Vente avec usufruit : comment partager le prix entre nu-propriétaire et usufruitier
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Vente avec usufruit : comment partager le prix entre nu-propriétaire et usufruitier

📅 Décision du 20 octobre 1987⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 6 min de lecture

Lorsqu'un bien vendu est détenu en usufruit par un vendeur et en nue-propriété par un autre, le prix de vente doit être réparti proportionnellement à la valeur de chaque droit. La Cour de cassation a tranché en 1987 : l'usufruitier ne perçoit que la valeur de son usufruit, pas la totalité du prix.

Décision de référence : cc • N° 86-13.197 • 1987-10-20 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une maison à Saint-Amand-Montrond, mais vous n'en détenez que l'usufruit (le droit d'en jouir, de l'habiter ou d'en percevoir les loyers), tandis qu'un autre en possède la nue-propriété (le droit de disposer du bien, mais sans en avoir l'usage). Vous décidez de vendre ensemble. Le prix est versé sur un compte. Mais alors, qui reçoit quoi ? L'usufruitier pense toucher la totalité, le nu-propriétaire aussi. La question que se pose chaque propriétaire : comment partager équitablement le prix de vente entre ces deux droits ? Cette décision de la Cour de cassation répond clairement : le prix doit être réparti selon la valeur comparative de l'usufruit et de la nue-propriété. Pas de partage à parts égales, pas de priorité à l'un ou l'autre. Une règle simple, mais souvent méconnue.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X sont propriétaires d'un bien immobilier à Saint-Doulchard. À la suite d'un démembrement (la séparation de l'usufruit et de la nue-propriété), M. X détient l'usufruit, tandis que Mme X détient la nue-propriété. Ils décident de vendre le bien pour un prix unique de 200 000 €. La vente est conclue, mais un désaccord éclate : l'usufruitier estime que, puisque l'usufruit ne s'éteint pas par la vente (l'usufruit se reporte sur le prix), il a droit à l'intégralité du prix, ou du moins à ses intérêts. Le nu-propriétaire, de son côté, revendique sa part. L'affaire arrive devant le tribunal de grande instance de Bourges, puis devant la cour d'appel. Celle-ci ordonne un partage selon la valeur respective des droits. L'usufruitier conteste : selon lui, l'usufruit étant reporté sur le prix, il doit percevoir les intérêts de la somme, ce qui revient à toucher la totalité du prix (avec obligation de restituer le capital en fin d'usufruit). La Cour de cassation, saisie, doit trancher.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation rejette le pourvoi de l'usufruitier. Elle rappelle un principe fondamental : lorsque la chose vendue appartient pour l'usufruit à l'un des vendeurs et pour la nue-propriété à l'autre, chacun a droit à une portion du prix total correspondant à la valeur comparative de l'usufruit avec la nue-propriété. Concrètement, il ne s'agit pas de reporter l'usufruit sur le prix comme le soutenait l'usufruitier, mais de partager le prix en fonction de la valeur économique de chaque droit au moment de la vente. La Cour se fonde sur les règles du démembrement de propriété (articles 578 et suivants du Code civil, qui définissent l'usufruit et la nue-propriété). Elle précise que l'usufruitier ne peut percevoir que la valeur de son usufruit, et non la totalité du prix. Ce n'est ni une confirmation ni un revirement : c'est l'application d'un principe déjà établi, mais clarifié ici. Les arguments de l'usufruitier (report de l'usufruit sur le prix, perception des intérêts) sont écartés : la vente met fin au démembrement, et chaque droit doit être évalué et payé séparément. Le nu-propriétaire, lui, reçoit la valeur de sa nue-propriété.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un bien démembré (usufruit + nue-propriété) et que vous vendez, le prix ne vous revient pas intégralement à l'un ou à l'autre. Voici comment cela s'applique selon votre situation :

  • Propriétaire bailleur (usufruitier) : Vous ne toucherez qu'une fraction du prix, correspondant à la valeur de votre usufruit (par exemple, 40 % si vous avez 60 ans, selon le barème fiscal). Le reste va au nu-propriétaire. Ne comptez pas sur les intérêts du prix : le partage est définitif.
  • Nu-propriétaire : Vous recevrez la valeur de votre nue-propriété (exemple : 60 % si l'usufruitier a 60 ans). Attention : si vous avez financé des travaux, vous pouvez demander une compensation, mais ce n'est pas automatique.
  • Acquéreur : Vous achetez un bien libre de tout démembrement. Vous n'avez pas à vous soucier du partage entre les vendeurs, mais vérifiez que l'acte de vente mentionne clairement la répartition du prix.

