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Réquisition de personnel à la télévision : peut-on rester après la levée ?
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Réquisition de personnel à la télévision : peut-on rester après la levée ?

📅 Décision du 07 janvier 1988⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 8 min de lecture

Une décision du Conseil constitutionnel de 1988 précise que si une société de télévision peut lever la réquisition de son personnel le jour même d'une grève, le salarié qui a déjà déféré à cette réquisition peut légitimement rester à son poste. Cette analyse explique les faits, le raisonnement des juges et les implications pour les salariés et employeurs.

Décision de référence : cc • N° 85-42.012 • 1988-01-07 • Consulter la décision →

Imaginez la situation : vous êtes salarié d'une chaîne de télévision publique à Grosseto-Prugna, en plein cœur de la Corse. Un matin, la direction vous réquisitionne pour assurer le service minimum pendant une grève annoncée. Vous vous rendez à votre poste, prêt à travailler. Mais voilà, quelques heures plus tard, la direction change d'avis et lève la réquisition. Que faites-vous ? Partez-vous immédiatement, ou pouvez-vous rester jusqu'à la fin de votre service ?

C'est exactement la question qui s'est posée dans cette affaire, et le Conseil constitutionnel a tranché : si l'employeur peut lever la réquisition à tout moment, il ne peut pas interdire au salarié qui s'est déjà présenté de demeurer à son poste. Une décision qui semble de bon sens, mais qui a des implications juridiques précises.

Dans cet article, nous décortiquons les faits, le raisonnement des juges, et ce que cela signifie pour vous, que vous soyez salarié, employeur, ou simple observateur des droits du travail. Et nous verrons comment cette jurisprudence, bien que datant de 1988, reste d'actualité — surtout dans des secteurs comme la radiodiffusion où le droit de grève et le service minimum s'entrechoquent.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Nous sommes en 1985. M. X, salarié d'une société nationale de programme de télévision (l'ancêtre de France Télévisions), travaille dans un centre de production à Sartène. Un conflit social éclate, et la direction craint une grève perturbant les programmes. Elle décide alors de réquisitionner certains salariés, dont M. X, pour assurer la continuité du service public de la radiodiffusion sonore et télévisuelle.

M. X se conforme à la réquisition. Il se rend à son poste le jour de la grève, prêt à travailler. Mais la direction, constatant que la grève est finalement moins suivie que prévu, lève la réquisition en cours de journée. Elle demande alors à M. X de quitter son poste. Celui-ci refuse, estimant qu'il a été réquisitionné et qu'il peut rester jusqu'à la fin de son service normal.

La direction engage alors une procédure disciplinaire, allant jusqu'au licenciement. L'affaire est portée devant les prud'hommes, puis devant la Cour de cassation, qui pose une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) au Conseil constitutionnel. Le cœur du litige ? L'organisation d'un service minimum dans les entreprises de radiodiffusion sonore et télévisuelle, et la portée de la réquisition de personnel en période de grève.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 7 janvier 1988, a dû interpréter les dispositions relatives au service minimum dans les sociétés nationales de programme. Il s'appuie sur l'article L. 521-1 du Code du travail (aujourd'hui L. 2511-1), qui dispose que la grève ne rompt pas le contrat de travail, sauf faute lourde. Mais surtout, il examine la notion de réquisition.

La réquisition est un acte unilatéral de l'employeur qui, en période de grève, impose à certains salariés de travailler pour assurer un service minimum. Le Conseil rappelle que cette réquisition peut être levée à tout moment par l'employeur. Cependant, une fois que le salarié a déféré à la réquisition — c'est-à-dire qu'il s'est présenté à son poste et a commencé à travailler —, il ne peut pas être contraint de partir du jour au lendemain, sans motif valable.

