Décision de référence : cc • N° 06-19.129 • 2008-01-23 • Consulter la décision →
Imaginez-vous, propriétaire d'un local commercial à Sin-le-Noble, près de Douai. Vous avez signé un bail il y a neuf ans, avec une clause qui prévoit que le locataire ne pourra pas demander le renouvellement. Vous pensiez être tranquille. Mais voilà que votre locataire, un fleuriste installé depuis des années, vous annonce qu'il veut renouveler le bail. Vous lui opposez la clause. Lui vous répond qu'elle est nulle. Qui a raison ?
Cette question, la Cour de cassation l'a tranchée dans un arrêt du 23 janvier 2008 (n° 06-19.129). Elle a jugé que toute clause qui fait échec au droit au renouvellement du bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial est nulle, et non simplement réputée non écrite. Mais quelle différence ? Et surtout, que faire si vous êtes concerné ?
undefined, cet arrêt est une arme redoutable pour les locataires, mais un piège pour les propriétaires mal conseillés. Plongeons dans les détails.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X est propriétaire d'un local commercial à Paris, qu'il loue à une société exploitant une boutique de prêt-à-porter. Le bail, signé en 1997, contient une clause stipulant que le locataire renonce à son droit au renouvellement du bail commercial. En 2005, le locataire souhaite renouveler le bail. Le propriétaire refuse, se fondant sur cette clause. Le locataire assigne alors le propriétaire devant le tribunal de grande instance de Paris pour faire reconnaître la nullité de la clause et obtenir le renouvellement.
Le tribunal donne raison au locataire : la clause est nulle car elle contrevient à l'article L. 145-15 du code de commerce, qui prévoit que toute clause ayant pour effet de faire échec au droit au renouvellement est nulle. Le propriétaire fait appel. La cour d'appel de Paris, dans un arrêt du 21 juin 2006, confirme la nullité, mais ajoute que la clause est réputée non écrite, ce qui signifie qu'elle est censée n'avoir jamais existé. Le propriétaire se pourvoit en cassation.
Devant la Cour de cassation, le propriétaire soutient que la clause n'est pas nulle mais simplement réputée non écrite, car la loi ne prévoit pas expressément la nullité. La Haute juridiction rejette cet argument : elle rappelle que l'article L. 145-15 prévoit la nullité comme sanction, et que la cour d'appel a violé ce texte en déclarant la clause réputée non écrite. L'arrêt est cassé, et l'affaire renvoyée devant la cour d'appel de Paris, autrement composée.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 145-15 du code de commerce, qui dispose : « Est nulle toute clause ayant pour effet de faire échec au droit au renouvellement institué par le présent chapitre. » Ce texte est clair : la sanction est la nullité, et non la réputation non écrite. Mais qu'est-ce que ça change exactement ?
La nullité est une sanction qui anéantit rétroactivement la clause, comme si elle n'avait jamais existé. La clause réputée non écrite, elle, est simplement supprimée pour l'avenir, mais elle a pu produire des effets par le passé. undefined la nullité est plus radicale : elle permet au locataire de demander le renouvellement comme si la clause n'avait jamais été signée.
Dans cette affaire, la cour d'appel avait commis une erreur en appliquant la notion de clause réputée non écrite, alors que la loi impose la nullité. La Cour de cassation censure donc l'arrêt d'appel. Ce faisant, elle confirme une jurisprudence constante : les clauses qui portent atteinte au droit au renouvellement sont nulles de plein droit. undefined, c'est que cette nullité est d'ordre public (c'est-à-dire qu'elle s'impose même si les parties l'avaient acceptée).
Attention toutefois : la nullité n'est pas automatique. Elle doit être demandée en justice par le locataire. Mais si elle est prononcée, elle rétroagit au jour de la signature du bail. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires pensaient avoir sécurisé leur bail avec une clause de renonciation, et se retrouvaient contraints de renouveler le bail aux conditions du marché.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur : vous devez vérifier votre bail. Si vous avez inséré une clause qui interdit ou limite le droit au renouvellement, sachez qu'elle est nulle. Par exemple, si vous avez écrit « le preneur renonce à demander le renouvellement », cette clause ne vous protège pas. En cas de refus de renouvellement, le locataire pourra vous attaquer et obtenir des dommages-intérêts (loyers perdus, frais de déménagement, etc.).
Pour un locataire : si votre propriétaire vous oppose une clause de renonciation, vous pouvez l'ignorer et demander le renouvellement. Si besoin, saisissez le tribunal judiciaire pour faire déclarer la clause nulle. Exemple concret : à Cambrai, un locataire d'une boutique de 50 m² a obtenu la nullité d'une clause similaire et le renouvellement de son bail pour 9 ans, avec un loyer plafonné (indice des loyers commerciaux).
Pour un acquéreur d'un fonds de commerce : lors de la due diligence (vérification juridique), examinez le bail. Une clause de renonciation nulle pourrait être un motif de renégociation du prix de vente. Si le vendeur n'a pas respecté le droit au renouvellement, vous pourriez hériter d'un litige.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez des clauses conformes à la loi : n'insérez pas de clause interdisant le renouvellement. À la place, prévoyez une clause de non-renouvellement avec indemnité d'éviction (article L. 145-14 du code de commerce).
- Faites relire votre bail par un avocat spécialisé en droit commercial avant de le signer. Une simple erreur peut coûter des milliers d'euros.
- En cas de litige, agissez vite : le locataire a 6 mois après le refus de renouvellement pour saisir le tribunal. Passé ce délai, il perd son droit.
- Négociez une clause de renouvellement conditionnel : par exemple, le renouvellement est accordé si le locataire respecte ses obligations. Cela respecte la loi tout en protégeant vos intérêts.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La Cour de cassation avait déjà jugé dans le même sens dans un arrêt du 6 février 2002 (n° 99-20.550) : une clause de renonciation au droit au renouvellement est nulle. Mais l'arrêt de 2008 clarifie la sanction : nullité, pas réputation non écrite. Depuis, les tribunaux appliquent strictement cette règle. Par exemple, la cour d'appel de Douai a annulé une clause similaire en 2015 dans une affaire concernant un commerce à Sin-le-Noble. La tendance est claire : les juges protègent le droit au renouvellement du locataire, considéré comme un élément essentiel de la propriété commerciale.
En revanche, une clause qui prévoit une indemnité d'éviction en cas de non-renouvellement est valable. Il ne faut pas confondre : la nullité ne concerne que les clauses qui interdisent purement et simplement le renouvellement, pas celles qui l'encadrent.
Questions fréquentes
- Puis-je renoncer volontairement à mon droit au renouvellement ? Oui, mais seulement après la naissance du droit (par exemple, après un congé). Une renonciation anticipée dans le bail est nulle.
- Que faire si mon propriétaire refuse de renouveler en se basant sur une clause nulle ? Vous pouvez saisir le tribunal judiciaire dans les 6 mois suivant le refus pour faire constater la nullité et demander le renouvellement.
- Quel est le délai pour agir en nullité ? La nullité est imprescriptible tant que le bail est en cours. Mais si le bail est expiré, vous devez agir rapidement.
- Quels sont les risques pour le propriétaire ? Le paiement de dommages-intérêts (loyers supplémentaires, frais de procédure) et l'obligation de renouveler le bail.
- Puis-je contourner la nullité en incluant une clause de résiliation anticipée ? Non. Toute clause qui a pour effet de faire échec au renouvellement est nulle, même indirectement.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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