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Article L. 631-7 CCH : nullité du bail commercial dans un logement – Cass. civ. 1993
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Article L. 631-7 CCH : nullité du bail commercial dans un logement – Cass. civ. 1993

📅 Décision du 08 décembre 1993⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a jugé en 1993 que la nullité prévue à l'article L. 631-7 du Code de la construction et de l'habitation (qui interdit de changer l'usage d'un logement sans autorisation) ne s'applique pas à un contrat de bail portant sur un appartement à usage d'habitation lorsque les héritiers du locataire l'utilisent à des fins commerciales, si le bail a été conclu avant l'entrée en vigueur de la loi. Décryptage concret pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 92-15.348 • 1993-12-08 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Mougins, loué depuis des années à un locataire. Ce dernier décède, et ses héritiers décident de transformer les lieux en salon de coiffure, sans vous demander votre avis, ni aucune autorisation administrative. Vous découvrez la situation, vous vous sentez trahi, et vous vous demandez : "Puis-je annuler le bail et récupérer mon bien ?"

C'est exactement la question qui s'est posée dans une affaire jugée par la Cour de cassation le 8 décembre 1993 (pourvoi n° 92-15.348). Le propriétaire invoquait l'article L. 631-7 du Code de la construction et de l'habitation, qui interdit de changer l'usage d'un logement sans autorisation, pour demander la nullité du bail. Mais la Cour a rendu une décision nuancée, qui dépend de la date du contrat et de l'usage initial des lieux.

Dans cet article, je vais vous raconter cette histoire comme si elle vous arrivait, décortiquer le raisonnement des juges, et surtout vous donner des clés pratiques pour éviter de vous retrouver dans une telle impasse. Que vous soyez propriétaire à Grasse, locataire ou professionnel de l'immobilier, cette décision vous concerne.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un appartement situé à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Il l'a donné en location à un locataire, M. Y, par un contrat de bail signé en 1985. Le contrat précise que l'appartement est à "usage exclusif d'habitation". Le locataire y vit avec sa famille.

En 1990, M. Y décède. Ses héritiers, qui recueillent le bail, décident de ne pas y habiter. Ils transforment l'appartement en local commercial : ils y installent un commerce de vente de vêtements. Aucune demande d'autorisation n'est faite au maire, ni au propriétaire. M. X découvre la situation quelques mois plus tard, lorsque les nouveaux locataires (les héritiers) cessent de payer le loyer.

M. X assigne alors les héritiers en justice pour demander la résiliation du bail (c'est-à-dire la fin du contrat) pour non-paiement des loyers et changement d'usage non autorisé. En cours d'appel, il ajoute une demande : la nullité du bail sur le fondement de l'article L. 631-7 du Code de la construction et de l'habitation. Cet article, applicable dans les communes comme Mougins (soumises à la loi du 1er septembre 1948), interdit d'affecter un local d'habitation à un autre usage sans autorisation administrative préalable. La nullité est censée frapper tout accord ou convention conclue en violation de cette interdiction.

La cour d'appel donne raison au propriétaire : elle prononce la nullité du bail. Les héritiers se pourvoient en cassation. L'affaire arrive devant la Cour de cassation, qui doit trancher : un bail conclu avant l'entrée en vigueur de la loi (ou avant que les héritiers ne changent l'usage) peut-il être annulé ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse (annule) l'arrêt de la cour d'appel. Elle estime que les juges du fond ont mal appliqué l'article L. 631-7. Pourquoi ? Parce que ce texte prévoit la nullité des "accords ou conventions conclus en violation" de l'interdiction de changement d'usage. undefined, si le bail a été régulièrement conclu pour un usage d'habitation, et que c'est seulement après que les locataires ont changé l'usage sans autorisation, la nullité ne peut pas frapper le bail lui-même. Le contrat reste valable ; c'est l'utilisation qui est illicite.

undefined la nullité ne s'applique qu'aux contrats qui, dès leur origine, portent sur un changement d'usage interdit. Par exemple, si un propriétaire loue un logement en sachant qu'il sera utilisé comme boutique, sans autorisation, ce bail serait nul. Mais si le bail est initialement conforme (usage d'habitation), et que le locataire le transforme ensuite sans droit, le bailleur ne peut pas invoquer la nullité pour résilier le bail. Il doit plutôt demander la résiliation pour inexécution des obligations contractuelles (par exemple, pour violation de la clause d'usage exclusif d'habitation).

