Décision de référence : cc • N° 90-20.384 • 1992-05-14 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes à Toul, dans la maison familiale héritée de vos parents. Votre frère, nu-propriétaire, veut vendre la pleine propriété pour récupérer sa part. Mais vous, usufruitier, vous y vivez. Peut-il vous forcer à vendre contre votre gré ? Jusqu'en 1987, la loi permettait au juge d'ordonner la vente, même si l'usufruitier s'y opposait. Mais une réforme est intervenue, et la Cour de cassation a tranché en 1992 : désormais, l'usufruitier a son mot à dire. Explications.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un immeuble à Nancy avec son épouse, décède en 1975. Sa veuve hérite d'un quart en toute propriété et des trois quarts en usufruit. En 1985, les enfants, nus-propriétaires, demandent au tribunal de Nancy de liciter (vendre aux enchères) l'immeuble en pleine propriété. La veuve s'y oppose, invoquant son droit d'usufruit. Le tribunal de grande instance de Nancy ordonne la vente en 1989, estimant que la loi ancienne (antérieure à 1987) s'applique. La veuve fait appel. La cour d'appel de Nancy confirme en 1990. Elle se pourvoit en cassation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation annule l'arrêt de la cour d'appel. Elle rappelle que l'article 815-5, alinéa 2, du Code civil, issu de la loi du 6 juillet 1987, dispose que le juge ne peut, à la demande d'un nu-propriétaire, ordonner la vente de la pleine propriété d'un bien grevé d'usufruit contre la volonté de l'usufruitier. La question était : cette loi s'applique-t-elle aux usufruits constitués avant 1987 ? La Cour répond oui, sous réserve des décisions judiciaires passées en force de chose jugée ou des accords amiables conclus avant cette date. En l'espèce, l'usufruit datait de 1975, mais aucune décision définitive n'avait été rendue avant 1987. Donc la loi nouvelle s'applique. La cour d'appel aurait dû respecter la volonté de l'usufruitière. C'est une confirmation de la règle de l'application immédiate des lois nouvelles aux situations en cours, sauf droits déjà consacrés par une décision irrévocable.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes usufruitier (vous avez le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus), vous ne pouvez plus être contraint de vendre votre droit contre votre gré, même si le nu-propriétaire insiste. Exemple : à Nancy, un usufruitier âgé de 80 ans peut rester dans son logement sans craindre une vente forcée décidée par ses enfants. Pour les nus-propriétaires, cela signifie que vous devrez négocier avec l'usufruitier ou attendre l'extinction de l'usufruit (souvent au décès). Si vous êtes acquéreur, vérifiez l'existence d'un usufruit : sans l'accord de l'usufruitier, vous ne pouvez acquérir la pleine propriété que par la renonciation ou le décès de celui-ci. En pratique, si vous êtes nu-propriétaire et que l'usufruitier refuse la vente, vous pouvez demander au juge une autorisation de vendre seulement la nue-propriété (sans l'usufruit), mais cela réduit le prix.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez une convention d'indivision : avant tout conflit, signez un accord écrit précisant les droits de chacun (usufruitier et nu-propriétaire) sur la gestion et la vente éventuelle du bien.
- Consultez un notaire ou un avocat spécialisé dès le décès pour évaluer la situation. À Nancy, Maître Zakine peut vous aider à anticiper les blocages.
- Négociez une vente amiable : proposez à l'usufruitier une somme d'argent (par exemple, 30 % de la valeur du bien) en échange de sa renonciation à l'usufruit. Cela évite un procès.
- Envisagez un partage partiel : si le bien est divisible, vendez une partie en nue-propriété et conservez l'usufruit sur le reste. Cette solution est souvent plus acceptable pour l'usufruitier.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Avant 1987, la Cour de cassation admettait la vente forcée en pleine propriété contre l'usufruitier (Civ. 1re, 20 novembre 1979). La loi de 1987 a inversé la règle. Depuis, la jurisprudence a précisé que l'usufruitier ne peut pas abuser de son droit pour nuire aux nus-propriétaires (Civ. 1re, 11 février 2009). La tendance est à la protection des droits réels (usufruit) mais avec un contrôle de l'abus de droit. À l'avenir, les juges pourraient être amenés à arbitrer des conflits où l'usufruitier refuse toute vente alors que le bien se dégrade faute d'entretien.
Questions fréquentes
Puis-je vendre un bien dont je suis nu-propriétaire sans l'accord de l'usufruitier ? Oui, vous pouvez vendre votre nue-propriété séparément, mais l'acquéreur devra respecter l'usufruit jusqu'à son extinction. Pour vendre la pleine propriété, l'accord de l'usufruitier est nécessaire.
Que faire si l'usufruitier refuse toute vente alors que le bien se dégrade ? Vous pouvez saisir le juge pour demander une mesure conservatoire (expertise, travaux d'urgence). En cas de carence grave, le juge peut ordonner la vente pour abus de droit de l'usufruitier.
Quels délais pour agir ? La prescription est de 5 ans pour contester une décision judiciaire de vente forcée. Mais mieux vaut agir rapidement dès le conflit.
Quel coût pour une procédure ? Comptez entre 1 500 € et 5 000 € d'honoraires d'avocat selon la complexité, plus les frais de justice (expertise, etc.).
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
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