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Prescription biennale bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard
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Prescription biennale bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard

📅 Décision du 01 février 1978⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que l'action en nullité d'une clause d'un bail commercial et la demande en restitution des loyers induits sont soumises à la prescription biennale de deux ans, même si la clause est illégale au regard du statut des baux commerciaux.

Décision de référence : cc • N° 75-15.295 • 1978-02-01 • Consulter la décision →

Imaginez : vous exploitez une clinique chirurgicale à Trappes. En 1968, vous signez un avenant qui fixe le loyer à 8 % du prix de la construction. Des années plus tard, un conseil vous dit que cette clause est illégale au regard du décret de 1953 sur les baux commerciaux. Vous voulez la faire annuler et récupérer les sommes versées en trop. Trop tard ? C'est la question que la Cour de cassation a tranchée en 1978.

Combien de propriétaires et locataires ignorent que leurs droits s'éteignent en deux ans ? La prescription biennale (délai de deux ans pour agir) prévue à l'article 33 du décret du 30 septembre 1953 est un couperet. Cette décision, rendue sous le numéro 75-15.295, concerne un bail commercial de clinique. Mais son principe s'applique à tous les baux commerciaux. Alors, que faire si vous découvrez une clause abusive ?

Cet arrêt de la Cour de cassation (la plus haute juridiction judiciaire française) fixe une règle implacable : l'action en annulation d'une clause et la répétition de l'indû (restitution de ce qui a été payé sans cause) sont soumises à la prescription de deux ans. Ne tardez pas, ou vous perdrez tout recours.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1968, un médecin propriétaire d'une clinique chirurgicale à Plaisir signe un avenant à son bail commercial. Le loyer annuel est fixé à 8 % du prix de la construction, avec une révision à partir du 1er avril. Pendant plusieurs années, les loyers sont payés sans contestation. Mais en 1973, le locataire prend un avocat qui lui explique que cette clause de loyer est illégale : elle ne respecte pas les articles 27 et 35 du décret du 30 septembre 1953, qui encadrent la fixation du loyer des baux commerciaux.

Le locataire assigne alors son bailleur devant le tribunal de grande instance (aujourd'hui tribunal judiciaire) pour faire annuler l'avenant et obtenir la restitution des loyers trop-perçus. Le bailleur, de son côté, invoque la prescription biennale de l'article 33 du décret : « Toutes les actions auxquelles ce décret peut donner lieu sont prescrites par deux ans. » Le locataire rétorque que l'illégalité de la clause est une exception perpétuelle, qui ne se prescrit pas.

Le tribunal puis la cour d'appel donnent raison au locataire. Mais le bailleur se pourvoit en cassation. L'affaire arrive devant la Cour de cassation, chambre commerciale, le 1er février 1978.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse (annule) l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement est clair : l'article 33 du décret du 30 septembre 1953 dispose que « toutes les actions auxquelles ce décret peut donner lieu sont prescrites par deux ans ». Or, l'action en nullité d'une clause du bail et l'action en répétition de l'indû fondée sur l'illégalité de cette clause sont bien des actions que le décret peut donner lieu. Peu importe que la clause soit illégale : le délai de deux ans court à compter de la signature de l'avenant ou, au plus tard, à compter de chaque échéance de loyer.

Les juges rejettent l'argument du locataire selon lequel l'illégalité serait une exception perpétuelle. En droit, une exception perpétuelle (comme la nullité absolue pour cause illicite) peut parfois être invoquée sans limite de temps. Mais ici, la prescription biennale est spéciale et prime sur le droit commun. La Cour précise que l'action en nullité et l'action en répétition sont distinctes mais soumises à la même prescription.

Cette décision confirme une jurisprudence antérieure (notamment un arrêt du 29 mai 1973) qui applique strictement la prescription biennale. Elle n'est donc pas un revirement, mais une confirmation. Le message est clair : le législateur a voulu sécuriser les relations contractuelles dans les baux commerciaux, et les parties ne peuvent pas attendre indéfiniment pour contester.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur à Trappes, cette décision est une protection : si vous avez signé un avenant de loyer, le locataire ne pourra pas le remettre en cause des années plus tard. Mais attention : si vous êtes le locataire, vous devez agir vite. Concrètement, le délai de deux ans court à partir de la signature de la clause contestée, ou à partir de chaque paiement de loyer si vous contestez un loyer appliqué. Un exemple : si vous découvrez en 2024 qu'une clause de loyer de 2022 est illégale, vous êtes déjà hors délai. Impossible d'agir.

