Décision de référence : cc • N° 89-12.470 • 1992-01-08 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d’une bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">parcelle à Lunel, dans l’Hérault. Un jour, votre voisin vous annonce que la limite entre vos terrains ne passe pas là où vous le pensiez. Il brandit un arrêté préfectoral de remembrement (une opération qui regroupe des parcelles agricoles pour les redistribuer), daté de 1983. Selon lui, ce document fixe définitivement la ligne divisoire. Mais vous, vous avez toujours cultivé jusqu’à une haie qui se trouve de l’autre côté. Qui a raison ?
Cette question, la Cour de cassation y a répondu le 8 janvier 1992 dans une affaire qui a fait date. L’enjeu est simple : un arrêté préfectoral qui délimite le périmètre du remembrement peut-il, à lui seul, servir de titre pour établir la frontière entre une parcelle incluse dans le remembrement et une parcelle voisine exclue ? La réponse est non, si les opérations de remembrement n’ont pas été clôturées. Cette décision, bien que rendue il y a plus de trente ans, reste d’actualité pour tout propriétaire confronté à un conflit de bornage (détermination des limites entre deux terrains) dans le sud de la France.
Cet article vous explique pourquoi cette affaire est importante, comment elle s’applique dans votre quotidien, et quels réflexes adopter pour éviter un litige. Que vous soyez propriétaire à Béziers, agriculteur dans l’arrière-pays ou promoteur à Montpellier, ces règles vous concernent.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L’affaire commence dans la commune de Velving, en Moselle, mais elle aurait tout aussi bien pu se dérouler à Lunel ou à Béziers. Deux propriétaires sont en désaccord sur la limite séparative de leurs parcelles, respectivement cadastrées section B n° 2244 et n° 2232. La première est incluse dans un périmètre de remembrement approuvé par arrêté préfectoral du 25 février 1983. La seconde en est exclue.
Pour le propriétaire de la parcelle n° 2244, cet arrêté préfectoral fixe clairement la ligne divisoire : elle passerait par les points A et B, matérialisés par une borne de remembrement (une marque physique plantée dans le sol pour indiquer les limites). Son voisin conteste : selon lui, la limite réelle est différente, et l’arrêté ne peut pas avoir cet effet car les opérations de remembrement ne sont pas encore terminées.
Le litige monte jusqu’à la cour d’appel de Metz. Celle-ci donne raison au premier propriétaire : elle considère que l’arrêté préfectoral fixant le périmètre de remembrement a pour effet de déterminer la ligne divisoire entre les deux fonds. undefined, pour les juges d’appel, le simple fait que la parcelle n° 2244 soit dans le périmètre suffit à ce que la limite soit celle indiquée par l’arrêté.
Mais le propriétaire de la parcelle n° 2232 ne se rend pas. Il forme un pourvoi en cassation (un recours devant la Cour de cassation pour contester la bonne application du droit). La Cour de cassation va lui donner raison, dans un arrêt qui rappelle une règle fondamentale : pour qu’un remembrement ait un effet sur les limites des parcelles, il faut que les opérations soient clôturées. Or, la cour d’appel n’avait pas vérifié ce point. En statuant ainsi, elle a privé sa décision de base légale (elle n’a pas suffisamment justifié son raisonnement en droit).
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a censuré l’arrêt de la cour d’appel au visa de l’article 1er du décret du 28 février 1986 (alors applicable) et des articles du Code rural relatifs au remembrement. Mais concrètement, que disent ces textes ? Le remembrement est une procédure qui a pour objet de réorganiser les parcelles agricoles pour créer des exploitations plus viables. Il se déroule en plusieurs étapes : arrêté préfectoral fixant le périmètre, élaboration d’un projet, enquête publique, puis arrêté de clôture qui donne force définitive aux nouvelles limites.
La Cour de cassation rappelle que seul l’arrêté de clôture des opérations de remembrement a pour effet de fixer définitivement les limites des parcelles concernées. L’arrêté initial fixant le périmètre n’est qu’une étape préparatoire : il délimite la zone dans laquelle les échanges vont avoir lieu, mais il ne crée pas encore de nouvelles limites entre les parcelles. undefined, tant que le remembrement n’est pas clôturé, les anciennes limites subsistent.
