Décision de référence : cc • N° 99-45.424 • 2001-11-21 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un petit commerce de plage à Capbreton, et votre seul employé, un saisonnier, vous annonce sa démission fin juillet. Vous fermez boutique en août pour congés annuels, comme chaque année. À votre retour, vous découvrez qu'il réclame son salaire pour le mois d'août, alors qu'il n'a pas travaillé. Scandaleux, non ? Pourtant, la Cour de cassation lui donne raison. Cette décision du 21 novembre 2001 (n° 99-45.424) a tranché une question cruciale : la fermeture annuelle de l'entreprise n'interrompt pas le préavis du salarié démissionnaire, et celui-ci doit être payé pour la période, même s'il n'a pas pu exécuter son travail. Une leçon à retenir pour tout employeur, que vous soyez à Biscarrosse ou ailleurs.
Mais qu'est-ce que cela change exactement pour vous, propriétaire d'un restaurant saisonnier ou gérant d'une société de services à Mont-de-Marsan ? Beaucoup. Car le droit du travail protège le salarié, même démissionnaire, en lui garantissant une rémunération pendant le préavis, sauf faute grave. Et la fermeture de l'entreprise ne constitue pas une cause de suspension de ce délai. undefined, si vous fermez pour congés, vous devez payer votre employé pour la période où il aurait dû travailler, même s'il n'a pas pointé.
Cette décision, rendue par la Chambre sociale de la Cour de cassation, est un arrêt de principe qui fait autorité. Elle s'applique à tous les secteurs, de la restauration à l'industrie. Dans cet article, nous allons décortiquer les faits, le raisonnement des juges, et surtout les conséquences pratiques pour vous. Que vous soyez employeur ou salarié, vous saurez comment réagir.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 1995, un salarié démissionne de son poste dans une entreprise située près de Capbreton. Il donne sa démission le 23 juillet, précisant qu'il respectera un préavis d'un mois, soit jusqu'au 23 août. Problème : l'entreprise ferme pour congés annuels pendant quatre semaines, du 1er au 31 août. Le salarié ne peut donc pas exécuter son préavis. L'employeur, estimant que le salarié a rompu son préavis en ne travaillant pas, lui réclame des dommages-intérêts pour rupture anticipée. De son côté, le salarié demande le paiement de son salaire pour la période de préavis, qu'il n'a pas pu effectuer. Le conseil de prud'hommes (juridiction de première instance en droit du travail) donne raison à l'employeur. Le salarié fait appel. La cour d'appel (deuxième niveau de jugement) infirme (annule) la décision et condamne l'employeur à payer le salaire. L'employeur se pourvoit en cassation (recours devant la plus haute juridiction). La Cour de cassation rejette le pourvoi et confirme l'arrêt d'appel. Ainsi, le salarié obtient gain de cause.
undefined le salarié savait que l'entreprise fermait en août, mais il a démissionné quand même. L'employeur argüait que le salarié avait accepté de ne pas exécuter son préavis en connaissance de cause, et donc qu'il n'avait pas droit à son salaire. Mais les juges ont estimé que la fermeture annuelle ne pouvait pas être imputée au salarié, et que celui-ci avait droit à la rémunération prévue par la loi pendant son préavis, même s'il n'a pas travaillé.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 122-8 du Code du travail (aujourd'hui codifié à l'article L. 1234-5), qui dispose qu'en cas de démission, le salarié qui n'exécute pas son préavis (sauf faute grave) doit à l'employeur une indemnité compensatrice, sauf si c'est l'employeur qui l'en dispense. Mais ici, c'est l'employeur qui, par sa fermeture, a empêché le salarié d'exécuter son préavis. La Cour estime que la fermeture de l'entreprise pour congé annuel n'a pas pour effet de suspendre le préavis. undefined, le délai continue de courir pendant la fermeture. Et l'impossibilité pour le salarié d'exécuter son préavis ne saurait le priver de la rémunération qu'il aurait perçue s'il avait travaillé.
Le raisonnement est simple : le préavis est une période contractuelle qui court à compter de la notification de la démission. Les congés de l'entreprise ne sont pas une cause de suspension légale du préavis (contrairement, par exemple, à un arrêt maladie). Le salarié n'a pas à subir les conséquences de la fermeture décidée par l'employeur. Ce dernier doit donc payer le salaire correspondant, comme si le salarié avait travaillé. La Cour rejette l'argument de l'employeur selon lequel le salarié avait accepté la situation en démissionnant en connaissance de cause : la connaissance de la fermeture ne vaut pas renonciation au droit à rémunération.
