Décision de référence : cc • N° 23-13.760 • 2025-03-27 • Consulter la décision →
Imaginez-vous à Dax, propriétaire d'une belle maison avec jardin. Vous avez toujours cru que votre terrain s'étendait jusqu'à cette haie de lauriers. Votre voisin, lui, est persuadé que la limite passe trois mètres plus près de votre terrasse. Les discussions s'enveniment, les relations se tendent. Vous finissez par saisir le tribunal pour un bornage (délimitation officielle des parcelles). Le juge désigne un expert, qui trace la limite et propose de poser des bornes. Mais qui doit payer ces bornes ? Vous ? Votre voisin ? Les deux ?
Cette question, apparemment technique, peut enflammer les relations de voisinage et grever sérieusement un budget. undefined à Mont-de-Marsan, j'ai vu des dossiers où le simple coût des bornes – quelques centaines d'euros – a relancé des conflits qu'on croyait apaisés. Pourtant, la réponse n'était pas si évidente jusqu'à présent.
La Cour de cassation, dans un arrêt du 27 mars 2025, vient d'apporter une clarification essentielle. Elle précise dans quelles conditions les frais d'achat et d'implantation des bornes relèvent des dépens (frais de procédure). Cette décision, qui concerne directement tous les propriétaires, locataires et professionnels de l'immobilier, mérite qu'on s'y arrête. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'histoire commence comme tant d'autres. M. K, propriétaire d'un terrain à [Adresse K], et son voisin, propriétaire de la parcelle adjacente à [Adresse 13], n'étaient pas d'accord sur la limite séparative de leurs propriétés. Pour éviter les conflits, ils avaient tenté un bornage amiable (délimitation à l'amiable) le 19 décembre 2000. Mais les doutes persistaient. Les années passant, les tensions montaient. Qui avait le droit de planter cet arbre ? Où s'arrêtait exactement la responsabilité de l'entretien ?
Finalement, l'un des propriétaires a saisi la justice pour obtenir un bornage judiciaire (délimitation ordonnée par un tribunal). Le juge a désigné un expert-géomètre avec une mission précise : déterminer la limite séparative et, surtout, borner les parcelles selon cette limite. L'expert a fait son travail, tracé la ligne, et a naturellement proposé d'installer des bornes matérielles pour matérialiser cette frontière sur le terrain. C'est là que le bât a blessé.
M. K a contesté le fait de devoir supporter les frais d'achat et d'implantation de ces bornes. Il faisait valoir que, traditionnellement, le bornage – même judiciaire – se fait à frais communs. undefined, chacun paie la moitié. Mais était-ce si simple ? La cour d'appel, saisie de l'affaire, a retenu un raisonnement différent. Elle a considéré que puisque la mission de l'expert incluait explicitement le bornage, ces frais devaient être inclus dans les dépens de la procédure. M. K, mécontent, a formé un pourvoi en cassation. Le rebondissement judiciaire était lancé.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a examiné l'affaire avec attention. Son raisonnement repose sur une distinction subtile mais fondamentale. D'un côté, il y a le principe général : le bornage, qu'il soit amiable ou judiciaire, est normalement effectué à frais communs. C'est une règle de bon sens, issue de la coutume et de la jurisprudence, qui vise à partager équitablement la charge entre voisins.
Mais de l'autre côté, il y a la procédure judiciaire et ses règles spécifiques. L'article 695 du code de procédure civile (qui liste les frais considérés comme dépens) est ici central. La haute juridiction a retenu que lorsque le juge, dans sa décision, désigne un expert et lui confie une mission qui comprend explicitement le bornage des parcelles selon la limite qu'il a retenue, alors les frais liés à cette mission – y compris l'achat et l'implantation des bornes – relèvent des dépens.
undefined la Cour de cassation a opéré une distinction entre le principe général du partage des frais et la situation où le juge intègre le bornage dans la mission de l'expert. Dans ce second cas, ces frais deviennent partie intégrante des frais de justice, soumis aux règles de taxation et de prise en charge prévues par le code de procédure civile. La cour a donc rejeté le pourvoi de M. K, confirmant la décision de la cour d'appel.
undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une logique de cohérence procédurale. Si le juge ordonne un bornage, il est logique que les frais nécessaires à son exécution complète soient traités comme des frais de procédure. Attention toutefois : cela ne signifie pas que tous les frais de bornage sont automatiquement des dépens. Tout dépend de la formulation de la mission confiée à l'expert.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire d'une maison à Tarnos et que vous vous engagez dans une procédure de bornage judiciaire, cette décision a des implications très pratiques. D'abord, pour le propriétaire bailleur : si vous louez un bien et qu'un litige de bornage survient avec le voisin, sachez que les frais de bornes pourraient être considérés comme dépens si le juge les inclut dans la mission de l'expert. Cela peut influencer votre stratégie de négociation ou de procédure.
