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Syndic sans pouvoir : nullité de l'action en copropriété, qui peut l'invoquer ?
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Syndic sans pouvoir : nullité de l'action en copropriété, qui peut l'invoquer ?

📅 Décision du 12 mai 1993⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 9 min de lecture

L'arrêt de la Cour de cassation du 12 mai 1993 précise que l'irrégularité de fond tenant au défaut de pouvoir du syndic d'agir en justice ne peut être invoquée que par la partie qui en a intérêt, et non par tous les défendeurs. Une décision cruciale pour les copropriétaires et les professionnels de l'immobilier.

Décision de référence : cc • N° 91-15.937 • 1993-05-12 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes copropriétaire d'un immeuble à Cherbourg-en-Cotentin, près du port. Votre syndic engage une action en justice contre un entrepreneur qui a mal réalisé des travaux. Mais le syndic n'avait pas été autorisé par l'assemblée générale à agir. L'entrepreneur le fait remarquer, et le juge annule l'action. Problème : et si un autre défendeur, comme la SCI propriétaire des parties communes, voulait aussi se prévaloir de cette nullité ? Peut-elle le faire ? C'est exactement la question qu'a tranchée la Cour de cassation le 12 mai 1993.

Cette décision, souvent méconnue, est pourtant essentielle pour comprendre les règles de procédure en copropriété. Elle répond à une question simple : qui peut se plaindre du fait que le syndic n'avait pas le pouvoir d'agir en justice ? La réponse n'est pas « tout le monde », mais seulement celui qui a un intérêt direct à le faire. undefined, si vous êtes un entrepreneur mis en cause, vous pouvez invoquer ce défaut de pouvoir pour faire annuler l'action contre vous. Mais si vous êtes un autre défendeur, vous ne pouvez pas vous en prévaloir pour protéger un tiers.

Derrière cette technicité juridique se cache une règle de bon sens : chaque partie défend ses propres intérêts. La nullité pour défaut de pouvoir est une exception de fond (un moyen de défense lié à la validité de l'acte) qui ne profite qu'à celui qui l'invoque. La Cour de cassation l'a rappelé avec force dans cet arrêt, en validant le raisonnement de la cour d'appel qui avait traité différemment deux entrepreneurs pourtant dans la même situation.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire commence à Paris, mais aurait pu se dérouler à Coutances ou Cherbourg-en-Cotentin. Un syndicat de copropriétaires, mécontent de travaux réalisés par plusieurs entrepreneurs, décide d'assigner en justice une société civile immobilière (SCI) et deux entreprises, dont la société OTH. Le problème ? Le syndic n'avait pas reçu d'autorisation expresse de l'assemblée générale pour engager cette action. C'est une irrégularité de fond classique, prévue à l'article 117 du Code de procédure civile (qui énumère les causes de nullité pour vice de fond).

Devant la cour d'appel, la société OTH soulève cette irrégularité et demande l'annulation de l'action à son encontre. L'autre entrepreneur, lui, ne dit rien sur ce point. La cour d'appel fait droit à la demande d'OTH : l'action est annulée à son égard. Mais elle rejette la même demande formulée par la SCI, estimant que la nullité n'a d'effet que pour celui qui l'invoque. Résultat : le syndicat obtient gain de cause contre la SCI et l'autre entrepreneur, mais pas contre OTH.