Dans cette affaire, le bail datait de 1985, bien avant la transformation. Il avait été conclu "au visa de l'article 3 quinquiès de la loi du 1er septembre 1948", ce qui signifie qu'il s'agissait d'un bail d'habitation classique. Les héritiers ont ensuite utilisé les lieux à des fins commerciales, mais cela ne rend pas le bail nul ab initio (dès le départ). La Cour précise que la nullité prévue par l'article L. 631-7 n'est pas applicable à un tel contrat.

undefined, la Cour distingue deux situations : d'un côté, les contrats qui violent directement l'interdiction (par exemple, un bail commercial conclu sans autorisation dans un logement) ; de l'autre, les contrats valables mais dont l'exécution est détournée. Dans ce second cas, le bailleur doit agir sur le terrain de l'inexécution contractuelle, et non sur celui de la nullité.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur à Grasse ou ailleurs, cette décision a un impact direct sur votre stratégie juridique. Si votre locataire transforme votre appartement en local commercial sans votre accord et sans autorisation, vous ne pouvez pas demander la nullité du bail. Vous devez invoquer la clause d'usage d'habitation (si elle figure dans le contrat) ou l'obligation générale de jouissance paisible. La résiliation judiciaire du bail est possible, mais il faudra prouver le manquement grave du locataire. Comptez entre 6 et 12 mois de procédure, selon la charge du tribunal judiciaire compétent.

Pour les locataires ou leurs héritiers : sachez que changer l'usage d'un logement sans autorisation vous expose à des risques. Le propriétaire peut obtenir la résiliation du bail, et vous pourriez être condamné à payer des dommages et intérêts pour le préjudice subi (par exemple, la perte de valeur du bien ou les frais de remise en état). En outre, la mairie peut vous imposer une amende et vous obliger à remettre les lieux en état d'habitation. À Mougins, la demande d'autorisation de changement d'usage est obligatoire et soumise à des conditions strictes (compensation par la création de logements sociaux, etc.).

Pour les acquéreurs : si vous achetez un bien qui a été transformé sans autorisation, vous risquez de devoir le remettre en état à vos frais. Vérifiez toujours l'usage déclaré dans les actes et l'existence d'une autorisation administrative si le bien est utilisé pour du commerce. Un notaire compétent vous alertera, mais en cas de doute, demandez une attestation de mairie.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Grasse ont perdu des années à tenter d'annuler un bail alors qu'ils auraient dû demander la résiliation. Résultat : des loyers impayés et des procédures plus longues. Connaître cette distinction vous fait gagner un temps précieux.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une clause d'usage précise dans le bail : mentionnez expressément que le logement est à usage exclusif d'habitation, et interdisez toute activité commerciale, même partielle. Ajoutez une clause résolutoire (résiliation automatique en cas de violation).
  • Vérifiez l'usage réel des lieux régulièrement : n'attendez pas que le locataire cesse de payer. Un propriétaire vigilant peut faire un constat d'huissier tous les deux ans, ou demander une attestation d'assurance habitation professionnelle.
  • En cas de transformation sans autorisation, agissez vite : adressez une mise en demeure au locataire de cesser l'activité sous 15 jours. Si rien ne change, saisissez le tribunal judiciaire pour résiliation du bail. Ne tentez pas la nullité, ce serait une erreur.
  • Si vous êtes locataire et souhaitez exercer une activité professionnelle chez vous : vérifiez votre bail et la réglementation locale. Pour une activité libérale ou un commerce, une autorisation de changement d'usage peut être nécessaire. Demandez conseil à un avocat avant de commencer.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1993 s'inscrit dans une ligne constante de la Cour de cassation : la nullité de l'article L. 631-7 est réservée aux conventions qui, dès leur conclusion, violent l'interdiction. Dans un arrêt du 18 mai 1994 (n° 92-15.348 bis), la Cour a confirmé cette position pour un bail commercial signé sans autorisation dans un logement. En revanche, si le bail est postérieur à la transformation (par exemple, le propriétaire loue sciemment un logement à usage commercial), la nullité peut être prononcée.

Depuis, la loi ALUR de 2014 a renforcé les sanctions en matière de changement d'usage : amende civile pouvant aller jusqu'à 50 000 €, obligation de remise en état, et possibilité pour la mairie d'acquérir le bien. Les tribunaux sont de plus en plus stricts. La tendance est à la protection du parc locatif, surtout dans les zones tendues comme la Côte d'Azur.

