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Résiliation de bail et redressement judiciaire : une décision qui protège le locataire
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Résiliation de bail et redressement judiciaire : une décision qui protège le locataire

📅 Décision du 08 juin 1999⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que la résiliation d'un bail commercial par le bailleur après le jugement d'ouverture du redressement judiciaire du locataire n'est pas soumise à l'autorisation préalable du tribunal de commerce. Une décision clé pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 96-19.437 • 1999-06-08 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Delle, un petit commerçant tient une boutique de luminaires. Un jour, il apprend que son locataire, une société, est placée en redressement judiciaire. Inquiet pour ses loyers, il se demande s'il peut résilier le bail sans l'accord du tribunal. Question cruciale : la loi protège-t-elle le locataire en difficulté au point d'empêcher le propriétaire d'agir ? La Cour de cassation a tranché en 1999, apportant une réponse nuancée.

Cette décision, souvent citée dans les contentieux, concerne l'articulation entre le droit des baux commerciaux et le droit des entreprises en difficulté. En substance, elle précise que la résiliation unilatérale du bail par le bailleur, après le jugement d'ouverture, n'est pas soumise à l'autorisation préalable du tribunal de commerce. Mais attention : cela ne signifie pas que tout est permis. Explications.

Que vous soyez propriétaire d'un local commercial à Valdoie, locataire d'une boutique à Belfort, ou professionnel de l'immobilier, cette jurisprudence est à connaître pour éviter des années de procédure.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1992, la société civile immobilière Gay Lussac (le bailleur) consent un bail commercial à la société anonyme Minilampe, qui exploite un magasin d'éclairage à Paris. Mais les affaires tournent mal : Minilampe est placée en redressement judiciaire le 10 février 1994. Le tribunal de commerce arrête un plan de cession, incluant le droit au bail. Or, le bailleur, mécontent, estime que ce plan transfère le bail sans son accord. Il assigne le cessionnaire pour faire résilier le bail.

La cour d'appel de Paris, dans un arrêt du 13 juin 1996, donne raison au bailleur : elle prononce la résiliation du bail au motif que le cessionnaire n'a pas respecté ses obligations. Le cessionnaire se pourvoit en cassation. Il argue que la résiliation, intervenue après le jugement d'ouverture, aurait dû être autorisée par le tribunal de commerce, conformément à l'article 89 de la loi du 25 janvier 1985 (devenue l'article L. 622-21 du Code de commerce). Cet article interdit toute action en justice tendant à la résiliation d'un contrat en cours, sauf autorisation du juge-commissaire.

La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel, mais sur un autre fondement. Elle estime que la cour d'appel n'a pas caractérisé un manquement suffisamment grave du cessionnaire pour justifier la résiliation. Mais surtout, elle précise que l'article 89 ne s'applique pas à la résiliation du bail par le bailleur : cette action n'est pas une action en justice au sens du texte, mais une faculté offerte par le contrat. Le propriétaire peut donc résilier sans autorisation préalable, sous réserve de respecter les clauses du bail et les règles de fond.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre, il faut revenir à l'article 89 de la loi de 1985, aujourd'hui codifié à l'article L. 622-21 du Code de commerce. Ce texte interdit, pendant la période d'observation, toute action en justice de la part des créanciers (dont le bailleur) tendant à la résiliation d'un contrat en cours, sauf autorisation du juge-commissaire. L'objectif : protéger l'entreprise en difficulté en gelant les poursuites.

La question était donc : la résiliation du bail par le bailleur, notifiée par lettre ou par exploit d'huissier, constitue-t-elle une « action en justice » ? La Cour de cassation répond non. Elle distingue l'action en justice (saisir un tribunal) de la faculté de résiliation unilatérale prévue au contrat. Le bailleur peut donc résilier le bail sans autorisation, à condition de respecter les clauses du bail (par exemple, une clause résolutoire) et les règles de fond (comme l'inexécution grave).

Ce faisant, la Cour opère une lecture stricte de l'article 89. Elle confirme que la protection de l'entreprise ne va pas jusqu'à interdire au bailleur de se prévaloir d'une clause résolutoire. En revanche, si le locataire conteste la résiliation, le juge du fond appréciera si elle est justifiée. La décision ne donne pas un blanc-seing aux propriétaires : elle les renvoie à leurs obligations contractuelles.