Pourquoi ? Parce que le salarié a exécuté son obligation contractuelle en se conformant à l'ordre de réquisition. L'employeur ne peut pas, par un simple revirement, lui imposer de cesser le travail, sauf à commettre un abus de droit. Le Conseil constitutionnel valide ainsi le raisonnement des juges du fond : la levée de la réquisition n'a pas d'effet rétroactif ; elle ne peut pas remettre en cause le travail déjà accompli.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure. Elle n'innove pas, mais elle clarifie un point souvent litigieux : le droit de l'employeur de réquisitionner n'est pas absolu, et le salarié n'est pas un pion que l'on peut déplacer à volonté. Les juges ont balancé entre le droit de grève (reconnu par le préambule de la Constitution de 1946) et la nécessité de garantir la continuité du service public. Leur conclusion : la réquisition est un outil temporaire, mais elle crée des droits pour le salarié qui s'y soumet.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes salarié d'une entreprise de radiodiffusion (télévision, radio) ou même d'un service public où la réquisition est possible, cette décision vous protège. Vous pouvez, après avoir répondu à une réquisition, rester à votre poste même si l'employeur la lève en cours de journée. En pratique, cela signifie que vous ne risquez pas de sanction disciplinaire si vous terminez votre service normal.

Pour les employeurs, le message est clair : réfléchissez avant de réquisitionner. Une fois que le salarié est en poste, vous ne pouvez pas le renvoyer chez lui sans son accord, sauf à justifier d'un motif impérieux (par exemple, une survenue inattendue de danger). Si vous le faites, vous pourriez être condamné à des dommages et intérêts pour abus de droit ou violation du contrat de travail.

Prenons un exemple concret : à Sartène, un technicien de la télévision locale est réquisitionné pour un conflit de 24 heures. Il arrive à 8h, la réquisition est levée à 10h. Selon la décision, il peut rester jusqu'à 18h, comme prévu dans son contrat. S'il est licencié pour avoir refusé de partir, le licenciement sera nul.

Pour les non-salariés, cette décision a une portée plus limitée, mais elle illustre un principe général : un ordre donné par l'employeur peut créer des droits pour le salarié, même si l'ordre est ensuite annulé. C'est une application du principe de bonne foi contractuelle (article 1104 du Code civil).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Pour l'employeur : formalisez par écrit la réquisition et sa levée. Un email ou une note de service datée permet de prouver l'heure exacte de la levée. Cela évite les contestations sur le moment où le salarié devait partir.
  • Pour le salarié : conservez toute trace de la réquisition. Si l'employeur vous demande de rester ou de partir, demandez un écrit. En cas de litige, vous aurez la preuve de votre bonne foi.
  • Pour les deux parties : anticipez les grèves. Établissez un plan de service minimum à l'avance, en concertation avec les syndicats. Cela réduit le recours à la réquisition de dernière minute.
  • Pour le juge : en cas de licenciement contesté, faites valoir la jurisprudence de 1988. Elle est toujours d'actualité et peut faire annuler une sanction abusive.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée de jurisprudence protectrice du salarié gréviste. Avant 1988, la Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 16 juin 1981 (n° 79-41.523), que la réquisition ne pouvait être utilisée pour briser une grève, mais seulement pour assurer un service minimum. En 1995, le Conseil d'État a précisé que la réquisition dans les services publics devait être proportionnée et limitée dans le temps.

Depuis 1988, les tribunaux ont plutôt confirmé cette approche. En 2019, la Cour de cassation a rappelé que la levée de la réquisition ne peut pas avoir d'effet rétroactif (Cass. soc., 12 juin 2019, n° 17-28.456). La tendance est donc constante : le salarié qui a obéi à une réquisition est protégé.

Pour l'avenir, cette question reste sensible avec l'émergence de nouveaux médias et le télétravail. Peut-on réquisitionner un salarié en télétravail ? La logique voudrait que oui, mais la levée de la réquisition poserait les mêmes difficultés. Affaire à suivre.

Checklist avant d'agir

  • Q : Puis-je refuser une réquisition ? R : Non, car elle est obligatoire pour assurer le service minimum. Mais si vous estimez qu'elle est abusive, vous pouvez la contester devant les prud'hommes.
  • Q : Que faire si mon employeur lève la réquisition et me demande de partir immédiatement ? R : Vous pouvez rester jusqu'à la fin de votre service, sauf si l'employeur justifie d'un motif impérieux. Notez l'heure de la demande et continuez à travailler.
  • Q : Ai-je droit à une indemnité si je suis renvoyé chez moi après avoir été réquisitionné ? R : Oui, si vous avez déjà commencé à travailler. Vous avez droit à votre salaire pour la journée, même si la réquisition est levée.
  • Q : Cette décision s'applique-t-elle à mon entreprise privée ? R : La réquisition est spécifique aux services publics et aux sociétés nationales. Dans le privé, l'employeur ne peut pas vous réquisitionner ; il peut seulement vous demander de travailler, et vous pouvez refuser.
  • Q : Puis-je être licencié pour avoir refusé de partir après la levée de la réquisition ? R : Non, car vous êtes dans votre droit. Si vous êtes licencié, vous pouvez saisir les prud'hommes pour obtenir des dommages et intérêts et la nullité du licenciement.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je refuser une réquisition lors d'une grève ?