La SCI se pourvoit en cassation. Elle argue que l'irrégularité de fond devrait profiter à tous les défendeurs, car l'action est nulle dans son ensemble. Mais la Cour de cassation rejette son pourvoi. Elle approuve la cour d'appel : « si chaque défendeur est en droit de se prévaloir de l'irrégularité de fond, tirée du défaut de pouvoir du syndic d'agir en justice, justifie légalement sa décision d'accueillir les demandes d'un syndicat de copropriétaires dirigées contre une société civile immobilière tout en écartant le recours de celle-ci contre un entrepreneur et en l'accueillant contre un autre la cour d'appel qui, après avoir relevé que seul un entrepreneur excipait de l'irrégularité, retient exactement que celle-ci n'a d'effet qu'à l'égard de celui qui l'invoque. »

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur les articles 117 et 118 du Code de procédure civile. L'article 117 énonce que constituent des irrégularités de fond notamment le défaut de pouvoir d'une personne morale (comme le syndic). L'article 118 précise que ces nullités peuvent être soulevées par toute personne qui y a intérêt, mais qu'elles ne sont pas automatiques : encore faut-il que la partie qui les invoque en subisse un préjudice. undefined la nullité n'est pas une sanction automatique : elle dépend de l'intérêt de celui qui la soulève.

Dans cette affaire, la Cour de cassation a considéré que l'irrégularité de fond n'affecte pas l'action elle-même dans son existence, mais seulement sa validité à l'égard de celui qui s'en prévaut. C'est une distinction subtile mais cruciale. undefined, le défaut de pouvoir du syndic n'entraîne pas la nullité de toute la procédure, mais seulement l'annulation des actes à l'encontre de la partie qui soulève l'exception. Les autres défendeurs, qui ne l'ont pas invoquée, ne peuvent pas en bénéficier.

undefined, c'est que cette solution repose sur une logique de personnalité des nullités : chaque partie défend ses propres droits. Si un défendeur ne se plaint pas du défaut de pouvoir, c'est qu'il accepte implicitement la régularité de l'action à son égard. La Cour de cassation a ainsi rejeté l'argument de la SCI qui voulait profiter de l'exception soulevée par OTH. En agissant ainsi, elle a rappelé que le juge ne peut pas suppléer d'office une nullité de fond (sauf exceptions légales), et que chaque partie doit veiller à ses propres intérêts.

Attention toutefois : cette décision ne remet pas en cause le principe selon lequel le syndic doit être habilité par l'assemblée générale pour agir en justice. Si aucune des parties ne soulève l'irrégularité, l'action peut prospérer. Mais dès qu'un défendeur le fait, l'action est annulée à son égard. C'est une épée de Damoclès pour les syndicats mal conseillés.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes copropriétaire à Cherbourg-en-Cotentin ou ailleurs, cette décision vous rappelle l'importance de vérifier les pouvoirs de votre syndic avant toute action en justice. Concrètement, avant d'assigner un entrepreneur ou un voisin, le conseil syndical doit s'assurer que l'assemblée générale a voté une autorisation expresse, précisant l'objet du litige et les parties visées. À défaut, l'action pourra être annulée à la demande de chaque défendeur qui le souhaite.

Pour un entrepreneur comme ceux de Coutances, cette décision est une arme : si vous êtes assigné par un syndicat, vérifiez immédiatement si le syndic avait le pouvoir d'agir. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez demander l'annulation de l'action à votre encontre, et le syndicat devra tout recommencer, avec les frais supplémentaires que cela implique. Par exemple, un litige de 10 000 € de travaux mal faits pourrait se retrouver bloqué pendant des mois, le temps que l'assemblée générale vote l'autorisation.

Pour une SCI ou un autre copropriétaire défendeur, la leçon est différente : vous ne pouvez pas compter sur un autre défendeur pour soulever l'irrégularité à votre place. Si vous voulez vous prévaloir du défaut de pouvoir, vous devez le faire vous-même. undefined, j'ai rencontré des dossiers où une SCI propriétaire de lots a raté cette occasion, et s'est retrouvée condamnée solidairement avec l'entrepreneur fautif, alors qu'elle aurait pu être libérée si elle avait soulevé l'exception.

