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Prescription biennale du bail commercial : quand le refus de renouvellement suspend le délai
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Prescription biennale du bail commercial : quand le refus de renouvellement suspend le délai

📅 Décision du 17 décembre 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le délai de prescription de 2 ans pour demander l'indemnité d'éviction ne court pas tant qu'une action en refus de renouvellement pour motifs graves et légitimes est en cours. Explications et conseils pratiques pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 69-11.757 • 1970-12-17 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à La Garde, dans le Var, et vous venez de refuser le renouvellement du bail de votre locataire pour des motifs graves et légitimes. Vous pensez l'affaire réglée. Mais voilà que deux ans plus tard, le locataire vous réclame une indemnité d'éviction (la somme due au locataire évincé pour compenser la perte de son fonds de commerce). Êtes-vous encore tenu de payer ? La question divise.

Cette décision de la Cour de cassation du 17 décembre 1970 (n° 69-11.757) tranche : le délai de prescription de deux ans prévu à l'article 33 du décret du 30 septembre 1953 ne court pas contre le locataire dont le droit à indemnité dépend de l'issue d'une action en cours. undefined, tant qu'un juge n'a pas statué sur le refus de renouvellement, le locataire peut encore réclamer son indemnité, même après deux ans.

Mais attention : cette règle a des limites. Et elle peut aussi jouer contre le propriétaire qui tarde à agir. Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X sont propriétaires d'un local commercial situé à Toulon, qu'ils louent à la société Y. En 1966, ils signifient à leur locataire un refus de renouvellement du bail, invoquant des motifs graves et légitimes (par exemple, des manquements répétés aux obligations locatives). Le locataire conteste ce refus et assigne les propriétaires en justice pour faire reconnaître son droit au renouvellement.

Le tribunal de première instance donne raison aux propriétaires : le refus est justifié. Mais le locataire fait appel. Pendant ce temps, le bail se poursuit. Ce n'est qu'en février 1969, dans leurs conclusions d'appel, que les locataires formulent pour la première fois une demande en paiement d'une indemnité d'éviction. Les propriétaires rétorquent que cette demande est prescrite : l'action en indemnité devait être intentée dans les deux ans suivant le refus de renouvellement, soit avant 1968.

La cour d'appel de Lyon (car l'affaire a été jugée hors Provence) donne raison aux locataires. Les propriétaires se pourvoient en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 17 décembre 1970, confirme la position de la cour d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 33 du décret du 30 septembre 1953, qui dispose que toutes les actions exercées en vertu de ce décret (notamment l'action en paiement de l'indemnité d'éviction) se prescrivent par deux ans. Mais elle ajoute une exception fondamentale : la prescription ne court pas contre celui dont le droit est subordonné à la solution d'une action en cours.

En l'espèce, le droit du locataire à obtenir une indemnité d'éviction dépendait de l'issue de l'action en contestation du refus de renouvellement. Tant que le juge n'avait pas définitivement statué sur la validité du refus, le locataire ne pouvait pas savoir s'il avait droit à une indemnité. Il serait injuste de lui imposer d'agir sous peine de prescription alors que son droit est incertain.

undefined, le délai de deux ans ne commence à courir qu'à partir du moment où le refus de renouvellement est définitivement jugé valable ou non. Ici, la procédure était encore en cours, donc la demande d'indemnité, bien que formulée plus de deux ans après le refus, était recevable.

Ce raisonnement est constant : la Cour de cassation confirme ici une jurisprudence antérieure. Elle distingue clairement l'action en contestation du refus (qui a son propre délai) et l'action en paiement de l'indemnité (qui suit le sort de la première).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : Si vous refusez le renouvellement d'un bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial pour motifs graves et légitimes, vous devez être conscient que le locataire pourra vous réclamer une indemnité d'éviction même plusieurs années après, tant que la procédure sur le refus n'est pas définitivement tranchée. Exemple : à Saint-Raphaël, un propriétaire refuse le renouvellement en 2020 pour défaut d'entretien ; le locataire conteste ; en 2023, le tribunal confirme le refus ; le locataire peut encore demander l'indemnité jusqu'en 2025.

Pour le locataire commerçant : Ne tardez pas à agir. Certes, la prescription est suspendue pendant la contestation, mais dès que le refus est définitif (par exemple, un jugement irrévocable), le délai de deux ans repart. Si vous attendez trop, vous perdez tout droit à indemnité. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des commerçants, croyant pouvoir réclamer l'indemnité à tout moment, se sont vu opposer la prescription après une longue procédure.

Pour l'acquéreur d'un local commercial : Vérifiez toujours s'il existe une procédure en cours sur le renouvellement du bail. Un locataire évincé pourrait avoir une créance d'indemnité d'éviction qui n'est pas encore prescrite, ce qui grèverait la valeur du bien.

