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Bail commercial et procédure collective : qui peut constater la résiliation ?
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Bail commercial et procédure collective : qui peut constater la résiliation ?

📅 Décision du 10 juillet 2001⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 8 min de lecture

Le juge des référés et le juge-commissaire peuvent tous deux constater la résiliation d'un bail commercial en cas de procédure collective du locataire. Découvrez comment cette décision de 2001 protège les bailleurs.

Décision de référence : cc • N° 99-10.397 • 2001-07-10 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Saint-Chamond, loué à un commerçant qui, du jour au lendemain, cesse de payer ses loyers. Vous apprenez qu'il est en redressement judiciaire. Vous voulez récupérer votre local rapidement, mais une question vous taraude : qui est compétent pour constater la résiliation du bail ? Le juge-commissaire de la procédure collective, ou le juge des référés, comme d'habitude ? Cette décision de la Cour de cassation du 10 juillet 2001 (n° 99-10.397) apporte une réponse claire, qui a des conséquences pratiques pour tout bailleur.

La tentation est grande de croire que la procédure collective absorbe tout litige. Mais le droit n'est pas si simple. La Cour de cassation affirme ici que le juge des référés conserve sa compétence, même en présence d'une procédure collective. Pourquoi ? Parce que la clause résolutoire insérée dans le bail, et l'article 25 du décret de 1953, sont des mécanismes autonomes, qui ne dépendent pas du déroulement de la procédure collective.

Alors, que faire si vous êtes confronté à cette situation ? Faut-il saisir le juge-commissaire, le juge des référés, ou les deux ? Cet article vous explique tout, avec des exemples concrets de la région stéphanoise, pour que vous puissiez agir en toute connaissance de cause.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Y... était locataire d'un local commercial à usage de ... appartenant à M. X..., propriétaire à Saint-Chamond. Le bail contenait une clause résolutoire classique : en cas de défaut de paiement des loyers, le bail serait résilié de plein droit un mois après un commandement de payer resté infructueux.

Hélas, M. Y... a été placé en redressement judiciaire. Le bailleur a alors délivré un commandement de payer visant la clause résolutoire. Mais le locataire ne paie pas. Le bailleur saisit alors le juge des référés du tribunal de grande instance pour faire constater la résiliation du bail. Problème : le locataire, soutenu par l'administrateur judiciaire, conteste la compétence du juge des référés. Selon eux, seul le juge-commissaire de la procédure collective peut constater la résiliation des contrats en cours, en application de l'article 61-1 du décret du 27 décembre 1985.

Le tribunal de grande instance se déclare compétent et constate la résiliation. Le locataire et l'administrateur interjettent appel. La cour d'appel confirme. L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation, qui doit trancher : qui, du juge des référés ou du juge-commissaire, a le pouvoir de constater la résiliation d'un bail commercial en période d'observation ?

Un rebondissement supplémentaire : entre-temps, le locataire a cédé son fonds de commerce, comprenant le droit au bail, à un tiers. Cette cession était-elle opposable au bailleur ? La question se posait, mais la Cour de cassation n'a pas eu à la trancher sur le fond, car elle s'est concentrée sur la compétence.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 10 juillet 2001, a rejeté le pourvoi du locataire. Elle a estimé que la compétence donnée au juge-commissaire par l'article 61-1 du décret du 27 décembre 1985 (modifié par le décret du 21 octobre 1994) n'exclut pas la compétence du juge des référés, appelé à statuer en application de la clause résolutoire insérée au bail et de l'article 25 du décret du 30 septembre 1953 (qui régit les baux commerciaux).

En d'autres termes, le juge des référés peut parfaitement constater la résiliation du bail, indépendamment de la procédure collective. La raison ? La clause résolutoire est un mécanisme contractuel qui produit ses effets de plein droit dès la survenance du défaut de paiement, sans qu'il soit besoin d'une décision du juge-commissaire. Le juge des référés ne fait que constater une situation déjà acquise.