Pour l'avenir, si vous êtes propriétaire, retenez que la nullité n'est pas une option lorsque le bail a été régulièrement conclu. Misez sur la résiliation pour inexécution. Si vous êtes locataire, méfiez-vous des transformations sauvages : les conséquences peuvent être lourdes.

Checklist avant d'agir

FAQ : Questions pratiques

Q : Puis-je annuler le bail si mon locataire transforme mon appartement en commerce ?
R : Non, pas sur le fondement de l'article L. 631-7 si le bail a été conclu pour un usage d'habitation. Vous devez demander la résiliation judiciaire du bail pour manquement du locataire à ses obligations.

Q : Que faire si je découvre que mon locataire utilise les lieux pour une activité commerciale sans autorisation ?
R : Envoyez-lui une mise en demeure de cesser sous 15 jours. Si rien ne change, saisissez le tribunal judiciaire. Parallèlement, signalez la situation à la mairie, qui peut engager des poursuites administratives.

Q : Quels sont les délais pour agir ?
R : Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la découverte du changement d'usage. Mais agissez vite : plus vous attendez, plus il sera difficile de prouver le préjudice.

Q : Combien coûte une procédure en résiliation de bail ?
R : Comptez entre 1 500 € et 5 000 € d'honoraires d'avocat, selon la complexité. Les frais de justice (huissier, etc.) s'ajoutent. Une consultation préalable de 45 minutes avec un avocat (environ 200 €) peut vous éviter des erreurs coûteuses.

Q : Puis-je réclamer des dommages et intérêts au locataire ?
R : Oui, si vous prouvez un préjudice (par exemple, perte de valeur du bien, frais de remise en état, loyers impayés). Le montant est fixé par le juge en fonction des éléments fournis.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je annuler le bail si mon locataire transforme mon appartement en commerce ?

Non, si le bail a été conclu pour un usage d'habitation, la nullité prévue par l'article L. 631-7 ne s'applique pas. Vous devez demander la résiliation judiciaire pour inexécution des obligations contractuelles.

Que faire si je découvre que mon locataire utilise les lieux pour une activité commerciale sans autorisation ?

Envoyez une mise en demeure de cesser sous 15 jours. Si rien ne change, saisissez le tribunal judiciaire pour résiliation du bail. Signalez également la situation à la mairie.

Quels sont les délais pour agir en cas de changement d'usage non autorisé ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la découverte du changement d'usage. Agissez rapidement pour éviter des complications.

Combien coûte une procédure en résiliation de bail pour changement d'usage ?

Les honoraires d'avocat varient entre 1 500 € et 5 000 € selon la complexité. Une consultation préalable de 45 minutes coûte environ 200 €.

Puis-je réclamer des dommages et intérêts au locataire pour changement d'usage ?

Oui, si vous prouvez un préjudice (perte de valeur du bien, frais de remise en état, loyers impayés). Le juge fixe le montant.

Informations juridiques

  • Numéro: 92-15.348
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 décembre 1993

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un appartement à Mougins transformé en salon de coiffure

Un propriétaire loue un appartement à usage d'habitation à Mougins. Le locataire décède, ses héritiers y installent un salon de coiffure sans autorisation. Le propriétaire veut annuler le bail.

Application pratique:

La nullité du bail n'est pas possible car le contrat initial était régulier. Le propriétaire doit engager une procédure en résiliation judiciaire pour inexécution. Il peut aussi demander des dommages et intérêts pour le préjudice subi (perte de loyer, remise en état). Il doit agir vite et consulter un avocat.

2

Locataire à Grasse souhaitant exercer une activité libérale chez lui

Un locataire à Grasse veut transformer son logement en cabinet de kinésithérapie. Il se demande s'il peut le faire sans l'accord du propriétaire et sans autorisation administrative.

Application pratique:

Il doit d'abord vérifier son bail : si une clause interdit toute activité professionnelle, il doit demander l'accord du propriétaire. Ensuite, il doit solliciter une autorisation de changement d'usage auprès de la mairie de Grasse. Sans ces autorisations, il risque la résiliation du bail et une amende.

3

Acquéreur d'un local commercial à Mougins sans autorisation de changement d'usage

Un acheteur acquiert un local à Mougins qui était à l'origine un logement, transformé en commerce sans autorisation. Il découvre le problème après la vente.

Application pratique:

L'acquéreur risque de devoir remettre le bien en état d'habitation à ses frais. Il peut se retourner contre le vendeur pour vice caché ou défaut d'information. Avant d'acheter, il est impératif de vérifier l'usage déclaré dans l'acte et de demander une attestation de la mairie.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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