En résumé, cette décision protège le locataire contre une forclusion (perte d'un droit pour non-respect d'un délai) trop rapide, mais elle impose une vigilance accrue à toutes les parties.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Notifiez votre refus par acte d'huissier avec mention des motifs graves et légitimes, et conservez impérativement la preuve de la date de notification. C'est le point de départ du délai de prescription.
  • Si vous êtes locataire, ne tardez pas à contester le refus : l'action en contestation se prescrit par deux ans à compter du refus. Même si l'indemnité suit, mieux vaut agir vite pour sécuriser vos droits.
  • Propriétaire, anticipez le coût de l'indemnité : même si vous estimez vos motifs valables, le risque d'une condamnation à payer l'indemnité existe. Provisionnez une somme correspondant à la valeur du fonds de commerce (souvent plusieurs dizaines de milliers d'euros).
  • Consultez un avocat dès les premiers signes de conflit : un professionnel vous aidera à évaluer la solidité de vos motifs et à respecter les délais. À Toulon, La Garde ou Saint-Raphaël, un avocat spécialisé en droit commercial est votre meilleur allié.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1970 s'inscrit dans une lignée constante. La Cour de cassation a réaffirmé ce principe à plusieurs reprises, notamment dans un arrêt du 8 juillet 2009 (n° 08-13.789) : la prescription de l'action en indemnité d'éviction est suspendue tant que l'action en nullité du congé (le refus de renouvellement) est pendante. En revanche, si le locataire laisse passer deux ans après la décision définitive sans réclamer, il perd son droit.

Une évolution notable : la loi Pinel du 18 juin 2014 a modifié le statut des baux commerciaux, mais le principe de la prescription biennale et sa suspension en cas d'action préjudicielle (qui conditionne le droit) demeurent. Les tribunaux sont de plus en plus stricts sur la preuve de la date de notification du refus. À Toulon, le tribunal de commerce exige souvent un original d'acte d'huissier.

Attention toutefois : si le refus de renouvellement est fondé sur un motif non grave (par exemple, simple vente du local), le locataire n'a pas à contester : il a droit immédiatement à l'indemnité, et le délai de deux ans court dès la notification. La distinction est cruciale.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

  • Quel est le délai pour demander une indemnité d'éviction ? En principe 2 ans à compter du refus de renouvellement. Mais si vous contestez le refus, le délai est suspendu jusqu'à la décision définitive.
  • Que faire si j'ai reçu un refus de renouvellement il y a plus de 2 ans ? Si vous n'avez pas contesté, votre droit à indemnité est probablement prescrit. Consultez un avocat pour vérifier s'il existe une cause de suspension (comme dans cette décision).
  • Propriétaire, comment éviter de payer l'indemnité ? En prouvant des motifs graves et légitimes (défaut d'entretien, sous-location non autorisée, activité illicite…). Faites constater les manquements par huissier.
  • L'indemnité d'éviction est-elle due même si le locataire a quitté les lieux ? Oui, si le refus de renouvellement est jugé abusif ou sans motif grave. Le montant correspond à la valeur du fonds de commerce, souvent entre 1 et 2 ans de chiffre d'affaires.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quel est le délai pour demander une indemnité d'éviction après un refus de renouvellement de bail commercial ?

Le délai est de 2 ans à compter du refus. Mais si le locataire conteste le refus en justice, le délai est suspendu jusqu'à la décision définitive. C'est ce qu'a jugé la Cour de cassation dans l'arrêt du 17 décembre 1970.

Puis-je réclamer une indemnité d'éviction plus de 2 ans après le refus si j'ai contesté ?

Oui, tant que la procédure de contestation du refus est en cours. Dès que le jugement est définitif, le délai de 2 ans recommence à courir. Il faut donc agir rapidement après la décision.

Que faire si le propriétaire refuse le renouvellement sans motif grave ?

Le locataire a droit à une indemnité d'éviction. Il doit la réclamer dans les 2 ans suivant le refus. S'il conteste le refus, le délai est suspendu, mais mieux vaut consulter un avocat pour ne pas se laisser surprendre.

Propriétaire : comment éviter de payer l'indemnité d'éviction ?

En invoquant des motifs graves et légitimes (défaut d'entretien, sous-location, activité illicite). Ces motifs doivent être prouvés et acceptés par le juge. Sinon, l'indemnité est due.

L'indemnité d'éviction est-elle due si le locataire quitte les lieux volontairement ?

Non, l'indemnité est due uniquement en cas de refus de renouvellement par le propriétaire. Si le locataire part de lui-même, il n'y a pas d'indemnité.

Informations juridiques

  • Numéro: 69-11.757
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 17 décembre 1970

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à La Garde : refus pour défaut d'entretien

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à La Garde, refuse le renouvellement du bail en 2020 car le locataire n'a pas entretenu la toiture. Le locataire conteste. En 2023, le tribunal confirme le refus. Le locataire réclame alors une indemnité d'éviction de 50 000 €.

Application pratique:

Grâce à cet arrêt, le locataire peut encore réclamer l'indemnité car le délai a été suspendu pendant la contestation. M. Dupont doit provisionner cette somme. Conseil : faire constater les défauts par huissier avant le refus.

2

Locataire à Saint-Raphaël : refus pour vente du local

Mme Martin, locataire d'une boutique à Saint-Raphaël, reçoit un refus de renouvellement en 2019 car le propriétaire veut vendre. Elle ne conteste pas. En 2022, elle réclame une indemnité d'éviction.

Application pratique:

Ici, le motif n'est pas grave : le propriétaire doit payer l'indemnité. Mais le délai de 2 ans est dépassé. La prescription est acquise, sauf si Mme Martin prouve une suspension (par exemple, une négociation). Elle perd donc son droit.

3

Acquéreur à Toulon : vérification des créances

M. Leroy achète un local commercial à Toulon en 2024. L'ancien propriétaire avait refusé le renouvellement du bail en 2021 pour motifs graves, mais le locataire contestait encore en 2024.

Application pratique:

M. Leroy doit exiger du vendeur une garantie contre le risque de devoir payer l'indemnité d'éviction. La créance n'est pas prescrite car la contestation suspend le délai. Faire rédiger une clause spécifique dans l'acte de vente.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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