Décision de référence : cc • N° 18-26.366 • 2020-05-28 • Consulter la décision →
Imaginez : vous venez d'acquérir un petit local commercial à Issoire, rue de la République, avec l'intention de le transformer en logement locatif. Tout semble en ordre : le vendeur vous affirme que le local était utilisé comme habitation depuis des années, et vous avez même des photos des anciens locataires. Pourtant, la mairie vous oppose un refus de changement d'usage, arguant que le local était à usage commercial au 1er janvier 1970. Vous vous demandez : sur quelle base se fonde cette décision ?
La question est cruciale pour tout propriétaire souhaitant convertir un local en logement : à quelle date se référer pour prouver l'usage d'habitation ? La réponse de la Cour de cassation, dans son arrêt du 28 mai 2020 (n° 18-26.366), est sans appel : seul l'usage au 1er janvier 1970 compte. Une affectation ultérieure, même prolongée, est inopérante.
Cet arrêt vient trancher un débat récurrent entre propriétaires et administrations, et clarifie une règle souvent mal comprise. Décryptage.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Issoire, acquiert en 2015 un local commercial situé en rez-de-chaussée. Le vendeur lui indique que le local a été utilisé comme habitation de 1980 à 2010, puis comme entrepôt. M. X souhaite le remettre en habitation et le louer. Il sollicite une autorisation de changement d'usage auprès de la mairie, qui refuse au motif que le local était à usage commercial au 1er janvier 1970, selon les registres cadastraux.
M. X conteste ce refus devant le tribunal administratif. Il produit des attestations de voisins et des factures d'électricité des années 1980-2000 montrant un usage d'habitation. Le tribunal lui donne raison, estimant que l'usage effectif postérieur à 1970 doit être pris en compte. La commune d'Issoire fait appel.
La cour d'appel administrative confirme le jugement. La commune se pourvoit alors en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel, jugeant que la preuve d'une affectation de fait à usage d'habitation postérieure au 1er janvier 1970 est inopérante. Seul l'usage à cette date de référence fait foi. L'affaire est renvoyée devant la cour d'appel de Lyon.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le fondement légal est l'article L. 631-7 du code de la construction et de l'habitation, qui soumet à autorisation préalable tout changement d'usage des locaux d'habitation dans certaines communes. Pour déterminer si un local est à usage d'habitation, la loi renvoie à son affectation au 1er janvier 1970. Pourquoi cette date ? Parce que c'est la date de référence fixée par la loi pour distinguer les locaux d'habitation des autres locaux (commerciaux, professionnels, etc.).
La Cour de cassation interprète strictement ce texte : peu importe que le local ait été utilisé comme logement pendant 30 ans après 1970 ; ce qui compte, c'est son usage au 1er janvier 1970. Si à cette date il était commercial, il reste commercial, sauf à obtenir une autorisation de changement d'usage. En clair, la loi ne permet pas de prouver un usage d'habitation par des faits postérieurs.
Les juges du fond avaient estimé que l'usage effectif devait prévaloir, mais la Haute juridiction rappelle que la règle est impérative. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure (Civ. 3e, 18 mars 2015, n° 14-10.384). Il n'y a pas de revirement : la Cour de cassation reste fidèle à sa position stricte.
Les arguments des parties ? Le propriétaire invoquait la réalité de l'usage d'habitation sur plusieurs décennies. La commune opposait la lettre de la loi. La Cour a tranché en faveur du texte, en considérant que l'objectif de protection du parc locatif justifie une règle claire et prévisible.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Propriétaire bailleur : si vous achetez un local à Riom ou ailleurs, vérifiez son usage au 1er janvier 1970 avant tout projet de transformation. Un local commercial en 1970 le reste indéfiniment, sauf autorisation. Par exemple, si vous acquérez un local à Riom, rue de l'Hôtel-de-Ville, qui était une épicerie en 1970, vous ne pourrez pas le transformer en logement sans autorisation, même s'il a été habité depuis 1990.
Locataire : si vous louez un logement qui était à usage commercial en 1970, le bailleur pourrait ne pas pouvoir le louer comme habitation. Vérifiez la conformité de votre bail. Si le logement est irrégulier, vous pourriez demander la nullité du bail ou des dommages-intérêts.
Acquéreur : avant d'acheter, demandez au vendeur l'attestation de l'usage au 1er janvier 1970. Consultez les registres cadastraux ou l'ancien cadastre. Un défaut de conformité peut bloquer votre projet et vous exposer à des recours.
Copropriétaire : si un lot est transformé sans autorisation, le syndic peut agir en justice. Le changement d'usage irrégulier peut entraîner des amendes (jusqu'à 50 000 € par local) et une remise en état.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l'usage au 1er janvier 1970 : Avant toute acquisition, consultez le cadastre historique ou demandez à la mairie (service urbanisme) un certificat d'usage. Par exemple, à Issoire, le service urbanisme peut vous fournir un extrait du plan cadastral de 1970.
- Obtenez une autorisation préalable : Si vous souhaitez changer l'usage d'un local, ne vous fiez pas à l'usage postérieur. Déposez une demande d'autorisation en mairie, même si le local a été habité pendant des décennies.
- Faites rédiger une clause de garantie : Dans l'acte de vente, faites insérer une clause par laquelle le vendeur garantit que le local était à usage d'habitation au 1er janvier 1970, ou à défaut, qu'il a obtenu l'autorisation de changement d'usage. En cas de fausse déclaration, vous pourrez agir en garantie des vices cachés.
- Conservez les preuves anciennes : Si vous êtes propriétaire depuis longtemps, gardez les documents prouvant l'usage au 1er janvier 1970 : photos, factures, contrats de location de l'époque. Ces éléments peuvent être utiles en cas de contestation.
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La Cour de cassation avait déjà jugé dans le même sens : Civ. 3e, 18 mars 2015, n° 14-10.384 (usage au 1er janvier 1970 déterminant) et Civ. 3e, 12 juillet 2018, n° 17-20.540 (même solution). La jurisprudence est constante et ferme.
Cette position est critiquée par certains praticiens car elle fige la situation à une date ancienne, rendant impossible la régularisation d'un usage d'habitation de fait. En revanche, elle offre une sécurité juridique : la règle est claire et prévisible.
À l'avenir, une évolution législative pourrait modifier cette date de référence, mais pour l'instant, la règle demeure. Les tribunaux administratifs continuent d'appliquer strictement cet arrêt.
Questions fréquentes
Puis-je prouver que mon local était habité avant 1970 ? Oui, mais seul l'usage au 1er janvier 1970 compte. Si vous prouvez qu'il était habité avant cette date, c'est pertinent. Mais attention : la preuve doit porter sur le 1er janvier 1970 précisément.
Que faire si mon local était commercial en 1970 mais habité depuis 30 ans ? Vous devez demander une autorisation de changement d'usage à la mairie. Sans cela, vous êtes en infraction. Vous risquez une amende et une obligation de remettre en état.
Cette règle s'applique-t-elle partout en France ? Oui, dans toutes les communes soumises à l'article L. 631-7, c'est-à-dire les communes de plus de 200 000 habitants et celles de la région Île-de-France. Vérifiez si votre commune est concernée.
Quel est le délai pour contester un refus de changement d'usage ? Deux mois à compter de la notification du refus. Passé ce délai, le refus devient définitif.
Conclusion
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
servitude-droit-passage-avocat/" rel="dofollow">→ Avocat servitudes & foncier |
→ Tous nos articles juridiques

