Décision de référence : cc • N° 83-10.173 • 1984-03-14 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire à Mauguio, dans l'Hérault, d'une parcelle de vigne transmise de génération en génération. Un jour, la commune décide un remembrement (réorganisation des parcelles pour améliorer l'exploitation agricole). On vous attribue un autre terrain, moins bien situé, plus petit. Vous contestez, mais la commission départementale valide le plan. Furieux, vous saisissez le juge judiciaire pour obtenir la restitution de votre parcelle. Mais le juge vous oppose une fin de non-recevoir : il n'a pas le pouvoir de modifier un plan de remembrement devenu définitif. Voilà exactement ce que la Cour de cassation a jugé le 14 mars 1984.
Cette décision, bien qu'ancienne, reste d'actualité. Elle pose une question cruciale : quel juge est compétent pour trancher les litiges fonciers liés au remembrement ? La réponse est claire : le expropriation-date-reference-plu" class="internal-link" title="Expropriation et date de référence : ce que le PLU change pour votre terrain">expropriation" class="external-link" target="_blank" rel="noopener noreferrer" title="Expropriation">juge administratif, et lui seul. Le juge judiciaire, même s'il peut indemniser un préjudice, ne peut pas ordonner la restitution d'une parcelle. Cela a des conséquences directes pour les propriétaires, les exploitants et même les acquéreurs.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous ? Comment réagir si vous êtes confronté à une situation similaire ? Dans cet article, je décortique le raisonnement de la Cour, je vous donne des conseils pratiques et je réponds à vos questions les plus fréquentes.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Mme Y. était propriétaire à Oisseau (Mayenne) d'un bâtiment agricole. Dans le cadre d'opérations de remembrement, la commission communale lui a attribué une autre parcelle en échange. Mécontente, Mme Y. a saisi la commission départementale de réorganisation foncière et de remembrement, qui a confirmé le plan définitif. Estimant que ce plan était illégal, Mme Y. a alors assigné la commune devant le tribunal judiciaire pour obtenir la restitution de son bâtiment et des dommages et intérêts.
Les juges du fond (cour d'appel) ont ordonné une expertise et posé une question préjudicielle (question préalable adressée à une autre juridiction) au tribunal administratif : « La commission communale avait-elle le droit d'inclure le bâtiment dans le remembrement ? » Le tribunal administratif a répondu par l'affirmative. Mais la cour d'appel a tout de même ordonné la restitution de la parcelle, au motif que le remembrement était irrégulier.
La commune s'est pourvue en cassation. La Cour de cassation a censuré la cour d'appel : le juge judiciaire n'a pas le pouvoir d'ordonner la restitution d'une parcelle quand le plan de remembrement est devenu définitif. Le seul recours possible est devant le juge administratif, et une fois le plan définitif, il est trop tard pour le remettre en cause par la voie judiciaire.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur le principe de la séparation des pouvoirs et la compétence exclusive de la juridiction administrative en matière de remembrement. En France, le remembrement est une opération administrative qui relève du Code rural (notamment les articles L. 121-1 et suivants). Les décisions des commissions de remembrement (communale, départementale) sont des actes administratifs. Seul le juge administratif peut les annuler ou les modifier.
La Cour précise que, dès lors que le plan de remembrement est devenu définitif (c'est-à-dire qu'il n'a pas été contesté dans les délais devant le juge administratif, ou qu'il a été confirmé par celui-ci), le juge judiciaire ne peut pas ordonner la restitution d'une parcelle. Cela reviendrait à modifier un acte administratif, ce qui est interdit. Le juge judiciaire peut seulement, le cas échéant, accorder des dommages et intérêts pour réparer un préjudice, mais pas restituer le bien.
En clair, la Cour distingue deux choses : le contentieux de la légalité (qui relève du juge administratif) et le contentieux indemnitaire (qui peut relever du juge judiciaire). Mais attention : si le plan est définitif, le juge judiciaire ne peut même pas poser une question préjudicielle au juge administratif pour le remettre en cause. La décision administrative est donc intangible.
Ce que peu de gens savent, c'est que cette jurisprudence a été confirmée par la suite : le Conseil d'État a également rappelé que les décisions des commissions de remembrement sont des actes administratifs insusceptibles d'être contestés devant le juge judiciaire. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Lunel ou Mauguio ont tenté de passer par le juge judiciaire pour récupérer une parcelle après un remembrement malheureux. À chaque fois, ils se sont heurtés à cette fin de non-recevoir.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire foncier, cette décision vous concerne directement. Voici les implications par profil :
Pour le propriétaire exploitant : Si vous estimez que le remembrement vous a attribué une parcelle moins bonne que la vôtre, vous devez agir rapidement deva