Pour le locataire, la situation est différente. En principe, les problèmes de bornage relèvent du propriétaire. Mais si vous êtes concerné indirectement (par exemple, si le litige bloque des travaux), il est utile de comprendre ces mécanismes. Pour l'acquéreur, cette décision est cruciale. Avant d'acheter un terrain à Mont-de-Marsan ou aux alentours, vérifiez toujours l'état des limites. Un bornage incertain peut générer des frais imprévus. undefined, j'ai rencontré des dossiers où l'absence de bornes claires a fait perdre plusieurs mètres carrés à un propriétaire, avec une décote significative à la revente.
Concrètement, les frais d'achat et d'implantation de bornes varient. Comptez entre 150 et 400 euros par borne, selon le type (en pierre, béton, métal) et les conditions d'accès au terrain. Si le juge inclut ces frais dans les dépens, ils seront répartis selon les règles de la procédure, souvent en fonction du succès ou de l'échec des parties. Si vous êtes dans cette situation, vous devez être particulièrement attentif à la rédaction de la mission de l'expert demandée au tribunal.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faites établir un bornage amiable dès l'acquisition : avant d'acheter un terrain, surtout en zone rurale autour de Dax, commissionnez un géomètre-expert pour un bornage amiable. C'est un investissement (environ 800 à 1 500 €) qui peut vous éviter des procédures bien plus coûteuses.
- Conservez précieusement tous les documents : actes notariés, plans, photos anciennes, échanges avec les voisins. Dans un litige, un plan datant de 30 ans peut faire la différence.
- Privilégiez toujours la discussion avec votre voisin : avant de saisir la justice, tentez une médiation ou une conciliation. Les centres de médiation près de Mont-de-Marsan peuvent vous aider à trouver un terrain d'entente à moindre coût.
- Si vous devez aller en justice, soyez précis dans vos demandes : lorsque vous saisissez le tribunal pour un bornage, précisez si vous souhaitez que la mission de l'expert inclue l'implantation de bornes. Cela influencera la répartition des frais.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de la Cour de cassation s'inscrit dans une jurisprudence relativement stable. Déjà, dans un arrêt du 7 juillet 2010 (n° 09-13.891), la haute juridiction avait estimé que les frais de bornage proprement dits (honoraires du géomètre) pouvaient être inclus dans les dépens lorsque la mission judiciaire le prévoyait. L'arrêt de 2025 étend cette logique aux frais matériels d'achat et d'implantation des bornes.
En revanche, il existe des décisions divergentes sur des points annexes. Par exemple, certains tribunaux ont considéré que si les bornes sont posées après la décision judiciaire, sur initiative d'une seule partie, les frais ne sont pas des dépens. La tendance actuelle des tribunaux, notamment dans le ressort de Mont-de-Marsan, est de privilégier une approche pragmatique : si le bornage est ordonné par le juge, tout ce qui est nécessaire à sa réalisation effective tend à être intégré dans la sphère des dépens.
Pour l'avenir, cette décision clarifie le paysage juridique. Elle incite les parties et leurs avocats à être très précis dans la rédaction des demandes et des missions d'expertise. Comment réagir ? En anticipant ces questions dès l'amont du litige.
Checklist avant d'agir
1. Vérifiez l'état des limites de votre propriété : avez-vous des bornes visibles ? Des documents qui les mentionnent ?
2. En cas de doute, consultez un géomètre-expert : son diagnostic peut prévenir un conflit.
3. Si un litige éclate, tentez d'abord une solution amiable : médiation, conciliation, ou simple accord écrit.
4. Si vous devez saisir la justice, précisez vos attentes : demandez-vous explicitement l'implantation de bornes dans la mission de l'expert ?
5. Anticipez les coûts : prévoyez un budget pour les frais d'expertise et, le cas échéant, pour les bornes elles-mêmes.
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