Décision de référence : cc • N° 22-13.993 • 2024-03-28 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire à Colomiers, près de Toulouse. Vous avez accordé à votre voisin une servitude de cour commune pour qu'il puisse construire sa piscine à la limite de votre terrain, en respectant les distances réglementaires. En échange, il s'engage à bâtir à un endroit précis. Mais quelques mois plus tard, vous constatez que la piscine est décalée, qu'un local technique a été déplacé, et qu'une fenêtre a été percée offrant une vue directe chez vous. Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation du 28 mars 2024 vous donne des armes : l'inexécution de l'engagement peut justifier la démolition de l'ouvrage.
Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Jusqu'à présent, beaucoup pensaient qu'une fois la construction achevée, il était trop tard pour revenir en arrière. La haute juridiction rappelle que non : lorsque la servitude est réciproque, le bénéficiaire doit respecter scrupuleusement l'emplacement convenu. undefined, si votre voisin ne tient pas parole, vous pouvez exiger la remise en état, même si cela implique de démolir.
undefined, c'est que cette décision s'applique à toutes les servitudes conventionnelles, pas seulement celles liées à l'urbanisme. Elle concerne aussi les propriétaires bailleurs, les copropriétaires, et tout détenteur d'un droit réel immobilier. Alors, comment réagir si vous êtes dans cette situation ? Lisez la suite.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. et Mme S. sont propriétaires d'un terrain à Muret, en banlieue toulousaine. Leur voisine, la société civile immobilière (SCI) X, souhaite construire une piscine et un local technique à proximité de la limite séparative. Pour respecter les distances réglementaires imposées par le plan local d'urbanisme (PLU), la SCI demande à M. et Mme S. de consentir une servitude de cour commune, prévue à l'article L. 471-1 du code de l'urbanisme. Ce texte permet de grever un fonds d'une servitude pour permettre une construction en limite de propriété, à condition que le propriétaire du fonds dominant (celui qui construit) s'engage à respecter l'emplacement convenu.
En 2018, un acte notarié est signé : M. et Mme S. accordent la servitude, et la SCI s'engage à construire la piscine et le local à un endroit précis, et à ne pas créer de vue directe. Mais dès les travaux achevés, les époux S. constatent que la piscine a été déplacée de plusieurs mètres, que le local technique est à un autre endroit, et qu'une fenêtre a été percée offrant une vue plongeante sur leur jardin. Ils assignent la SCI en justice pour obtenir la démolition des ouvrages non conformes.
Le tribunal de première instance leur donne raison, mais la cour d'appel de Toulouse infirme en partie le jugement. Selon elle, la SCI a certes modifié l'emplacement, mais cela ne justifie pas une démolition totale. Les époux S. se pourvoient en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel et renvoie l'affaire. Elle affirme que l'inexécution de l'obligation réciproque de respecter l'emplacement convenu est de nature à justifier la démolition, dans la mesure nécessaire au respect de la convention.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1240 du Code civil (responsabilité pour faute) et sur l'article L. 471-1 du code de l'urbanisme. Ce dernier dispose que le propriétaire qui consent une servitude de cour commune peut imposer des conditions, notamment l'emplacement de la construction. En contrepartie, le propriétaire du fonds dominant s'oblige à respecter ces conditions. La Cour précise que cette obligation est réciproque et essentielle : sans elle, la servitude perd son équilibre.
En l'espèce, la cour d'appel avait estimé que la SCI avait commis une faute, mais que la démolition n'était pas proportionnée. La Cour de cassation censure cette approche : dès lors que l'emplacement convenu n'est pas respecté, le propriétaire du fonds servant (celui qui a accordé la servitude) peut exiger la remise en état, même si cela implique une démolition. undefined, la sanction est automatique, sans avoir à prouver un préjudice particulier. C'est une évolution par rapport à la jurisprudence antérieure, qui exigeait souvent de démontrer un dommage grave.
Attention toutefois : la Cour ne dit pas que toute modification justifie une démolition intégrale. Elle précise que la démolition doit être « nécessaire au respect de la convention ». Ainsi, si le décalage est minime et n'affecte pas l'économie de la servitude, le juge pourrait ordonner des travaux moins radicaux. Mais dans notre affaire, le déplacement de la piscine et la création d'une vue non autorisée justifient une remise en état.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Muret ou Colomiers avaient accordé une servitude sans formaliser l'emplacement exact. Résultat : des années de procédure pour déterminer ce qui avait été convenu verbalement. Cette décision rappelle l'importance d'un acte notarié précis.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur : vous avez accordé une servitude pour permettre à votre locataire ou à un voisin de construire ? Vous pouvez exiger le respect strict des engagements. Exemple : à Colomiers, un propriétaire a consenti une servitude pour un abri de jardin. Le voisin a construit un garage à la place. Grâce à cette décision, le propriétaire peut demander la démolition du garage, sans avoir à prouver un préjudice financier.