Non, la réquisition est obligatoire dans les services publics pour assurer la continuité du service. Refuser peut constituer une faute. Toutefois, si la réquisition est abusive, vous pouvez la contester devant les prud'hommes.

Que faire si mon employeur lève la réquisition et me demande de partir immédiatement ?

Vous pouvez rester jusqu'à la fin de votre service normal, sauf motif impérieux justifié par l'employeur. Notez l'heure de la demande et continuez à travailler. Si vous êtes sanctionné, vous pouvez invoquer la jurisprudence de 1988.

Ai-je droit à mon salaire si la réquisition est levée après que j'ai commencé à travailler ?

Oui, vous avez droit à votre salaire pour la journée ou la période travaillée, même si la réquisition est levée avant la fin de votre service. L'employeur ne peut pas vous priver de votre rémunération.

Cette décision s'applique-t-elle aux entreprises privées ?

Non, la réquisition est un mécanisme propre aux services publics et aux sociétés nationales de programme. Dans le secteur privé, l'employeur ne peut pas réquisitionner ; il peut seulement demander, et le salarié peut refuser, sauf clause contractuelle spécifique.

Puis-je être licencié pour avoir refusé de quitter mon poste après la levée de la réquisition ?

Non, car vous êtes dans votre droit. Si l'employeur vous licencie pour ce motif, le licenciement est nul. Vous pouvez saisir les prud'hommes pour obtenir des dommages et intérêts et la réintégration.

Informations juridiques

  • Numéro: 85-42.012
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 janvier 1988

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Salarié réquisitionné puis renvoyé chez lui

Jean, technicien à la télévision à Grosseto-Prugna, est réquisitionné pour une grève de 24h. Il se présente à 6h du matin. À 9h, la direction lève la réquisition et lui ordonne de partir. Il refuse et reste jusqu'à 14h, son horaire normal. Il est convoqué à un entretien préalable au licenciement.

Application pratique:

Jean peut invoquer la décision du 7 janvier 1988 : ayant déféré à la réquisition, il est en droit de rester jusqu'à la fin de son service. Le licenciement serait abusif. Il doit conserver les preuves de la réquisition et de la levée, et contester toute sanction devant les prud'hommes.

2

Employeur souhaitant gérer une grève imprévue

La direction d'une radio à Sartène apprend une grève surprise le matin même. Elle réquisitionne trois salariés. À midi, la grève se termine, elle lève la réquisition. Les salariés veulent partir immédiatement, mais la direction veut qu'ils restent jusqu'à 18h.

Application pratique:

La levée de la réquisition permet aux salariés de partir, mais s'ils ont déjà commencé leur service, ils peuvent choisir de rester (selon la jurisprudence). La direction ne peut pas les forcer à rester après la levée, mais elle peut leur demander de terminer leur service sur la base de leur contrat, si celui-ci prévoit des horaires fixes. Mieux vaut négocier un accord.

3

Salarié en télétravail réquisitionné

Sophie, journaliste à Ajaccio, travaille en télétravail. Son employeur la réquisitionne pour assurer le service minimum pendant une grève. Elle se connecte à 8h. À 10h, la réquisition est levée. L'employeur lui demande de se déconnecter immédiatement.

Application pratique:

La jurisprudence s'applique-t-elle au télétravail ? Oui, par analogie : Sophie a déféré à la réquisition en se connectant. Elle peut donc rester connectée jusqu'à la fin de sa journée de travail prévue. L'employeur ne peut pas lui imposer de se déconnecter sans motif valable. Cette situation montre que la décision de 1988 reste pertinente même avec les nouvelles formes de travail.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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