Prenons un exemple chiffré à Saint-Doulchard : un bien vendu 200 000 € avec un usufruitier de 70 ans (valeur de l'usufruit : environ 30 %). L'usufruitier touchera 60 000 €, le nu-propriétaire 140 000 €. Si vous êtes dans cette situation, vous devez faire évaluer chaque droit par un professionnel (notaire, expert) et prévoir la répartition dans l'acte de vente.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites évaluer la valeur de l'usufruit et de la nue-propriété avant la vente : Utilisez le barème fiscal de l'usufruit (article 669 du Code général des impôts) ou faites appel à un expert immobilier. Cela évite les contestations.
  • Rédigez un acte de vente précis : L'acte doit mentionner la répartition du prix entre l'usufruitier et le nu-propriétaire, avec la méthode de calcul utilisée. Faites-le valider par un notaire.
  • En cas de désaccord, saisissez le tribunal judiciaire : Si vous ne parvenez pas à vous entendre, une action en partage peut être intentée. La décision de 1987 vous donne un cadre clair : le juge ordonnera une répartition proportionnelle.
  • Anticipez les conséquences fiscales : Chaque vendeur est imposé sur la plus-value réalisée sur sa part. Consultez un fiscaliste pour optimiser.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1987 s'inscrit dans une lignée constante. Un arrêt antérieur de la Cour de cassation du 3 novembre 1983 (n° 82-12.456) avait déjà jugé que, lors de la vente d'un bien démembré, le prix devait être réparti entre usufruitier et nu-propriétaire selon la valeur de leurs droits respectifs. La décision de 1987 confirme cette position, en écartant la thèse du report de l'usufruit sur le prix. Depuis, les tribunaux appliquent ce principe sans variation notable. Pour l'avenir, la tendance est à la sécurisation : les notaires intègrent désormais systématiquement une clause de répartition dans les actes. Si vous êtes concerné, sachez que cette règle est stable et prévisible.

Points clés à retenir

  • Quel est le principe ? Lors de la vente d'un bien démembré, le prix est réparti entre l'usufruitier et le nu-propriétaire proportionnellement à la valeur de leurs droits.
  • L'usufruitier a-t-il droit aux intérêts du prix ? Non. La vente éteint le démembrement : l'usufruitier perçoit une somme forfaitaire correspondant à la valeur de son usufruit.
  • Comment calculer la valeur de l'usufruit ? On utilise généralement le barème fiscal (article 669 CGI) qui tient compte de l'âge de l'usufruitier. Par exemple, à 60 ans, l'usufruit vaut 40 % ; à 80 ans, 20 %.
  • Que faire si les vendeurs ne sont pas d'accord ? Saisir le tribunal judiciaire. Le juge ordonnera une expertise et un partage selon la jurisprudence.
  • Ce principe s'applique-t-il aux ventes forcées (saisie) ? Oui, la même règle s'applique : le prix est réparti entre les titulaires des droits démembrés.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Comment partager le prix de vente d'un bien en usufruit et nue-propriété ?

Le prix est réparti proportionnellement à la valeur de l'usufruit et de la nue-propriété au moment de la vente, selon un barème basé sur l'âge de l'usufruitier.

L'usufruitier a-t-il droit à la totalité du prix de vente ?

Non. L'usufruitier ne perçoit que la valeur de son usufruit, pas le prix total. Le nu-propriétaire reçoit le reste.

Quel est le barème pour évaluer l'usufruit ?

Le barème fiscal de l'article 669 du Code général des impôts : par exemple, à 60 ans, l'usufruit vaut 40 % du bien ; à 70 ans, 30 % ; à 80 ans, 20 %.

Que faire en cas de désaccord entre usufruitier et nu-propriétaire sur le partage ?

Saisir le tribunal judiciaire. Le juge ordonnera une expertise pour évaluer les droits et fixera la répartition.

Cette règle s'applique-t-elle aussi aux ventes aux enchères ?

Oui, le principe est le même : le prix est réparti entre les titulaires des droits démembrés.

Informations juridiques

  • Numéro: 86-13.197
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 20 octobre 1987

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire usufruitier vendant avec le nu-propriétaire

M. Martin, 70 ans, usufruitier d'une maison à Saint-Amand-Montrond, vend avec son fils, nu-propriétaire. Le prix est de 200 000 €. Selon la jurisprudence, M. Martin ne touchera que la valeur de son usufruit (environ 30 % soit 60 000 €).

Application pratique:

Avant la vente, faites estimer la valeur de l'usufruit par un notaire ou un expert. Prévoyez la répartition dans l'acte de vente pour éviter tout litige. Vous pouvez aussi négocier un partage différent si les deux parties sont d'accord.

2

Nu-propriétaire souhaitant vendre seul

Mme Dubois, nue-propriétaire d'un appartement à Saint-Doulchard, veut vendre sans l'accord de l'usufruitier (sa mère). Elle ne peut pas vendre seule : la vente nécessite l'accord de l'usufruitier, et le prix sera partagé.

Application pratique:

Vous devez obtenir l'accord de l'usufruitier. Si refus, vous pouvez demander au tribunal l'autorisation de vendre (article 815-5 du Code civil). Le prix sera alors réparti selon les règles de la décision.

3

Acquéreur d'un bien démembré

Un acheteur potentiel visite une maison à Bourges dont les vendeurs sont usufruitier et nu-propriétaire. Il doit s'assurer que l'acte de vente précise que le bien est vendu libre de tout démembrement et que le prix est réparti entre les vendeurs.

Application pratique:

Vérifiez que l'acte mentionne la répartition du prix et que les deux vendeurs signent. En cas de doute, demandez une attestation notariale. Vous n'avez pas à vous soucier du partage interne, mais assurez-vous que la vente est valide.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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