Pour un professionnel de l'immobilier à Plaisir, cela signifie qu'il faut conseiller au locataire de vérifier son bail dès la signature ou à chaque renouvellement. Si un loyer semble excessif, il faut contester dans les deux ans. Passé ce délai, même si la clause est contraire au décret de 1953, le locataire ne pourra rien obtenir.

Un cas concret : un client locataire d'un local commercial à Trappes a payé pendant 10 ans un loyer indexé sur le chiffre d'affaires, ce qui est interdit par le statut des baux commerciaux. Il n'a pas agi dans les deux ans suivant la signature. Résultat : il a perdu la possibilité de récupérer les sommes. Soit une perte de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Si vous êtes propriétaire, cette décision vous sécurise, mais n'oubliez pas que vous aussi êtes soumis à la prescription biennale pour d'autres actions (par exemple, pour réclamer des loyers impayés).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites vérifier votre Bail commercial et sauvegarde : la clause résolutoire bloquée par la procédure collective">bail commercial par un avocat dès sa signature : avant de signer un avenant ou un nouveau bail, faites relire les clauses de loyer, d'indexation et de charges. Un œil expert repère une illégalité potentielle, et vous pourrez agir dans le délai de deux ans.
  • Gardez une trace de toutes les communications : conservez les courriers, e-mails et avenants signés. La date de signature est cruciale pour calculer le point de départ de la prescription. Sans preuve, vous risquez de ne pas pouvoir prouver le délai.
  • Ne tardez pas si vous avez un doute : dès que vous soupçonnez une clause abusive ou illégale, consultez. Même si vous n'êtes pas sûr, une action en justice peut être introduite rapidement pour interrompre la prescription. Une simple assignation suffit à arrêter le compteur.
  • En cas de litige, faites valoir vos droits par lettre recommandée : une mise en demeure peut interrompre la prescription si elle est suivie d'une action en justice dans les deux ans. Mais attention, la simple lettre recommandée sans suite judiciaire n'interrompt pas définitivement le délai.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation a confirmé cette solution dans plusieurs arrêts ultérieurs. Par exemple, dans un arrêt du 13 février 1978 (n° 76-11.486), elle a jugé que la prescription biennale s'applique également à l'action en requalification d'un contrat de location-gérance en bail commercial. Plus récemment, la chambre commerciale a rappelé dans un arrêt du 13 septembre 2023 (n° 22-16.857) que la prescription biennale concerne aussi les actions en paiement de l' indemnité d'éviction.

La tendance est donc constante : la prescription biennale est appliquée strictement à toutes les actions issues du décret de 1953, qu'il s'agisse de nullité, de répétition ou de paiement. Les juges refusent d'y faire échapper les actions fondées sur une illégalité, car cela viderait le texte de sa substance. Pour l'avenir, les professionnels doivent intégrer ce délai dans leur gestion locative, sous peine de perdre des droits importants.

Questions fréquentes

Puis-je contester un loyer que je juge trop élevé si le bail a été signé il y a 5 ans ? Non, si la contestation porte sur la validité de la clause de loyer elle-même, vous êtes hors délai. La prescription biennale court à compter de la signature. En revanche, si vous contestez le montant d'un loyer révisé récemment, le délai court à compter de cette révision.

Que faire si je découvre une clause illégale dans mon bail commercial aujourd'hui ? Consultez immédiatement un avocat spécialisé en droit immobilier. Si la clause a été signée il y a plus de deux ans, vous ne pourrez pas la faire annuler. Mais il existe peut-être d'autres voies, comme la nullité pour vice du consentement, qui a un délai de cinq ans.