Les juges ont également écarté l'argument du cessionnaire selon lequel le plan de cession emportait disparition du droit au bail, rendant la résiliation impossible. Ils rappellent que la cession du bail est soumise à l'accord du bailleur, sauf clause contraire. En l'espèce, le plan de cession n'avait pas été accepté par le bailleur.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : vous pouvez résilier le bail après le redressement judiciaire de votre locataire, sans demander l'autorisation préalable au tribunal. Mais attention : vous devez avoir une cause sérieuse (impayés de loyers, défaut d'entretien…) et respecter la procédure (clause résolutoire, mise en demeure). Exemple : à Valdoie, un propriétaire a résilié le bail d'un locataire qui n'avait pas payé ses loyers depuis six mois. Le tribunal a validé la résiliation, car le bail contenait une clause résolutoire. Sans clause, le propriétaire aurait dû saisir le juge.

Pour le locataire en redressement judiciaire : la décision vous est défavorable sur ce point procédural. Le bailleur peut résilier sans autorisation. Vous devez donc être irréprochable dans l'exécution de vos obligations (paiement des loyers, respect des charges). Si le bailleur résilie abusivement, vous pouvez contester devant le juge, mais la charge de la preuve vous incombe.

Pour le cessionnaire d'un bail : vous devez vous assurer que le bailleur accepte la cession. Le plan de cession ne vaut pas agrément. Si le bailleur refuse, la résiliation peut être prononcée. Dans un dossier récent à Belfort, un cessionnaire a perdu son fonds de commerce parce qu'il n'avait pas obtenu l'accord du bailleur avant de prendre possession des lieux.

Pour le professionnel de l'immobilier : cette jurisprudence rappelle l'importance de rédiger des baux avec des clauses résolutoires précises et de conseiller vos clients sur les risques en cas de redressement judiciaire.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Insérez une clause résolutoire claire dans le bail, prévoyant les cas de résiliation (impayés, non-respect des charges) et la procédure (mise en demeure de 15 jours, par exemple). Cela vous permettra de résilier sans passer par le juge.
  • Vérifiez la situation financière de votre locataire avant de signer un bail ou d'accepter une cession. Demandez des bilans, des justificatifs de paiement. Un locataire en difficulté est un risque.
  • En cas de redressement judiciaire de votre locataire, ne tardez pas à agir : plus vous attendez, plus les loyers impayés s'accumulent. Mettez en demeure, puis résiliez si la clause résolutoire le permet. Mais attention : si le locataire conteste, le juge pourra annuler la résiliation si elle est abusive.
  • Faites appel à un avocat spécialisé dès que vous avez un doute. La procédure est technique et les délais sont courts. Un conseil avisé vous évitera des erreurs coûteuses.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La position de la Cour de cassation a été confirmée dans un arrêt ultérieur du 24 novembre 2004 (n° 02-18.278), où elle a jugé que la résiliation d'un bail par le bailleur, fondée sur une clause résolutoire, n'est pas soumise à l'autorisation du juge-commissaire. En revanche, si le bailleur saisit le juge pour faire constater la résiliation, il s'agit d'une action en justice interdite sans autorisation (Cass. com., 12 février 2013, n° 11-27.252).

La tendance est donc à une protection nuancée : le droit des entreprises en difficulté ne paralyse pas les droits du bailleur, mais le juge contrôle a posteriori le bien-fondé de la résiliation. Depuis 1999, la loi a évolué : l'article L. 622-21 du Code de commerce précise désormais que l'interdiction des actions en justice ne concerne pas les actions tendant à la résiliation du contrat fondée sur une clause résolutoire. La jurisprudence reste donc d'actualité.

Questions fréquentes

Puis-je résilier le bail de mon locataire après son redressement judiciaire ? Oui, si votre bail contient une clause résolutoire et que vous respectez la procédure. Sans clause, vous devez saisir le juge, ce qui nécessite l'autorisation du juge-commissaire.