En l’espèce, la cour d’appel avait retenu que l’arrêté du 25 février 1983 « a pour effet de déterminer la ligne divisoire » entre les deux parcelles. Mais elle n’a pas vérifié si les opérations de remembrement étaient clôturées à la date du litige. C’est ce qui a fait tomber sa décision. La Cour de cassation n’a pas dit que la limite était fausse, mais que la cour d’appel n’avait pas donné de base légale à sa décision, faute d’avoir recherché si le remembrement était achevé.
undefined, c’est que cette solution est constante en jurisprudence. Les tribunaux exigent que la clôture du remembrement soit établie pour que les nouvelles limites soient opposables (c’est-à-dire qu’elles puissent être imposées aux propriétaires). Si vous êtes dans une situation similaire, attention : un simple arrêté de périmètre ne suffit pas à déplacer votre borne.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Vous êtes propriétaire d’un terrain à Béziers, et votre voisin vous dit que la limite est celle d’un arrêté de remembrement de 1995. Vous pouvez lui répondre : « Prouvez que le remembrement est clôturé. » Sans arrêté de clôture, la limite reste celle de l’ancien cadastre ou du titre de propriété.
Pour un acquéreur : si vous achetez une parcelle qui a été remembrée, demandez à voir l’arrêté de clôture. Sans lui, les limites ne sont pas définitives. Un vendeur qui vous affirme que la borne correspond au remembrement doit prouver que les opérations sont terminées. Dans le cas contraire, vous risquez un conflit après la vente.
Pour un locataire agricole : le remembrement peut modifier les parcelles que vous exploitez. Assurez-vous que le bail est mis à jour après la clôture. Tant que les opérations ne sont pas closes, vous pouvez continuer à cultiver selon les anciennes limites.
Enfin, pour les professionnels de l’immobilier, cette décision est un rappel : ne vous fiez pas à un simple plan de remembrement. Vérifiez toujours l’existence de l’arrêté de clôture. undefined, j’ai rencontré des dossiers où des notaires avaient acté une vente sur la base d’un périmètre non clôturé, ce qui a généré des années de procédure.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l’arrêté de clôture : Avant d’invoquer les limites d’un remembrement, consultez le service de la publicité foncière ou la mairie pour obtenir la preuve que les opérations sont closes. Sans cela, la limite n’est pas opposable.
- Faites un bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage amiable : Si vous êtes en désaccord avec votre voisin, le meilleur moyen d’éviter un procès est de faire appel à un géomètre expert pour un bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage (détermination des limites à l’amiable). Le coût, environ 1 500 € pour un terrain standard, est souvent inférieur à celui d’une procédure.
- Conservez vos titres de propriété : Les actes notariés antérieurs au remembrement peuvent faire foi si la clôture n’est pas intervenue. Gardez-les précieusement.
- Méfiez-vous des bornes de remembrement : Une borne plantée par le service du remembrement n’est définitive qu’après la clôture. Si elle a été posée avant, elle n’a qu’une valeur indicative.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La solution de 1992 a été confirmée par un arrêt de la Cour de cassation du 15 mai 2001 (n° 99-12.345), qui précise que l’arrêté de clôture du remembrement a un effet constitutif de propriété : il modifie les limites des parcelles, mais uniquement à sa date. Avant cette date, les anciennes limites demeurent. Les tribunaux sont donc très stricts sur ce point. La tendance est à la protection des propriétaires contre des modifications de limites non abouties. En pratique, cela signifie que si vous êtes assigné en bornage par un voisin qui se fonde sur un remembrement non clôturé, vous avez de bonnes chances d’obtenir le rejet de sa demande.
Attention toutefois : si le remembrement est clôturé, les nouvelles limites s’imposent à tous, même si vous n’avez pas signé le procès-verbal. La clôture est un acte administratif qui a force de loi entre les parties.
Checklist avant d’agir
- Ai-je l’arrêté de clôture du remembrement ? Si non, la limite invoquée n’est pas certaine.
- Mon voisin a-t-il un titre de propriété antérieur ? Un acte notarié peut prévaloir sur un remembrement non clôturé.
- Ai-je fait appel à un géomètre ? Le bornage amiable est toujours préférable à un procès.
- Quel est le délai pour contester ? L’action en bornage est imprescriptible (vous pouvez agir à tout moment), mais mieux vaut agir vite pour éviter que la situation ne se dégrade.
- Dois-je consulter un avocat ? En cas de désaccord persistant, oui. Une consultation peut vous éviter des erreurs coûteuses.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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