Résultat : il a dû quitter les lieux sans indemnité, perdant son fonds et son fonds de commerce.

Pour le gérant (celui qui exploite) : vous êtes vulnérable. Si la location-gérance est nulle, votre contrat est caduc. Vous pouvez être expulsé. Vérifiez toujours que le donneur a bien exploité le fonds deux ans avant de signer. Demandez des justificatifs (comptes, déclarations fiscales).

Pour l'acquéreur d'un fonds : si vous achetez un fonds donné en location-gérance, assurez-vous que le vendeur (le locataire) a respecté les deux ans d'exploitation. Sinon, vous pourriez hériter d'un droit au renouvellement contestable.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez l'exploitation personnelle du donneur. Avant de signer une location-gérance, exigez les bilans comptables des deux dernières années et une attestation sur l'honneur. Le donneur doit justifier qu'il a exploité lui-même le fonds.
  • Respectez les clauses du bail. Même si la location-gérance n'est pas une cession, le bail peut exiger une information préalable. Informez toujours le bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception, comme le prévoit la clause, pour éviter une contestation.
  • Incluez une condition résolutoire dans le contrat de location-gérance. Prévoyez que si la nullité est prononcée, le contrat prend fin automatiquement, et le gérant devra restituer le fonds sans indemnité.
  • Consultez un avocat avant toute opération. Un audit juridique de 30 minutes peut vous éviter des années de procédure. Maître Zakine vous reçoit à son cabinet à Bordeaux ou en visioconférence.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, la Cour de cassation (chambre commerciale, 14 octobre 2008, n° 07-18.641) avait jugé que la location-gérance consentie en violation de l'article L. 144-1 est nulle, et que le preneur ne peut se prévaloir du statut des baux commerciaux. Plus récemment, un arrêt du 12 janvier 2022 (n° 20-22.365) a précisé que la nullité absolue peut être invoquée par tout intéressé, même après la fin du contrat.

La tendance est claire : les juges protègent le bailleur contre les montages visant à contourner l'obligation d'exploitation personnelle. Pour l'avenir, attendez-vous à ce que les tribunaux soient de plus en plus stricts sur la preuve de l'exploitation. Un simple dépôt de bilan ou une exploitation partielle pourraient ne pas suffire. Il faut une exploitation effective, continue et personnelle.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ : questions pratiques

  1. Puis-je consentir une location-gérance si j'ai exploité le fonds moins de deux ans ? Non, c'est interdit. Le contrat est nul de nullité absolue, et vous perdez votre droit au renouvellement.
  2. Que faire si mon locataire a donné son fonds en location-gérance sans mon accord ? Vous pouvez saisir le tribunal pour faire constater la nullité de la location-gérance et refuser le renouvellement du bail. Consultez un avocat rapidement.
  3. Le gérant peut-il réclamer des dommages-intérêts si la location-gérance est nulle ? Oui, s'il a subi un préjudice (ex : investissements perdus). Il peut agir contre le donneur sur le fondement de la responsabilité contractuelle (article 1231-1 du Code civil).
  4. Quel est le délai pour agir en nullité ? La nullité absolue est imprescriptible, mais il est prudent d'agir dans les 5 ans à compter de la découverte du vice, pour éviter tout débat.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la nullité absolue d'un contrat de location-gérance ?

La nullité absolue est une sanction qui frappe un contrat conclu en violation d'une règle d'ordre public. Elle peut être invoquée par toute personne intéressée (bailleur, locataire, gérant) et n'est pas susceptible de confirmation. En matière de location-gérance, elle intervient lorsque le donneur n'a pas exploité personnellement le fonds pendant deux ans au moins.

Puis-je perdre mon droit au renouvellement du bail si j'ai consenti une location-gérance sans exploitation préalable ?

Oui, c'est exactement ce que dit la Cour de cassation. La nullité de la location-gérance vous prive de la qualité d'exploitant, condition essentielle pour bénéficier du statut des baux commerciaux. Vous ne pouvez donc pas demander le renouvellement du bail.

Que faire si mon locataire a donné son fonds en location-gérance sans mon accord ?

Vous pouvez agir en justice pour faire constater la nullité de la location-gérance, si le locataire n'a pas exploité le fonds deux ans. Vous pourrez alors refuser le renouvellement du bail et récupérer votre local sans indemnité d'éviction. Consultez un avocat spécialisé.

Quels sont les délais pour agir en nullité d'une location-gérance ?

La nullité absolue est imprescriptible, mais il est recommandé d'agir dans un délai raisonnable (5 ans à compter de la découverte du vice) pour éviter tout débat sur la prescription. En pratique, saisissez le tribunal dès que vous avez connaissance de la violation.

Un gérant peut-il réclamer des dommages-intérêts si la location-gérance est annulée ?

Oui, le gérant peut demander réparation de son préjudice (investissements, perte d'exploitation) sur le fondement de la responsabilité contractuelle du donneur, si ce dernier ne l'a pas informé de l'irrégularité. Mais il doit prouver sa bonne foi et le préjudice subi.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-15.830
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 mars 2018

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Bailleur à Pessac : récupérer son local sans indemnité

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Pessac, loue à un traiteur. Le traiteur n'exploite pas lui-même et confie le fonds à un tiers via une location-gérance. Après 9 ans, M. Dupont refuse le renouvellement. Le traiteur réclame une indemnité d'éviction.

Application pratique:

Grâce à cet arrêt, M. Dupont peut invoquer la nullité de la location-gérance pour défaut d'exploitation personnelle de deux ans. Il obtient la déchéance du droit au renouvellement et récupère son local sans payer d'indemnité. Il doit saisir le tribunal de commerce dans les deux mois suivant le refus de renouvellement.

2

Locataire à La Teste-de-Buch : éviter la perte du droit au bail

Mme Martin, locataire d'un local à La Teste-de-Buch, souhaite confier son fonds de commerce à un gérant pour partir en retraite. Elle n'a exploité que 18 mois. Elle signe une location-gérance. Le bailleur découvre la situation et refuse le renouvellement.

Application pratique:

Mme Martin doit prouver qu'elle a exploité personnellement pendant deux ans. Sinon, la location-gérance est nulle et elle perd son droit au renouvellement. Solution : attendre d'avoir exploité 24 mois, ou négocier une cession de bail avec l'accord du bailleur. Consulter un avocat avant toute signature.

3

Acquéreur d'un fonds loué : sécuriser son investissement

M. Legrand achète un fonds de commerce à Bordeaux, donné en location-gérance. Le vendeur n'avait pas exploité le fonds deux ans. Après l'achat, le bailleur refuse le renouvellement du bail. M. Legrand perd son fonds et son investissement.

Application pratique:

Avant d'acheter, M. Legrand doit exiger du vendeur les preuves d'exploitation personnelle (bilans, déclarations fiscales) pendant deux ans. Si le vendeur n'a pas respecté la règle, il peut renoncer à l'achat ou négocier une réduction de prix. En cas de litige, il peut se retourner contre le vendeur pour défaut d'information.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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