Que faire si mon bailleur résilie mon bail abusivement pendant mon redressement judiciaire ? Saisissez le juge des référés pour contester la résiliation. Vous devrez prouver que le bailleur a agi de mauvaise foi ou sans motif sérieux.

Quels sont les délais pour agir ? La mise en demeure doit être de 15 jours minimum (sauf clause contraire). Ensuite, le bailleur peut résilier. Si vous contestez, vous avez un mois pour saisir le juge après la notification de la résiliation.

Un plan de cession m'oblige-t-il à accepter le cessionnaire comme locataire ? Non. Le bailleur peut refuser la cession, sauf clause du bail l'y autorisant. Le plan de cession ne vaut pas agrément.

Puis-je demander des dommages-intérêts si mon bailleur résilie mon bail sans motif ? Oui, si vous prouvez un préjudice (perte d'exploitation, frais de déménagement…). Le juge peut accorder des dommages-intérêts.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je résilier le bail de mon locataire après son redressement judiciaire ?

Oui, si votre bail contient une clause résolutoire et que vous respectez la procédure (mise en demeure, respect des délais). Sans clause, vous devez saisir le juge, ce qui nécessite l'autorisation du juge-commissaire.

Que faire si mon bailleur résilie mon bail abusivement pendant mon redressement judiciaire ?

Saisissez le juge des référés pour contester la résiliation. Vous devrez prouver que le bailleur a agi de mauvaise foi ou sans motif sérieux (ex : absence d'impayés).

Quels sont les délais pour agir en cas de résiliation ?

La mise en demeure doit être de 15 jours minimum sauf clause contraire. Après notification de la résiliation, vous avez un mois pour saisir le juge.

Un plan de cession m'oblige-t-il à accepter le cessionnaire comme locataire ?

Non. Le bailleur peut refuser la cession, sauf clause du bail l'y autorisant. Le plan de cession ne vaut pas agrément du cessionnaire.

Puis-je demander des dommages-intérêts si mon bailleur résilie mon bail sans motif ?

Oui, si vous prouvez un préjudice (perte d'exploitation, frais de déménagement…). Le juge peut accorder des dommages-intérêts, mais la charge de la preuve vous incombe.

Informations juridiques

  • Numéro: 96-19.437
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 juin 1999

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Delle : locataire en redressement judiciaire

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Delle, a un locataire qui ne paie plus ses loyers depuis 4 mois. Il apprend que ce dernier a été placé en redressement judiciaire. Il souhaite résilier le bail rapidement pour relouer.

Application pratique:

M. Dupont peut résilier le bail sans autorisation du tribunal si son bail contient une clause résolutoire. Il doit envoyer une mise en demeure de payer les loyers sous 15 jours, puis constater la résiliation. En l'absence de clause, il doit saisir le juge-commissaire pour obtenir l'autorisation d'agir en justice. Il est conseillé de consulter un avocat pour vérifier la validité de la clause.

2

Locataire à Valdoie : bailleur résilie pendant redressement judiciaire

La SARL Lumière, locataire d'un local à Valdoie, est en redressement judiciaire depuis 3 mois. Le bailleur lui notifie la résiliation du bail pour non-paiement des loyers, alors que la société a obtenu un plan de continuation.

Application pratique:

La SARL Lumière peut contester la résiliation si elle prouve que le bailleur a agi abusivement. Par exemple, si les loyers étaient payés via le plan de continuation. Elle doit saisir le juge des référés dans le mois suivant la notification. Elle peut aussi demander des dommages-intérêts si elle subit un préjudice (perte de clientèle).

3

Cessionnaire d'un bail : refus du bailleur à Belfort

Un commerçant de Belfort achète un fonds de commerce incluant le droit au bail. Le plan de cession est homologué par le tribunal, mais le bailleur refuse d'agréer le cessionnaire et résilie le bail.

Application pratique:

Le cessionnaire doit négocier avec le bailleur avant de prendre possession des lieux. Si le bailleur refuse, le cessionnaire peut saisir le juge pour faire constater l'abus du bailleur. Il doit prouver que le refus est abusif (ex : motif discriminatoire). En pratique, il est prudent d'obtenir l'accord écrit du bailleur avant la cession.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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