Décision de référence : cc • N° 86-19.403 • 1988-10-12 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme. Votre immeuble est frappé de fissures, les murs s'effritent. Le syndic, sûr de son fait, assigne le constructeur en justice. Mais voilà que le constructeur rétorque : « Le syndic n'avait pas le droit d'ester en justice, l'assemblée générale ne l'y a pas autorisé. » Résultat : l'action est déclarée irrecevable. Vous restez avec vos désordres et vos frais de procédure. Comment une simple formalité peut-elle faire capoter toute une action en justice ? C'est exactement ce que la Cour de cassation a tranché le 12 octobre 1988.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
À Riom, une copropriété construite dans les années 1970 souffre de graves désordres : infiltrations, fissures structurelles. Le syndic, M. X, décide d'assigner le constructeur et son assureur en réparation. L'assemblée générale du 15 mars 1974 avait voté une autorisation d'agir, mais les termes de cette délibération étaient flous. Les défendeurs (le constructeur et son assureur) soulèvent une exception de nullité : le syndic n'aurait pas été valablement habilité. La cour d'appel de Riom leur donne raison : l'autorisation de l'assemblée générale était trop générale, elle ne mentionnait pas spécifiquement l'action en garantie contre le constructeur. Le syndic et les copropriétaires se pourvoient en cassation, mais la Haute juridiction confirme : sans autorisation précise, l'action est irrecevable.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur les articles 117 et suivants du Code de procédure civile (ancien nouveau Code de procédure civile). Ces textes sanctionnent les irrégularités de fond, c'est-à-dire les vices qui empêchent l'action d'être valablement engagée. Le défaut de pouvoir du syndic est une irrégularité de fond, et non une simple nullité de forme. Conséquence : elle peut être soulevée par toute partie défenderesse, à tout moment de la procédure, même en appel. undefined le constructeur n'avait pas besoin de prouver un préjudice pour invoquer ce vice ; il suffit que le syndic n'ait pas été autorisé. La cour d'appel a souverainement apprécié que la délibération du 15 mars 1974 ne permettait pas au syndic d'agir pour la garantie des désordres. Les juges ont donc confirmé l'irrecevabilité, au grand dam des copropriétaires. undefined, une simple formalité de convocation et de rédaction de l'ordre du jour peut anéantir des années de procédure.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les copropriétaires, c'est une leçon : ne laissez pas le syndic agir seul. Avant toute action en justice, vérifiez que l'assemblée générale a voté une autorisation précise, mentionnant le défendeur et l'objet du litige. Si vous êtes propriétaire bailleur à Chamalières, et que votre syndic intente une action sans ce mandat, vous risquez de perdre le bénéfice de la réparation. Exemple concret : des infiltrations dans un immeuble de 12 lots à Chamalières. Le syndic assigne le constructeur sans autorisation expresse. Le constructeur soulève la nullité. Le syndicat perd son action, et les copropriétaires doivent tout recommencer, avec des frais d'avocat supplémentaires (3 000 à 5 000 €). Pour les locataires, cela ne change rien directement, mais si le syndicat n'obtient pas réparation, les charges de copropriété peuvent augmenter. Pour les professionnels (constructeurs, assureurs), cette décision est une arme défensive : vérifiez systématiquement le pouvoir du syndic avant de conclure.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez le mandat du syndic : avant toute action, demandez copie de la délibération d'assemblée générale autorisant le syndic à agir. Assurez-vous qu'elle est précise (nom du défendeur, objet, montant de la demande).
- Rédigez des ordres du jour clairs : lors de l'assemblée générale, inscrivez « autorisation au syndic d'engager une action en justice contre la société X pour obtenir réparation des désordres Y ». Évitez les formules vagues.
- Conservez les justificatifs : gardez le procès-verbal de l'assemblée générale et l'extrait de compte rendu. En cas de contestation, vous pourrez prouver l'autorisation.
- Consultez un avocat avant d'assigner : un avocat spécialisé en droit immobilier vérifiera la validité du mandat et vous évitera une irrecevabilité coûteuse.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1988 est constante : depuis, la Cour de cassation a réaffirmé ce principe à plusieurs reprises (Civ. 3e, 12 mai 1993, n°91-16.342). En revanche, une évolution récente (loi ALUR de 2014) permet au syndic d'agir en référé sans autorisation préalable pour les mesures urgentes. Mais pour une action au fond, le mandat reste indispensable. Les tribunaux sont de plus en plus stricts : ils exigent une mention expresse dans la délibération. Attention toutefois : si l'assemblée générale ratifie a posteriori l'action, la nullité peut être couverte, mais c'est risqué. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le syndic avait agi sans mandat, et la régularisation a coûté des mois de retard.
Questions fréquentes
- Le syndic peut-il agir en référé sans autorisation ? Oui, pour les mesures urgentes (expertise, travaux conservatoires), l'article 18 de la loi de 1965 le permet.
- Que faire si le constructeur soulève le défaut de pouvoir ? Vérifiez si une ratification est possible par une nouvelle assemblée générale. Sinon, il faut recommencer l'action.
- Quels sont les délais pour soulever cette nullité ? Aucun délai particulier : elle peut être invoquée en première instance comme en appel.
- Le copropriétaire peut-il agir seul ? Oui, pour son préjudice personnel (ex : infiltrations dans son lot), mais pas pour les parties communes.
- Cette décision s'applique-t-elle aux actions en garantie ? Oui, comme en l'espèce : l'action contre le constructeur et son assureur nécessite une autorisation.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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