Enfin, pour les professionnels de l'immobilier (agents, notaires, administrateurs de biens), cette jurisprudence impose une vigilance accrue sur les mandats. Un syndic qui agit sans pouvoir engage sa responsabilité professionnelle. Et si le syndicat est débouté, les copropriétaires pourraient se retourner contre lui pour obtenir réparation du préjudice subi.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez les pouvoirs du syndic avant toute action : Avant d'engager une procédure, demandez au syndic de vous communiquer le procès-verbal de l'assemblée générale l'habilitant à agir. Si ce n'est pas clair, ne lancez pas l'action.
  • Si vous êtes défendeur, examinez l'habilitation du syndic : Dès réception de l'assignation, vérifiez si le syndic avait un mandat exprès. En cas de doute, soulevez l'irrégularité dans vos premières conclusions, sous peine de la voir couverte.
  • Faites voter une autorisation large mais précise : Lors de l'assemblée générale, le syndic doit demander une autorisation pour « agir en justice contre toute personne responsable des désordres », en citant les noms des défendeurs potentiels. Une formulation trop vague pourrait être contestée.
  • Consultez un avocat spécialisé avant d'assigner : Un avocat en droit immobilier vérifiera la régularité de la procédure et pourra vous conseiller sur les chances de succès. À Cherbourg comme ailleurs, mieux vaut prévenir que guérir.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1993 s'inscrit dans une ligne constante de la Cour de cassation, qui distingue les nullités de fond des nullités de forme. Par exemple, dans un arrêt du 10 juillet 1996 (n° 94-18.542), la Cour a jugé que le défaut de pouvoir du syndic est une nullité de fond qui ne peut être couverte par une ratification ultérieure de l'assemblée générale. undefined, même si l'assemblée générale vote après coup l'autorisation, cela ne régularise pas l'action déjà engagée. C'est une règle stricte, qui protège les défendeurs contre des actions précipitées.

Plus récemment, la Cour de cassation a précisé dans un arrêt du 18 mars 2021 (n° 19-22.413) que le syndic doit justifier d'une habilitation expresse et spéciale pour chaque action. Une autorisation générale donnée en début de mandat ne suffit pas. Cette évolution renforce la nécessité pour les syndicats de copropriétaires de bien préparer leurs assemblées générales.

En pratique, la tendance est au renforcement des exigences de transparence et de mandat précis. Les tribunaux sont de plus en plus vigilants sur le respect des règles de procédure en copropriété. Pour les défendeurs, c'est une opportunité ; pour les demandeurs, une contrainte supplémentaire.

Points clés à retenir

  • Qui peut invoquer le défaut de pouvoir du syndic ? Chaque défendeur individuellement, mais uniquement pour son propre compte. Un défendeur ne peut pas se prévaloir de l'exception soulevée par un autre.
  • Que faire si vous êtes assigné par un syndicat ? Vérifiez immédiatement si le syndic avait une autorisation expresse de l'assemblée générale. Si ce n'est pas le cas, soulevez l'irrégularité dans vos premières conclusions.
  • Quels sont les risques pour le syndic ? Engager une action sans pouvoir expose le syndic à une action en responsabilité de la part du syndicat, voire à des dommages et intérêts.
  • Peut-on régulariser après coup ? Non, selon la jurisprudence, l'habilitation doit être préexistante. Une ratification ultérieure ne couvre pas la nullité.
  • Quel est l'intérêt pratique de cette décision ? Elle permet à un entrepreneur de se défendre seul, sans être affecté par l'attitude des autres défendeurs. Elle sécurise les positions de chacun.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qui peut invoquer le défaut de pouvoir du syndic pour faire annuler une action en justice ?

Chaque défendeur individuellement, mais seulement pour son propre compte. Un défendeur ne peut pas se prévaloir de l'exception soulevée par un autre. La nullité n'a d'effet qu'à l'égard de celui qui l'invoque, comme l'a rappelé la Cour de cassation le 12 mai 1993.

Que faire si je suis assigné par un syndicat de copropriétaires et que le syndic n'avait pas de pouvoir ?

