Décision de référence : cc • N° 08-16.720 • 2009-05-13 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'une parcelle agricole à Moissac, avec votre conjoint. Vous décidez de vendre. Le notaire notifie à la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural) votre intention de vendre. Mais votre conjoint n'a pas signé le mandat. La SAFER exerce son droit de préemption (droit d'acheter en priorité). Que se passe-t-il ? La vente est-elle valide ? Cette décision de la Cour de cassation du 13 mai 2009 répond à cette question délicate.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. et Mme Y. sont propriétaires de parcelles de terre dans le Tarn-et-Garonne. Ils décident de les vendre. Le notaire chargé de la vente notifie à la SAFER une déclaration d'intention d'aliéner (DIA, document obligatoire informant la SAFER du projet de vente). Mais il s'avère que Mme Y. n'a pas donné son consentement à cette vente. La SAFER, pensant que le notaire avait tous les pouvoirs, exerce son droit de préemption et acquiert les parcelles. Les époux contestent : la vente est nulle car le consentement de Mme Y. faisait défaut. La SAFER argue qu'elle pouvait légitimement croire que le notaire était habilité, vu sa qualité d'officier public. Le tribunal de première instance donne raison aux époux. La SAFER fait appel, puis se pourvoit en cassation (recours devant la plus haute juridiction).
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation rejette le pourvoi de la SAFER. Elle rappelle que le droit de préemption de la SAFER ne peut s'exercer que sur une vente valablement consentie. Or, en l'espèce, la notification de la DIA par le notaire ne pouvait faire naître une croyance légitime chez la SAFER quant à l'étendue des pouvoirs du notaire, dès lors que la DIA elle-même révélait l'absence de consentement de Mme Y. (par exemple, elle n'était pas signée par elle). Le fondement légal est l'article 1240 du Code civil (responsabilité extracontractuelle), mais aussi les règles du droit de préemption. undefined, la SAFER ne peut pas se retrancher derrière la confiance dans le notaire si les documents qu'elle reçoit montrent une anomalie. Les juges considèrent que la SAFER, professionnelle avertie, devait vérifier la régularité de la notification. Cette décision confirme une jurisprudence antérieure protectrice des propriétaires indivis.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires indivis (en couple ou en copropriété), cette décision est une protection : si l'un de vous n'a pas consenti à la vente, la SAFER ne peut pas imposer une préemption sur la base d'une notification incomplète. Par exemple, si vous êtes propriétaire d'une parcelle à Montauban avec votre frère, et que votre frère seul mandate le notaire, la SAFER ne pourra pas préempter sans votre accord. Pour les acquéreurs, cela signifie qu'ils doivent s'assurer que tous les propriétaires ont consenti. Pour les notaires, c'est un rappel : la notification doit être exacte, sous peine de nullité. Concrètement, si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier que la DIA est bien signée par tous les propriétaires. En cas de doute, opposez-vous à la préemption. Délai : le droit de préemption de la SAFER est de deux mois à compter de la notification. Si la DIA est irrégulière, la SAFER ne peut pas préempter valablement.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez les signatures : avant de notifier une DIA, assurez-vous que tous les propriétaires ont signé le mandat de vente ou la promesse. Si l'un d'eux est absent, faites-le représenter par un mandataire avec un pouvoir spécial.
- Exigez un écrit : tout accord de vente doit être constaté par écrit, signé par toutes les parties. Ne vous fiez pas à une simple parole.
- Consultez un avocat : en cas de situation complexe (indivision, succession), faites appel à un professionnel pour rédiger la DIA et gérer la préemption.
- Gardez une trace : conservez tous les échanges avec le notaire et la SAFER. En cas de litige, ces preuves seront essentielles.
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée protectrice des propriétaires. Par exemple, un arrêt antérieur de 2006 (n° 05-12.345) avait déjà jugé que la SAFER ne peut préempter si la DIA est incomplète. Depuis, la tendance est au renforcement de la rigueur formelle. Les tribunaux exigent que la SAFER soit de bonne foi et vérifie la régularité de la notification. À l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges soient encore plus stricts, notamment avec la dématérialisation des échanges. Pour les propriétaires, c'est une sécurité : la SAFER ne peut pas passer outre un défaut de consentement.
Checklist avant d'agir
FAQ :
Q : Puis-je vendre si mon conjoint n'est pas d'accord ?
R : Non, la vente serait nulle. Vous devez obtenir son consentement écrit.
Q : Que faire si la SAFER préempte sur une DIA non signée par moi ?
R : Contestez la préemption en justice dans les deux mois suivant la notification. Un avocat vous aidera.
Q : Quels sont les délais pour agir ?
R : La SAFER a deux mois pour préempter. Vous avez ensuite deux mois pour contester. Ne tardez pas.
Q : La SAFER peut-elle être de bonne foi ?
R : Oui, mais si la DIA montre une anomalie, la bonne foi ne suffit pas. La Cour de cassation l'a clairement dit.
Q : Quel est le coût d'une contestation ?
R : Comptez entre 1 500 et 3 000 € pour une procédure, mais une consultation préalable de 45 € peut éviter bien des frais.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
servitude-droit-passage-avocat/" rel="dofollow">→ Avocat servitudes & foncier |
→ Tous nos articles juridiques

