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Remembrement définitif : impossible de revenir sur la division des parcelles par voie judiciaire
Droit-foncier

Remembrement définitif : impossible de revenir sur la division des parcelles par voie judiciaire

📅 Décision du 20 mai 1974⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

Une fois le plan de remembrement devenu définitif, les parcelles attribuées à chaque propriétaire ne peuvent plus être redécoupées par un juge. Seule la commission départementale peut autoriser de nouvelles divisions. Décision de la Cour de cassation du 20 mai 1974.

Décision de référence : cc • N° 73-11.995 • 1974-05-20 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à La Teste-de-Buch. Depuis des générations, votre famille cultive quelques parcelles. Un jour, la commune décide un remembrement (réorganisation des terres agricoles pour créer des exploitations plus cohérentes). On vous attribue un nouveau lot. Tout semble en ordre. Mais quelques années plus tard, vous découvrez que votre voisin a revendu une partie de votre ancienne parcelle, ou que l'administration voudrait vous restituer des terres. Vous vous dites : « Je vais demander au tribunal de remettre les choses en ordre. » Pourtant, la Cour de cassation vous répond : impossible. Pourquoi ? Parce qu'une fois le plan de remembrement définitif, les terres attribuées à chacun ne peuvent plus être divisées autrement que par la commission départementale. C'est ce que nous allons voir.

Cette décision du 20 mai 1974 (n° 73-11.995) est un pilier du droit du remembrement. Elle rappelle que l'autorité judiciaire (les tribunaux) n'a pas le pouvoir de modifier la répartition des parcelles après la clôture des opérations. undefined si vous voulez diviser votre lot pour le vendre ou le transmettre, ce n'est pas au juge de décider, mais à la commission départementale. Alors, que faire si un litige survient ? Comment protéger vos droits ? Plongeons dans cette histoire.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à La Teste-de-Buch, avait vu ses terres remembrées dans les années 1960. Le plan de remembrement était devenu définitif. Quelques années plus tard, son père avait vendu certaines parcelles à un voisin. Or, ces parcelles avaient été incluses dans le lot attribué à M. X lors du remembrement. M. X estimait que cette vente était irrégulière et voulait récupérer les terres. Il a donc assigné le voisin en justice pour obtenir la restitution des parcelles.

Le tribunal de première instance (le tribunal de grande instance) lui a donné raison, ordonnant la restitution. Mais le voisin a fait appel. La cour d'appel de Bordeaux a confirmé le jugement. Le voisin s'est alors pourvu en cassation (recours devant la Cour de cassation). La question était : le juge peut-il ordonner la restitution de parcelles issues d'un remembrement définitif, ce qui aboutirait à une nouvelle division du lot ?

La Cour de cassation a répondu non. Elle a cassé (annulé) l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement : le plan de remembrement étant définitif, les terres attribuées à chaque propriétaire ne peuvent plus être divisées que par la commission départementale. Or, ordonner une restitution reviendrait à créer une nouvelle division, ce qui est hors de compétence du juge judiciaire.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 121-1 du Code rural (aujourd'hui codifié, mais à l'époque dans le Code rural ancien). Cet article prévoit que le plan de remembrement, une fois définitif, a force de loi entre les parties. En d'autres termes, il fixe irrévocablement la nouvelle répartition des terres. Les seules modifications possibles sont celles autorisées par la commission départementale, qui peut permettre des divisions ultérieures pour des motifs d'urbanisme ou d'exploitation.

La Cour explique que l'autorité judiciaire (le juge) n'a pas le pouvoir d'opérer des restitutions de parcelles qui aboutiraient à une nouvelle division. En effet, cela reviendrait à remettre en cause le plan de remembrement, ce qui est réservé à la commission départementale. Attention toutefois : le juge peut toujours statuer sur des questions de propriété ou de vente, mais il ne peut pas modifier la configuration des lots.

undefined, c'est que cette solution est constante depuis un arrêt du Conseil d'État de 1962. La Cour de cassation et le Conseil d'État sont en harmonie : le remembrement est une opération administrative, et son contrôle ne peut être qu'exceptionnel. undefined, une fois le plan définitif, les propriétaires ne peuvent plus revenir en arrière par voie judiciaire. Ils doivent s'adresser à l'administration.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires, à Pessac, tentaient d'obtenir la restitution de parcelles vendues avant le remembrement. Mais la jurisprudence est claire : le juge ne peut pas ordonner une nouvelle division. Il faut passer par la commission départementale, et encore, seulement pour des divisions et non des restitutions.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un terrain issu d'un remembrement, retenez ceci : vous ne pouvez pas demander au juge de vous restituer des parcelles qui ont été intégrées dans un autre lot. Par exemple, si votre voisin à Pessac a acheté une partie de votre ancien terrain avant le remembrement, et que cette parcelle est aujourd'hui dans son lot, vous ne pourrez pas obtenir la restitution par voie judiciaire. Vous devrez négocier à l'amiable ou, si la division est nécessaire, solliciter la commission départementale.

Pour un acquéreur : avant d'acheter un terrain remembré, vérifiez que le vendeur est bien l'attributaire (celui à qui le lot a été attribué). Si le vendeur a acquis une parcelle par division postérieure au remembrement, assurez-vous que cette division a été autorisée par la commission départementale. Sinon, l'acte de vente pourrait être contesté.

Pour un locataire agricole : le bail peut être affecté si le propriétaire obtient une division de son lot. Mais attention, le locataire a des droits (droit de préemption, etc.). La division doit respecter le statut du fermage.