Si vous êtes locataire : vous bénéficiez d'une servitude consentie par le propriétaire ? Attention : vous devez respecter les conditions, sous peine de voir le bail résilié ou la construction démolie. Par exemple, à Muret, un locataire a déplacé une clôture sans autorisation. Le bailleur a pu obtenir la remise en état sur le fondement de cette jurisprudence.
Si vous êtes acquéreur : avant d'acheter un terrain, vérifiez les servitudes existantes. Un vendeur pourrait être tenu de garantir l'exécution des obligations. En cas de non-respect, vous pourrez agir contre le bénéficiaire de la servitude.
Si vous êtes copropriétaire : les servitudes de cour commune peuvent exister entre lots. Un copropriétaire qui modifie ses travaux sans respecter l'emplacement convenu s'expose à une action en démolition de la part du syndicat des copropriétaires.
En pratique, les délais pour agir sont de 5 ans à compter de la construction (article 2224 du Code civil). Les frais de procédure peuvent varier de 3 000 à 10 000 €, mais une consultation préalable de 45 minutes avec un avocat spécialisé (environ 150 €) peut éviter un procès coûteux.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Formalisez l'emplacement précis dans l'acte notarié : ne vous contentez pas d'un plan sommaire. Faites établir un plan coté par un géomètre-expert, avec les distances exactes par rapport aux limites. Cela évite toute contestation.
- Photographiez les lieux avant et après les travaux : conservez des clichés datés (par exemple via une application mobile) pour prouver l'état initial. En cas de litige, ces preuves sont essentielles.
- Prévoyez une clause résolutoire : dans l'acte de servitude, insérez une clause qui prévoit automatiquement la démolition en cas de non-respect. Cela facilite l'obtention d'une décision de justice.
- Consultez un avocat avant de signer : un professionnel peut déceler les pièges et négocier des conditions protectrices. Par exemple, à Muret, un propriétaire a évité un litige de 5 ans grâce à une clause de médiation préalable.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une tendance récente de la Cour de cassation à renforcer l'effet des conventions en matière de servitudes. Par exemple, dans un arrêt du 10 mars 2021 (n° 19-20.115), la Cour avait déjà jugé que le non-respect d'une servitude de passage justifiait la démolition d'une construction. Cependant, cet arrêt était moins précis sur la notion de proportionnalité.
À l'inverse, certaines cours d'appel avaient auparavant exigé un préjudice grave pour ordonner une démolition. La décision du 28 mars 2024 met un terme à cette divergence : la seule inexécution de l'obligation suffit, à condition que la démolition soit nécessaire. Cela signifie que les tribunaux devront désormais vérifier si la construction est conforme à l'emplacement convenu, et non pas si le préjudice est important.
À l'avenir, on peut s'attendre à ce que les propriétaires soient plus vigilants lors de la rédaction des actes de servitude. Les notaires devront également être plus précis dans la description des obligations. Enfin, cette jurisprudence pourrait s'appliquer à d'autres types de servitudes, comme les servitudes de vue ou de passage.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ pratique :
- Puis-je exiger la démolition si mon voisin a déplacé sa construction de 50 cm ? Oui, si l'emplacement était précisément convenu. Le juge appréciera si la démolition est nécessaire. Mieux vaut agir rapidement.
- Que faire si mon voisin refuse de démblier ? Saisissez le tribunal judiciaire en référé (procédure d'urgence) pour obtenir une expertise et une ordonnance de démolition. Comptez 3 à 6 mois pour une décision.
- Quels délais pour agir ? 5 ans à compter de l'achèvement des travaux (article 2224 du Code civil). Passé ce délai, vous risquez de perdre votre droit.
- Combien coûte une procédure ? Entre 3 000 € et 10 000 € selon la complexité. Une consultation préalable (150 €) peut éviter un procès.
- Puis-je me défendre seul ? Déconseillé : le droit des servitudes est technique. Un avocat spécialisé en droit immobilier est indispensable.
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Checklist si vous êtes confronté à une construction non conforme :
- Vérifiez l'acte notarié : l'emplacement est-il précis ?
- Constatez les différences par photos et constat d'huissier.
- Mettez en demeure le voisin par lettre recommandée de remettre en état.
- Consultez un avocat pour engager une action en justice si nécessaire.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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