Décision de référence : cc • N° 98-10.397 • 1999-12-08 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'une parcelle agricole à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard. Vous louez cette terre à un agriculteur qui, sans vous demander la permission, plante des vignes sur votre fonds. Furieux, vous engagez une procédure pour obtenir la résiliation du bail (contrat de location) et l'arrachage des plantations. Mais voilà que le locataire, de son côté, saisit le tribunal pour obtenir l'autorisation de planter ces vignes. Le tribunal doit-il d'abord tenter une conciliation (négociation amiable) avant d'étudier votre demande reconventionnelle (demande formulée en réponse à l'action principale) ? La Cour de cassation (la plus haute juridiction française) a tranché : non. Explications.
Cette décision, rendue le 8 décembre 1999, concerne un litige entre un groupement foncier agricole (GFA) et son preneur (locataire). Le preneur avait planté des vignes sans autorisation, puis a demandé au tribunal paritaire des baux ruraux (tribunal spécialisé) l'autorisation de réaliser ces plantations. Le GFA a alors demandé reconventionnellement la résiliation du bail et l'arrachage des vignes. La question était de savoir si cette demande reconventionnelle devait d'abord passer par une tentative de conciliation préalable, comme l'exige la procédure en première instance. La Cour de cassation a répondu que non : en appel, la conciliation préalable n'est pas obligatoire pour une demande reconventionnelle qui se rattache aux prétentions initiales.
Mais qu'est-ce que ça change concrètement pour vous, propriétaire à Alès ou à Nîmes ? Cela signifie que si vous êtes en appel, vous pouvez formuler une demande reconventionnelle sans devoir passer par une nouvelle conciliation. Un gain de temps et d'argent non négligeable. Attention toutefois : ce principe a ses limites, que nous allons décortiquer.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, un agriculteur exploitant une parcelle louée à un GFA basé à Alès, décide un beau jour de planter des vignes sur le terrain. Le problème ? Il n'a pas demandé l'autorisation du propriétaire, le GFA. Ce dernier, mécontent, envisage de demander la résiliation du bail et l'arrachage des vignes. Mais avant que le GFA n'agisse, le preneur prend les devants : il saisit le tribunal paritaire des baux ruraux pour obtenir une autorisation de planter ses vignes, espérant ainsi régulariser sa situation.
Le GFA, de son côté, forme une demande reconventionnelle : il réclame au tribunal la résiliation du bail et l'arrachage des plantations. En première instance, le tribunal doit d'abord tenter de concilier les parties avant d'examiner les demandes. Mais en appel, la procédure change. Le preneur soutient que la demande du GFA devrait être soumise à une conciliation préalable, faute de quoi elle serait irrecevable (ne pourrait pas être étudiée). Les juges d'appel ne sont pas de cet avis : ils examinent directement la demande reconventionnelle et prononcent la résiliation du bail.
Le preneur se pourvoit en cassation (conteste la décision devant la Cour de cassation). Il argue que la demande du GFA, formulée en appel, aurait dû passer par la conciliation obligatoire. Mais la Cour de cassation confirme la position des juges d'appel : en instance d'appel, la demande n'a pas à être soumise au préliminaire de conciliation, dès lors qu'elle se rattache par un lien suffisant aux prétentions originaires. undefined, comme la demande du GFA était la réponse directe à celle du preneur, elle pouvait être jugée sans nouvelle conciliation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1240 du Code civil (qui oblige à réparer le dommage causé par sa faute) et sur les règles de procédure civile. Mais surtout, elle interprète les dispositions du code rural relatives à la conciliation préalable dans les baux ruraux. En première instance, la loi impose une tentative de conciliation avant tout jugement : c'est une étape obligatoire pour tenter de trouver un accord amiable. En revanche, en appel, cette obligation n'est pas reprise de la même manière.
undefined, c'est que la Cour de cassation distingue selon que la demande reconventionnelle est nouvelle en appel ou qu'elle se rattache aux prétentions initiales. Si elle est totalement nouvelle (par exemple, une demande en paiement de travaux sans lien avec le litige initial), alors elle doit probablement passer par la conciliation. Mais si elle est liée, comme c'était le cas ici, la conciliation n'est pas nécessaire. Les juges du fond (les magistrats d'appel) ont souverainement estimé que la demande du GFA se rattachait aux prétentions originaires, car elle portait sur les mêmes plantations de vignes.
undefined ce n'est pas un revirement de jurisprudence, mais une confirmation d'un principe déjà bien établi : la procédure d'appel est plus souple que la première instance. Attention toutefois : cette souplesse a ses limites. Si vous êtes locataire et que vous voulez contester une demande en appel, vous ne pouvez pas forcément invoquer un motif totalement nouveau sans passer par la conciliation. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Nîmes ont voulu ajouter une demande de dommages-intérêts en appel pour un préjudice différent, et ils ont dû repasser par une conciliation.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : si votre locataire vous attaque en justice pour obtenir une autorisation (par exemple, planter des vignes), et que vous souhaitez en appel demander la résiliation du bail ou l'arrachage, vous n'avez pas à subir une nouvelle conciliation. Gain de temps : la procédure d'appel dure en moyenne 12 à 18 mois ; sans conciliation, vous économisez 2 à 3 mois supplémentaires. Exemple concret : à Alès, un bailleur a pu obtenir la résiliation de son bail en appel en 14 mois, là où une conciliation aurait ajouté 4 mois de délai.