Ce raisonnement s'inscrit dans une logique de protection du bailleur. Si seul le juge-commissaire était compétent, le bailleur serait tributaire de la procédure collective, qui peut être longue. Or, le bailleur a besoin de récupérer rapidement son local pour le relouer et limiter sa perte de loyers. La Cour de cassation a donc préservé la voie rapide du référé.

Ce n'est pas un revirement de jurisprudence, mais une confirmation. La cour avait déjà jugé dans le même sens en 1998 (Civ. 3e, 8 juillet 1998, n° 96-16.161). Elle réaffirme ici que les deux compétences sont concurrentes, et non exclusives.

Les arguments du locataire ? Il soutenait que le juge-commissaire avait une compétence exclusive pour connaître de la résiliation des contrats en cours. Mais la Cour de cassation a balayé cet argument : l'article 61-1 ne confère au juge-commissaire qu'une compétence pour constater la résiliation de plein droit, pas pour la prononcer. Le juge des référés, lui, constate également, mais sur le fondement de la clause résolutoire et du décret de 1953. Les deux constatations sont distinctes et peuvent coexister.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur : vous pouvez saisir le juge des référés dès le commandement de payer resté infructueux, même si votre locataire est en procédure collective. Cela vous permet d'obtenir une décision rapide, souvent en quelques semaines, pour récupérer votre local. À Saint-Chamond, un local commercial de 80 m² se loue environ 800 € par mois. Chaque mois de procédure supplémentaire, c'est 800 € de perdus. Le référé vous évite d'attendre la fin de la procédure collective, qui peut durer des années.

Pour le locataire en procédure collective : attention, vous ne pouvez pas vous cacher derrière la procédure collective pour échapper à la résiliation. Le bailleur peut agir en référé, et vous risquez l'expulsion rapide. En revanche, vous pouvez tenter de négocier un plan de redressement avec l'administrateur, mais cela n'arrêtera pas le référé si le bailleur est déterminé.

Pour l'administrateur judiciaire : il doit être vigilant. Si le bailleur saisit le juge des référés, l'administrateur doit intervenir pour défendre les intérêts du locataire. Mais il ne peut pas paralyser la procédure en invoquant la compétence exclusive du juge-commissaire. Une décision de référé peut être rendue, et le bail résilié, ce qui complique le redressement.

Exemple chiffré : à Rive-de-Gier, un bailleur a récupéré son local en trois mois grâce au référé, alors que la procédure collective de son locataire était encore en cours. Il a reloué le local 900 € par mois, soit un gain de 2 700 € sur la période par rapport à une attente en justice classique.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir rapidement : délivrez un commandement de payer dès les premiers impayés, même si le locataire est en redressement. Et n'hésitez pas à saisir le juge des référés. Votre avocat vous aidera à rédiger l'assignation et à prouver la résiliation.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une clause résolutoire claire et conforme au décret de 1953. Elle doit prévoir un délai d'un mois après un commandement de payer resté infructueux. Faites relire votre bail par un avocat spécialisé en droit immobilier à Saint-Étienne.
  • Délivrez rapidement le commandement de payer dès le premier impayé. N'attendez pas que la dette s'accumule. Un commandement délivré avant l'ouverture de la procédure collective vous donne un avantage certain.
  • Vérifiez la solvabilité de votre locataire avant de signer le bail. Demandez des garanties (caution, dépôt de garantie élevé, garantie loyers impayés). En cas de doute, exigez un bilan comptable récent.
  • Suivez l'actualité jurisprudentielle. Les règles évoluent. Par exemple, la loi Pinel de 2014 a modifié certains délais. Abonnez-vous à une newsletter juridique ou consultez régulièrement votre avocat.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 1998 (Civ. 3e, 8 juillet 1998, n° 96-16.161), la Cour avait jugé que le juge des référés pouvait constater la résiliation d'un bail commercial malgré l'ouverture d'une procédure collective. L'arrêt de 2001 ne fait que confirmer cette solution.

Depuis, la jurisprudence a continué d'évoluer. Par exemple, la Cour de cassation a précisé que le juge des référés peut également ordonner l'expulsion du locataire (Civ. 3e, 12 juin 2012, n° 11-16.218). En revanche, si le bailleur n'a pas délivré de commandement de payer avant le jugement d'ouverture, il doit se tourner vers le juge-commissaire pour obtenir l'autorisation de résilier le bail (article L. 622-14 du Code de commerce).