Cette décision confirme une jurisprudence antérieure (notamment un arrêt du 12 juin 1990, n° 88-43.278) et s'inscrit dans une logique protectrice du salarié. Attention toutefois : si le salarié est en faute grave, ou si l'employeur le dispense expressément du préavis, les règles changent. Mais dans le cas d'une fermeture collective pour congés, c'est l'employeur qui paie.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les employeurs, cette décision est un rappel : vous ne pouvez pas économiser le salaire d'un préavis en fermant votre entreprise. Si un salarié démissionne et que votre société ferme pendant son préavis (par exemple, en août à Biscarrosse), vous devez le payer pour la totalité du préavis, même s'il n'a pas travaillé. Concrètement, si un employé a un préavis d'un mois et que votre entreprise ferme 15 jours, vous lui devez l'intégralité du salaire du mois. À l'inverse, si c'est le salarié qui demande à être dispensé de préavis, c'est lui qui vous devra une indemnité compensatrice (sauf accord contraire).
Pour les salariés, c'est une protection : vous n'êtes pas pénalisé par la fermeture annuelle. Si vous démissionnez et que votre employeur ferme, vous avez droit à votre salaire. Mais attention : vous devez rester à disposition pendant le préavis, même si l'entreprise est fermée. En pratique, vous pouvez convenir d'un autre mode d'exécution (travail décalé, etc.).
Exemple chiffré : à Biscarrosse, un saisonnier dans un hôtel gagne 2 000 € par mois. Il démissionne le 15 juillet, préavis d'un mois jusqu'au 15 août. L'hôtel ferme du 1er au 15 août. L'employeur doit verser les 2 000 €, même si le salarié n'a pas travaillé du 1er au 15. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des employeurs ont refusé de payer, ce qui a conduit à des prud'hommes et à des condamnations aux dommages-intérêts supplémentaires.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier votre convention collective : certaines prévoient des règles spécifiques. Mais le principe de base reste celui de la décision de 2001.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Anticipez les démissions en période de fermeture : Lorsque vous établissez le calendrier des congés, prévoyez une clause dans le contrat de travail ou un avenant pour les démissions pendant les périodes de fermeture. Par exemple, stipulez que le préavis sera exécuté avant la fermeture ou après la réouverture, avec l'accord du salarié.
- Proposez une dispense de préavis : Si vous ne voulez pas payer le salaire pendant la fermeture, vous pouvez dispenser le salarié d'exécuter son préavis. Dans ce cas, vous devez lui verser une indemnité compensatrice (généralement égale au salaire du préavis) ou négocier un accord écrit. Mais attention : la dispense doit être formalisée pour éviter tout litige.
- Gardez une trace écrite : En cas de démission, faites signer un reçu ou un document mentionnant les dates de préavis et la fermeture. Si le salarié accepte de ne pas être payé pendant la fermeture, faites-le préciser par écrit. Sinon, la loi prévoit le paiement intégral.
- Consultez un avocat spécialisé : Avant de prendre une décision, surtout si vous êtes un petit employeur à Capbreton ou Biscarrosse, un conseil juridique vous évitera des erreurs coûteuses. Une consultation de 30 minutes peut vous éclairer sur vos obligations.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 2001 n'est pas isolée. Elle confirme un arrêt du 12 juin 1990 (n° 88-43.278) qui avait déjà jugé que la fermeture de l'entreprise pour congés ne suspend pas le préavis. Depuis, la jurisprudence est constante : les juges considèrent que l'employeur ne peut pas invoquer sa propre fermeture pour se soustraire à l'obligation de payer le préavis. En revanche, si le salarié est en arrêt maladie pendant le préavis, la question est différente : la Cour de cassation a jugé que la maladie suspend le préavis (arrêt du 28 mars 2000, n° 97-44.916). Il y a donc une distinction nette entre une fermeture collective (imputable à l'employeur) et une indisponibilité personnelle du salarié (maladie).
Cette tendance protectrice s'est renforcée avec le temps. La Cour de cassation veille à ce que le salarié ne soit pas lésé par des décisions unilatérales de l'employeur. Pour l'avenir, les employeurs doivent intégrer cette règle dans leur gestion des ressources humaines, notamment dans les secteurs saisonniers comme le tourisme landais.
Checklist avant d'agir
FAQ :
- Un salarié démissionnaire doit-il travailler pendant la fermeture annuelle ? Non, mais il doit rester à disposition. S'il ne peut pas travailler, il a droit à son salaire quand même.
- Puis-je refuser de payer le préavis si l'entreprise ferme ? Non, sauf si le salarié accepte par écrit d'être dispensé sans indemnité.
- Que faire si le salarié refuse de signer un accord ? Vous devez payer le préavis intégralement. Consultez un avocat pour négocier.
- Quels délais pour agir en justice ? Le salarié a 2 ans pour réclamer son salaire à compter de la fin du préavis. L'employeur a le même délai pour réclamer des dommages-intérêts si le salarié a rompu son préavis abusivement.
- Cette règle s'applique-t-elle aux CDD ? Oui, pour les démissions en CDD (sauf cas prévus par la loi), le préavis court pendant la fermeture.
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