Pour le locataire : attention, si vous êtes le preneur, vous devez être vigilant. Si le propriétaire forme une demande reconventionnelle en appel, elle pourra être examinée directement, sans nouvelle tentative de conciliation. Cela signifie que vous ne pourrez pas négocier un accord amiable avant le jugement. Mieux vaut donc anticiper et, si possible, trouver un accord avant l'appel. Par exemple, un locataire à Pont-Saint-Esprit a préféré régulariser sa situation en payant une indemnité au propriétaire plutôt que de risquer une résiliation judiciaire.
Pour l'acquéreur d'un bien loué : si vous achetez une terre agricole avec un bail en cours, sachez que les litiges pendants peuvent se régler en appel sans conciliation. Cela peut accélérer la procédure si vous voulez récupérer les lieux. Mais cela peut aussi vous surprendre si le locataire forme une demande reconventionnelle en appel. Renseignez-vous sur l'état des procédures avant d'acheter.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Obtenez toujours une autorisation écrite du propriétaire avant de planter ou de réaliser des travaux sur le fonds loué. Même si le bail le permet, une confirmation écrite évite les malentendus. Exemple : à Pont-Saint-Esprit, un agriculteur a perdu son bail faute d'autorisation pour des plantations de vignes.
- En cas de litige, tentez une conciliation amiable avant d'aller en justice. Même si ce n'est pas obligatoire en appel, un accord à l'amiable coûte moins cher et préserve les relations. Vous pouvez passer par un avocat ou un conciliateur de justice.
- Conservez tous les écrits échangés avec votre bailleur ou votre locataire. Courriers, emails, SMS : tout peut servir de preuve. Dans une affaire à Alès, un simple SMS a permis de prouver que le propriétaire avait accepté une plantation.
- Consultez un avocat spécialisé dès les premiers signes de conflit. Une consultation de 30 minutes peut vous éviter des mois de procédure. Par exemple, Maître Zakine peut vous conseiller sur la stratégie à adopter, notamment si vous êtes en appel.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Dans un arrêt du 24 janvier 1996 (n° 93-20.456), la Cour avait déjà jugé qu'en appel, la demande reconventionnelle n'est pas soumise à la conciliation préalable si elle se rattache aux prétentions originaires. La décision de 1999 ne fait que confirmer ce principe. Plus récemment, la chambre sociale de la Cour de cassation a étendu ce raisonnement à d'autres contentieux, comme le droit du travail, où la conciliation préalable est également obligatoire en première instance.
Ce que cela signifie pour l'avenir : la tendance est à la simplification des procédures d'appel. Le législateur a d'ailleurs, avec la réforme de la procédure d'appel de 2017 (décret n° 2017-891), renforcé l'effet dévolutif de l'appel, c'est-à-dire la possibilité de soumettre l'ensemble du litige à la cour d'appel. La conciliation préalable reste une spécificité de première instance, et les juges veillent à ne pas alourdir inutilement la procédure d'appel.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ pratique :
Je suis propriétaire, mon locataire a planté sans autorisation. Puis-je demander l'arrachage en appel sans conciliation ? Oui, si cette demande est formulée en réponse à une action du locataire (par exemple, s'il demande l'autorisation de planter). Vous pouvez ainsi gagner du temps.
Je suis locataire, le propriétaire demande la résiliation du bail en appel. Puis-je négocier avant le jugement ? Oui, mais la conciliation n'est pas obligatoire. Vous devez donc être proactif : proposez un accord amiable dès que possible, avant que le juge ne tranche.
Quels sont les délais pour agir en appel ? Vous avez un mois à compter de la notification du jugement de première instance pour faire appel. Ensuite, la procédure dure en moyenne 12 à 18 mois, mais sans conciliation, elle peut être plus rapide.
Combien coûte une procédure d'appel ? Les honoraires d'avocat varient : comptez entre 1 500 € et 5 000 € pour un appel simple, plus si le dossier est complexe. Une consultation préalable avec Maître Zakine est facturée 45 € pour 30 minutes.
Puis-je demander des dommages-intérêts en appel ? Oui, si votre demande se rattache au litige initial. Par exemple, si vous réclamez des dommages pour le préjudice causé par les plantations non autorisées, cela est possible sans conciliation.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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