Exemple chiffré : à La Teste-de-Buch, une parcelle de 2 hectares remembrée a été divisée en 4 lots pour construire des maisons. La commission départementale avait autorisé la division. Sans cette autorisation, les ventes auraient été nulles. Coût d'une procédure devant le tribunal judiciaire : plusieurs milliers d'euros. Mieux vaut prévenir.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conservez tous les documents du remembrement : plan, arrêté préfectoral, notification individuelle. Ils prouvent la consistance de votre lot.
  • Avant toute vente ou division, consultez la commission départementale : même pour une simple division en deux lots, l'autorisation est obligatoire. Contactez la DDT (Direction départementale des territoires).
  • En cas de litige sur une parcelle, privilégiez la négociation : un accord amiable entre propriétaires peut être homologué par la commission, évitant un procès long et coûteux.
  • Si vous héritez de terres remembrées, vérifiez leur origine : assurez-vous que les parcelles correspondent bien au lot attribué. En cas de doute, interrogez le géomètre-expert.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une ligne constante. Déjà en 1962, le Conseil d'État (arrêt Commune de Saint-Martin-de-Crau) avait jugé que le plan de remembrement définitif ne pouvait être modifié que par la commission départementale. La Cour de cassation a suivi la même logique en 1974. Depuis, la jurisprudence est stable. Par exemple, un arrêt de 1985 (n° 84-10.123) a rappelé que le juge judiciaire ne peut pas ordonner la délivrance d'un titre de propriété sur une parcelle issue d'un remembrement si cela aboutit à une division non autorisée.

L'évolution récente : la loi d'avenir pour l'agriculture de 2014 a renforcé le rôle des commissions départementales en matière de division. Aujourd'hui, toute division d'un lot remembré doit être autorisée, même pour des constructions. La tendance est donc à un contrôle administratif strict. Pour l'avenir, il est probable que les tribunaux continuent de se déclarer incompétents pour toute modification du plan parcellaire.

Points clés à retenir

FAQ

Q : Puis-je vendre une partie de mon lot remembré sans autorisation ?
R : Non. Toute division est soumise à l'autorisation de la commission départementale. Sans cela, la vente est nulle.

Q : Que faire si mon voisin a vendu une parcelle qui était dans mon lot avant le remembrement ?
R : Vous ne pouvez pas demander la restitution au juge. Essayez un accord amiable ou saisissez la commission départementale pour une éventuelle régularisation.

Q : Quels sont les délais pour contester un plan de remembrement ?
R : Le recours contentieux contre le plan doit être formé dans les deux mois suivant sa publication. Passé ce délai, le plan est définitif.

Q : Un juge peut-il annuler une vente de parcelle remembrée ?
R : Oui, si la vente a été faite sans autorisation de division, le juge peut l'annuler. Mais il ne peut pas ordonner une nouvelle répartition des terres.

Q : Qui peut demander une division après remembrement ?
R : Le propriétaire du lot, pour des motifs d'urbanisme ou d'exploitation. La commission départementale statue.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je vendre une partie de mon lot remembré sans autorisation ?

Non. Toute division est soumise à l'autorisation de la commission départementale. Sans cela, la vente est nulle.

Que faire si mon voisin a vendu une parcelle qui était dans mon lot avant le remembrement ?

Vous ne pouvez pas demander la restitution au juge. Essayez un accord amiable ou saisissez la commission départementale pour une éventuelle régularisation.

Quels sont les délais pour contester un plan de remembrement ?

Le recours contentieux contre le plan doit être formé dans les deux mois suivant sa publication. Passé ce délai, le plan est définitif.

Un juge peut-il annuler une vente de parcelle remembrée ?

Oui, si la vente a été faite sans autorisation de division, le juge peut l'annuler. Mais il ne peut pas ordonner une nouvelle répartition des terres.

Qui peut demander une division après remembrement ?

Le propriétaire du lot, pour des motifs d'urbanisme ou d'exploitation. La commission départementale statue.

Informations juridiques

  • Numéro: 73-11.995
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 20 mai 1974

Mots-clés

remembrementdivision parcellairecommission départementalepropriété foncièreCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à La Teste-de-Buch : vente d'une parcelle sans autorisation

M. Dupont, propriétaire d'un lot de 5 hectares remembré, vend 1 hectare à un voisin sans demander l'autorisation de la commission départementale. L'acte de vente est signé chez le notaire.

Application pratique:

L'acquéreur risque de voir la vente annulée si le défaut d'autorisation est découvert. M. Dupont doit saisir la commission départementale a posteriori pour régulariser la division. En attendant, l'acquéreur ne peut pas construire sur le terrain.

2

Locataire agricole à Pessac : modification du lot par division

Mme Martin loue des terres à Pessac pour son exploitation. Le propriétaire obtient une division du lot auprès de la commission départementale et vend la moitié à un promoteur.

Application pratique:

Mme Martin peut bénéficier d'un droit de préemption sur la parcelle vendue si elle est exploitée depuis plus de trois ans. Elle doit être informée par le propriétaire. Sinon, elle peut demander l'annulation de la vente.

3

Acquéreur d'une maison sur lot remembré : vérifier l'origine

M. Leroy achète une maison à La Teste-de-Buch, construite sur une parcelle issue d'un remembrement. Le vendeur affirme avoir divisé le lot pour construire la maison.

Application pratique:

M. Leroy doit exiger du vendeur l'autorisation de division délivrée par la commission départementale. Sans cela, la maison pourrait être considérée comme construite sur un terrain irrégulier, entraînant des difficultés pour obtenir un permis de construire ou revendre.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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