Vous devez soulever l'irrégularité dans vos premières conclusions (écritures déposées au tribunal). Si vous ne le faites pas, vous ne pourrez plus vous en prévaloir ensuite. Le tribunal annulera alors l'action à votre égard uniquement.

Un syndic peut-il régulariser son action après coup en faisant voter une autorisation par l'assemblée générale ?

Non, selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation (notamment arrêt du 10 juillet 1996), la nullité pour défaut de pouvoir est une nullité de fond qui ne peut être couverte par une ratification ultérieure. L'habilitation doit être préexistante à l'action.

Quels sont les risques pour un syndic qui agit sans pouvoir ?

Le syndic engage sa responsabilité professionnelle. Le syndicat peut lui réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice subi (frais de procédure perdus, retard dans la résolution du litige). De plus, l'action peut être annulée à la demande de chaque défendeur.

Cette décision s'applique-t-elle à tous les types de litiges en copropriété ?

Oui, elle s'applique à toute action en justice engagée par le syndic au nom du syndicat, que ce soit contre un copropriétaire, un entrepreneur, un locataire ou un tiers. Le principe est général : le syndic doit être habilité expressément pour chaque action.

Informations juridiques

  • Numéro: 91-15.937
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 12 mai 1993

Mots-clés

syndiccopropriéténullité de fondpouvoir d'agir en justiceCour de cassationaction en justicedéfaut de pouvoirprocédure civile

Cas d'usage pratiques

1

Copropriétaire à Cherbourg : le syndic attaque un entrepreneur sans autorisation

Un copropriétaire d'un immeuble à Cherbourg-en-Cotentin constate des infiltrations dues à des travaux mal faits. Le syndic assigne l'entrepreneur sans avoir obtenu le vote de l'assemblée générale. L'entrepreneur soulève le défaut de pouvoir, et l'action est annulée à son égard. Le syndicat doit recommencer la procédure après avoir fait voter l'autorisation, perdant six mois et des frais supplémentaires.

Application pratique:

Cette jurisprudence protège l'entrepreneur, qui n'a pas à subir une action irrégulière. Pour le syndicat, c'est un avertissement : il faut toujours vérifier les pouvoirs du syndic avant d'engager une action. En pratique, le conseil syndical doit demander au syndic de justifier de son habilitation avant de l'autoriser à agir.

2

SCI propriétaire à Coutances : ne pas se reposer sur les autres défendeurs

Une SCI détient des lots dans une copropriété à Coutances. Le syndic engage une action contre la SCI et deux entrepreneurs pour des désordres. L'un des entrepreneurs soulève le défaut de pouvoir du syndic, mais la SCI ne le fait pas. La cour d'appel annule l'action contre l'entrepreneur, mais maintient la condamnation de la SCI. La SCI ne peut pas se prévaloir de l'exception soulevée par l'entrepreneur.

Application pratique:

Chaque défendeur doit veiller à ses propres intérêts. Si vous êtes assigné, même si d'autres parties ont soulevé des exceptions, vous devez les soulever vous-même si vous voulez en bénéficier. En pratique, dès réception de l'assignation, consultez un avocat pour vérifier tous les moyens de défense possibles.

3

Entrepreneur à Cherbourg : comment se défendre contre une action mal engagée

Un entrepreneur de Cherbourg-en-Cotentin est assigné par un syndicat pour des travaux de rénovation défectueux. Il constate que le syndic n'avait pas été habilité par l'assemblée générale. Il soulève l'exception dans ses conclusions, et l'action est annulée à son encontre. Le syndicat doit payer les frais de procédure de l'entrepreneur.

Application pratique:

L'entrepreneur doit agir rapidement : l'exception doit être soulevée in limine litis (dès le début de la procédure). S'il attend, la nullité sera couverte. En pratique, dès la réception de l'assignation, il faut demander au syndic de fournir la délibération de l'assemblée générale l'habilitant à agir. Si elle n'existe pas, on soulève la nullité.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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