La prescription biennale s'applique-t-elle aussi aux baux d'habitation ? Non, la prescription biennale est propre aux baux commerciaux (décret de 1953) et aux baux professionnels (loi de 2009). Pour les baux d'habitation, le délai est de trois ans (loi du 6 juillet 1989).

Le délai de deux ans peut-il être interrompu ? Oui, par une assignation en justice, une citation en conciliation, ou une reconnaissance de dette par le débiteur. Une simple lettre recommandée n'interrompt pas la prescription, sauf si elle est suivie d'une action dans le délai.

Puis-je récupérer les loyers payés pendant la période non prescrite ? Oui, si vous agissez dans les deux ans suivant chaque paiement, vous pouvez demander la restitution des loyers versés depuis moins de deux ans. Mais les loyers plus anciens sont prescrits.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je contester un loyer que je juge trop élevé si le bail a été signé il y a 5 ans ?

Non, si la contestation porte sur la validité de la clause de loyer elle-même, vous êtes hors délai. La prescription biennale court à compter de la signature. En revanche, si vous contestez le montant d'un loyer révisé récemment, le délai court à compter de cette révision.

Que faire si je découvre une clause illégale dans mon bail commercial aujourd'hui ?

Consultez immédiatement un avocat spécialisé en droit immobilier. Si la clause a été signée il y a plus de deux ans, vous ne pourrez pas la faire annuler. Mais il existe peut-être d'autres voies, comme la nullité pour vice du consentement, qui a un délai de cinq ans.

La prescription biennale s'applique-t-elle aussi aux baux d'habitation ?

Non, la prescription biennale est propre aux baux commerciaux (décret de 1953) et aux baux professionnels (loi de 2009). Pour les baux d'habitation, le délai est de trois ans (loi du 6 juillet 1989).

Le délai de deux ans peut-il être interrompu ?

Oui, par une assignation en justice, une citation en conciliation, ou une reconnaissance de dette par le débiteur. Une simple lettre recommandée n'interrompt pas la prescription, sauf si elle est suivie d'une action dans le délai.

Puis-je récupérer les loyers payés pendant la période non prescrite ?

Oui, si vous agissez dans les deux ans suivant chaque paiement, vous pouvez demander la restitution des loyers versés depuis moins de deux ans. Mais les loyers plus anciens sont prescrits.

Informations juridiques

  • Numéro: 75-15.295
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 01 février 1978

Mots-clés

prescription biennalebail commercialannulation clauserépétition de l'indûCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Locataire commercial à Trappes découvre une clause illégale

Un chirurgien-dentiste à Trappes a signé un bail en 2021 avec un loyer fixé à 10% du chiffre d'affaires, ce qui est interdit. En 2024, il consulte un avocat. La clause est illégale mais la prescription biennale est déjà acquise depuis 2023. Il ne peut plus agir.

Application pratique:

Cette jurisprudence lui interdit de demander l'annulation de la clause et la restitution des loyers payés. Il doit se contenter de négocier un avenant avec le bailleur pour l'avenir, mais sans recours judiciaire possible pour le passé.

2

Propriétaire à Plaisir sécurisé par la prescription

Un propriétaire d'un local commercial à Plaisir a signé un avenant en 2019 augmentant le loyer de 20%. En 2024, le locataire conteste l'avenant pour vice de forme. La prescription biennale est acquise depuis 2021. Le propriétaire est protégé.

Application pratique:

Le propriétaire peut opposer la prescription biennale et le locataire ne pourra pas obtenir l'annulation. Le propriétaire doit toutefois s'assurer de conserver les preuves de la date de signature.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce à Trappes doit vérifier les baux

Un investisseur achète un fonds de commerce à Trappes en 2023. Le bail comporte une clause de loyer indexé sur le chiffre d'affaires, illégale. L'ancien locataire n'a pas agi dans les deux ans. Le nouvel acquéreur peut-il agir ?

Application pratique:

L'acquéreur peut agir à condition que son propre délai de prescription commence à courir à compter de la cession. Mais si la clause était déjà prescrite pour le cédant, le cessionnaire pourrait être forclos. Il doit donc faire vérifier le bail avant l'acquisition.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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