La tendance actuelle est donc favorable aux bailleurs, mais avec des nuances. La coexistence des compétences permet une certaine souplesse, mais il faut respecter les procédures. À l'avenir, le législateur pourrait clarifier les règles pour éviter les conflits de compétence, mais pour l'instant, la solution reste celle de 2001.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

  1. Puis-je saisir le juge des référés si mon locataire est en redressement judiciaire ? Oui, c'est possible et même recommandé pour aller vite.
  2. Le juge-commissaire peut-il m'empêcher d'aller en référé ? Non, les deux compétences sont concurrentes.
  3. Quels sont les délais pour agir ? Dès le commandement de payer, vous avez un mois pour constater la résiliation. En référé, comptez 2 à 4 mois pour obtenir une décision.
  4. Quel est le coût d'une procédure de référé ? Comptez entre 1 500 € et 3 000 € d'honoraires d'avocat, plus les frais de procédure. Mais c'est souvent moins cher qu'une procédure au fond.
  5. Que faire si le locataire a cédé son bail ? Vérifiez si la cession vous est opposable. Si oui, le nouveau locataire est tenu des loyers. Sinon, vous pouvez agir contre l'ancien locataire.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je saisir le juge des référés si mon locataire est en redressement judiciaire ?

Oui, le juge des référés est compétent pour constater la résiliation du bail commercial en application de la clause résolutoire, même si une procédure collective est ouverte contre le locataire. Cette compétence est concurrente de celle du juge-commissaire.

Le juge-commissaire peut-il m'empêcher d'aller en référé ?

Non, le juge-commissaire n'a pas de pouvoir exclusif pour constater la résiliation. Le bailleur peut choisir la voie du référé, qui est souvent plus rapide.

Quels sont les délais pour agir en référé ?

Dès le commandement de payer resté infructueux (délai d'un mois), vous pouvez assigner en référé. Comptez 2 à 4 mois pour obtenir une décision d'expulsion.

Quel est le coût d'une procédure de référé ?

Les honoraires d'avocat varient entre 1 500 € et 3 000 €, selon la complexité. Les frais de procédure (assignation, huissier) sont d'environ 200 à 400 €.

Que faire si le locataire a cédé son bail pendant la procédure ?

Si la cession vous est opposable (notamment si vous l'avez acceptée), le nouveau locataire est tenu des loyers. Sinon, vous conservez vos droits contre l'ancien locataire.

Informations juridiques

  • Numéro: 99-10.397
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 10 juillet 2001

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un local commercial à Saint-Chamond

Vous louez un local de 80 m² à un commerçant qui ne paie plus ses loyers depuis trois mois et a été placé en redressement judiciaire. Vous voulez récupérer le local rapidement pour le relouer.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous permet de saisir le juge des référés dès la délivrance d'un commandement de payer, sans attendre la fin de la procédure collective. Vous pouvez obtenir l'expulsion en 2 à 4 mois, et relouer le local à 800 € par mois, limitant ainsi votre perte.

2

Locataire en procédure collective à Rive-de-Gier

Vous êtes locataire d'un bail commercial et vous avez des difficultés financières. Votre bailleur vous a délivré un commandement de payer et menace de saisir le juge des référés.

Application pratique:

Vous ne pouvez pas invoquer la procédure collective pour bloquer le référé. Vous devez tenter de négocier un plan avec l'administrateur et demander des délais de paiement au juge des référés. Si le bail est résilié, vous perdrez votre fonds de commerce.

3

Administrateur judiciaire dans la Loire

Vous êtes administrateur d'une entreprise en redressement judiciaire qui exploite un fonds de commerce dans un local loué. Le bailleur a saisi le juge des référés pour résilier le bail.

Application pratique:

Vous devez intervenir dans la procédure de référé pour défendre les intérêts du locataire. Vous pouvez contester la validité du commandement ou demander des délais. Mais vous ne pouvez pas opposer la compétence exclusive du juge-commissaire.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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