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Remembrement rural : quand le locataire peut-il exiger le report de son bail ?
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Remembrement rural : quand le locataire peut-il exiger le report de son bail ?

📅 Décision du 19 février 1997⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 9 min de lecture

Une décision de la Cour de cassation de 1997 clarifie les droits des locataires lors d'un remembrement rural. Découvrez dans quels cas un locataire peut exiger le report de son bail sur de nouvelles parcelles et quand le propriétaire peut légitimement refuser.

Décision de référence : cc • N° 94-22.083 • 1997-02-19 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire d'une exploitation agricole près de Mont-de-Marsan. Votre commune lance une opération de remembrement (réorganisation des parcelles agricoles pour optimiser leur exploitation). Vos terres vont être redistribuées, et vous vous demandez : qu'advient-il du bail que vous avez signé avec votre locataire ? Ce dernier pourra-t-il exiger de continuer à exploiter les nouvelles parcelles qui vous seront attribuées ?

Cette question, bien concrète, se pose régulièrement dans les zones rurales des Landes, où le remembrement reste une réalité. Entre Dax et Mont-de-Marsan, nombreux sont les propriétaires et locataires confrontés à cette situation, souvent source de tensions et de litiges.

La décision de la Cour de cassation du 19 février 1997 apporte une réponse claire, mais nuancée. Elle distingue deux situations bien différentes : celle où le locataire peut légitimement demander le report de son bail, et celle où le propriétaire peut s'y opposer. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Prenons l'exemple de Mme Y..., propriétaire d'une exploitation agricole dans le secteur de Mont-de-Marsan. Elle loue plusieurs parcelles de son domaine à Mme X..., une agricultrice qui y fait paître son troupeau. Le bail est un bail rural (contrat de location de terres agricoles), et tout se passe bien depuis plusieurs années.

Un jour, la commune de Mme Y... décide de lancer une opération de remembrement. Concrètement, cela signifie que toutes les parcelles de la zone vont être redistribuées entre les propriétaires, dans le but de créer des exploitations plus cohérentes et plus faciles à cultiver. Les terres de Mme Y... sont incluses dans ce périmètre.

À l'issue des opérations, Mme Y... se voit attribuer de nouvelles parcelles. Certaines correspondent à des terres qu'elle avait apportées au remembrement et qui lui sont réattribuées. D'autres sont des parcelles qui lui sont nouvellement attribuées, provenant d'autres propriétaires.

Mme X..., la locataire, estime que son bail doit être reporté sur l'ensemble des nouvelles parcelles attribuées à Mme Y..., y compris celles que cette dernière avait apportées et qui lui ont été réattribuées. Elle invoque l'article 33 du Code rural (devenu l'article L. 123-15), qui prévoit des droits pour les locataires affectés par un remembrement.

Mme Y... s'y oppose, notamment pour les parcelles qu'elle a apportées et qui lui ont été réattribuées. Le conflit monte, et l'affaire finit devant les tribunaux. Après un premier jugement, la Cour d'appel est saisie, puis la Cour de cassation. C'est cette dernière qui, en 1997, va trancher définitivement le différend.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Les magistrats de la Cour de cassation ont analysé la situation avec une grande précision. Ils ont distingué deux cas de figure bien distincts, en se fondant sur la loi et sur l'esprit du remembrement.

D'un côté, ils ont confirmé que Mme X..., la locataire, était en droit de solliciter le report de son bail sur les parcelles nouvellement attribuées à Mme Y..., c'est-à-dire celles que cette dernière n'avait pas avant le remembrement. Pourquoi ? Parce que l'article L. 123-15 du Code rural (ancien article 33) protège les locataires dont l'exploitation est affectée par un remembrement. L'idée est de leur permettre de continuer leur activité sur des terres équivalentes, afin d'éviter une rupture brutale de leur outil de travail.

undefined, si vous êtes locataire et que votre bailleur reçoit de nouvelles parcelles à la suite d'un remembrement, vous pouvez demander à ce que votre bail soit reporté sur ces terres. C'est une mesure de protection essentielle pour la continuité de l'exploitation agricole.

Mais attention toutefois : les juges ont aussi estimé que Mme X... n'était pas fondée à exiger le transfert de son bail sur une parcelle que Mme Y... avait apportée au remembrement et qui lui avait été réattribuée. Pourquoi cette distinction ?

Le raisonnement est subtil mais crucial. La Cour de cassation considère que forcer un tel transfert risquerait d'aboutir à des conséquences économiques fâcheuses, et surtout contraires à l'idée générale du remembrement. En effet, le remembrement vise à optimiser l'exploitation des terres, pas à imposer des contraintes excessives aux propriétaires. Si un propriétaire doit conserver un locataire sur une parcelle qu'il a lui-même apportée et qui lui est réattribuée, cela pourrait aller à l'encontre de ses projets agricoles personnels.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires, justement près de Dax, souhaitaient reprendre personnellement l'exploitation de parcelles réattribuées après remembrement. La décision de 1997 leur donne raison : ils peuvent refuser le report du bail sur ces terres-là.

undefined, c'est que la Cour a aussi relevé un élément factuel important : Mme X... n'avait en location que des terres en herbe (pour le pâturage), et non des terres labourables. Cela a pu influencer l'appréciation des juges, même si le principe reste valable dans les deux cas.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Alors, comment réagir si vous vous trouvez dans une situation similaire ? Tout dépend de votre statut.

Si vous êtes propriétaire bailleur (comme Mme Y...) : vous devez savoir que vous ne pouvez pas refuser le report du bail sur les parcelles qui vous sont nouvellement attribuées. En revanche, vous pouvez vous opposer à ce report sur les parcelles que vous avez apportées au remembrement et qui vous sont réattribuées. Par exemple, si vous possédez une exploitation de 20 hectares près de Mont-de-Marsan, que vous en apportez 15 au remembrement et que vous recevez 5 hectares nouveaux, votre locataire pourra demander le report sur les 5 hectares nouveaux, mais pas sur les 15 hectares réattribués. Cela vous permet de garder la maîtrise d'une partie de votre patrimoine.

Si vous êtes locataire (comme Mme X...) : vous avez le droit de demander le report de votre bail sur les parcelles nouvellement attribuées à votre bailleur. Mais vous ne pouvez pas l'exiger sur les parcelles qu'il a apportées et qui lui sont réattribuées. Dans les faits, cela signifie que votre surface exploitée peut diminuer. Par exemple, si vous louiez 10 hectares et que votre bailleur ne reçoit que 5 hectares nouveaux, vous ne pourrez prétendre qu'à ces 5 hectares. Il faut anticiper cette éventualité financièrement.

Si vous êtes acquéreur d'une exploitation : vérifiez toujours si un remembrement a eu lieu récemment et quels baux sont en cours. Un locataire pourrait avoir des droits sur certaines parcelles, ce qui affecte la valeur du bien. Près de Dax, j'ai vu des transactions où cette question a fait baisser le prix de vente de 10 à 15%.

Si vous êtes professionnel de l'immobilier agricole : cette décision est un outil précieux pour conseiller vos clients. Elle permet de prévoir les conflits et de négocier des accords équilibrés. Pensez à inclure des clauses spécifiques dans les baux pour anticiper un éventuel remembrement.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Anticipez dès la signature du bail : si vous êtes dans une zone susceptible d'être remembrée (communes rurales des Landes, par exemple), insérez une clause prévoyant explicitement les modalités de report du bail en cas de remembrement. Précisez quelles parcelles sont concernées.
  • Documentez tout : conservez soigneusement les plans cadastraux avant et après remembrement, les notifications de la commission de remembrement, et les échanges avec votre locataire ou votre bailleur. Un dossier bien constitué peut éviter des années de procédure.
  • Négociez à l'amiable : avant d'engager une action en justice, tentez une médiation. Souvent, une solution équilibrée peut être trouvée, par exemple en ajustant le loyer ou en prévoyant un délai de préavis pour les parcelles réattribuées.
  • Consultez un avocat tôt : dès que vous êtes informé d'un projet de remembrement, prenez rendez-vous avec un avocat en droit rural. Une heure de consultation peut vous faire économiser des milliers d'euros et des mois de stress.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision de 1997 s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà en 1985, la Cour de cassation avait affirmé le principe du report du bail sur les parcelles nouvellement attribuées (Cass. civ. 3e, 6 novembre 1985, n° 84-13.298). Elle a depuis régulièrement confirmé cette solution, en l'assortissant de la limite concernant les parcelles réattribuées.

En revanche, il existe des décisions divergentes sur des points annexes. Par exemple, certains tribunaux ont estimé que le locataire pouvait demander une indemnité si la surface reportée était insuffisante, tandis que d'autres ont refusé. La tendance actuelle est à une protection équilibrée : on protège le locataire sans handicaper excessivement le propriétaire.

Pour l'avenir, avec l'évolution des pratiques agricoles et les enjeux environnementaux, le remembrement pourrait prendre de nouvelles formes. Mais le principe de base restera probablement le même : distinguer les parcelles nouvelles des parcelles réattribuées. Ce que ça signifie pour vous ? Une sécurité juridique relative, mais la nécessité de rester vigilant.

Ce que vous devez retenir absolument

Voici une checklist numérotée pour résumer l'essentiel :

  1. Si vous êtes locataire : vous pouvez demander le report de votre bail sur les parcelles nouvellement attribuées à votre bailleur après remembrement. Vous ne pouvez pas l'exiger sur les parcelles qu'il a apportées et qui lui sont réattribuées.
  2. Si vous êtes propriétaire : vous devez accepter le report sur les parcelles nouvelles, mais vous pouvez le refuser sur les parcelles réattribuées. Préparez-vous à justifier votre refus.
  3. Dans tous les cas : vérifiez les plans de remembrement et identifiez clairement l'origine de chaque parcelle (nouvelle attribution ou réattribution).
  4. Agissez rapidement : les délais pour contester une décision de remembrement ou pour demander le report d'un bail sont courts (souvent 2 mois). Ne tardez pas.
  5. Documentez tout : un dossier complet est votre meilleure arme en cas de litige.

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Questions fréquentes

Le locataire peut-il exiger le report de son bail sur les nouvelles parcelles après un remembrement ?

Oui, si le remembrement modifie la consistance des parcelles louées, le locataire peut exiger le report de son bail sur les parcelles attribuées en remplacement. La Cour de cassation (arrêt du 19 février 1997) a reconnu ce droit, sauf si le propriétaire justifie d'un motif légitime de refus.

Quels sont les délais pour que le locataire demande le report du bail ?

Le locataire doit manifester son intention dans un délai raisonnable après la notification du remembrement. En pratique, il est conseillé de le faire dès la connaissance des nouvelles attributions, par lettre recommandée avec accusé de réception.

Que faire si le propriétaire refuse le report du bail après remembrement ?

Le locataire peut saisir le tribunal paritaire des baux ruraux pour faire valoir son droit. Le juge appréciera si le refus est légitime (par exemple, si le propriétaire souhaite exploiter lui-même les nouvelles parcelles). Une consultation est nécessaire.

Puis-je, en tant que propriétaire, refuser le report du bail si je veux vendre les nouvelles parcelles ?

Non, le simple souhait de vendre ne constitue pas un motif légitime de refus. Vous devez justifier d'une nécessité personnelle, comme l'exploitation directe ou un projet de construction. Le juge apprécie souverainement. Une consultation est recommandée.

Quels recours si le locataire ne demande pas le report dans les délais ?

Si le locataire n'a pas demandé le report dans un délai raisonnable, le bail est réputé résilié de plein droit sur les parcelles initiales. Le propriétaire peut alors disposer librement des nouvelles parcelles. Une consultation est utile pour sécuriser la procédure.

Informations juridiques

  • Numéro: 94-22.083
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 19 février 1997

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire agricole face au remembrement communal

M. Dubois possède 15 hectares de terres agricoles près de Dax (Landes) qu'il loue depuis 8 ans à un éleveur bovin via un bail rural. La commune lance un remembrement qui redistribuera ses parcelles, avec attribution de nouvelles terres provenant d'autres propriétaires.

Application pratique:

Selon l'arrêt de 1997, le bail ne se reporte automatiquement que sur les parcelles que M. Dubois avait apportées au remembrement et qui lui sont réattribuées. Pour les terres nouvellement attribuées, il peut refuser le report du bail. M. Dubois doit : 1) Identifier précisément quelles nouvelles parcelles correspondent à ses anciennes terres, 2) Notifier par courrier recommandé à son locataire qu'il s'oppose au report sur les autres parcelles, 3) Consulter le géomètre-expert du remembrement pour établir un plan de situation détaillé.

2

Agriculteur locataire menacé dans son exploitation

Mme Legrand exploite 22 hectares en location depuis 12 ans près de Mont-de-Marsan (Landes) pour sa culture de maïs. Le remembrement va fragmenter ses parcelles actuelles et son propriétaire lui annonce vouloir récupérer toutes les nouvelles terres attribuées.

Application pratique:

L'arrêt protège le locataire : Mme Legrand a droit au report du bail sur les parcelles que son propriétaire avait initialement apportées au remembrement. Elle doit : 1) Exiger du propriétaire la liste des parcelles qu'il possédait avant remembrement, 2) Faire constater par huissier l'état des lieux des parcelles concernées, 3) Si le propriétaire refuse, saisir le tribunal paritaire des baux ruraux dans les 2 mois avec l'aide d'un avocat spécialisé en droit rural.

3

Notaire conseillant des héritiers en indivision

Trois frères héritent d'un domaine de 30 hectares près de Saint-Sever (Landes), loué à un agriculteur depuis 15 ans. Un remembrement communal est en cours et ils divergent sur l'opportunité de conserver le locataire sur les nouvelles parcelles.

Application pratique:

L'arrêt s'applique : le bail se reporte obligatoirement sur les terres que les héritiers avaient dans le patrimoine successoral avant remembrement. Le notaire doit : 1) Examiner l'acte de succession et les plans cadastraux antérieurs, 2) Organiser une réunion familiale pour expliquer la distinction juridique entre parcelles 'apportées' et 'nouvelles', 3) Rédiger une convention d'indivision précisant leur position commune vis-à-vis du locataire, avec éventuellement une indemnité de reprise si décision unanime de ne pas reporter le bail sur certaines parcelles.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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