Décision de référence : cc • N° 96-45.364 • 1999-02-16 • Consulter la décision →
Dans cette affaire, une salariée avait planifié ses congés annuels. Tombée malade quelques jours avant le départ, elle s'est vu opposer un refus de report par son employeur, qui estimait que la suspension du contrat de travail pour maladie entraînait la perte des congés. Elle a saisi la justice pour faire valoir ses droits. La question est simple : un salarié peut-il exiger le report de ses congés payés lorsqu'il était en arrêt maladie à la date prévue ?
La réponse, apportée par la Cour de cassation dans un arrêt du 16 février 1999, est claire : oui, le salarié conserve son droit aux congés et peut demander à les prendre ultérieurement, à condition que la période de congés ne soit pas encore close. Autrement dit, l'employeur n'est pas libéré de son obligation et doit permettre au salarié d'exercer son droit dès la fin de l'arrêt de travail.
Cette décision, rendue il y a plus de vingt ans, reste d'une brûlante actualité. Elle protège les travailleurs contre des employeurs trop pressés de faire l'économie de jours de repos. Alors, concrètement, comment ça marche ? Et surtout, que faire si vous êtes dans cette situation ? Suivez le guide.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Mme X, employée depuis plusieurs années dans une société de services, avait planifié ses congés d'été avec soin. Mais une bronchite l'a clouée au lit trois jours avant le départ. Le médecin lui prescrit un arrêt de travail de quinze jours. À son retour, elle apprend que son employeur considère que les congés sont perdus, puisque son contrat était suspendu. Mme X saisit alors le conseil de prud'hommes, qui lui donne raison en première instance. L'employeur fait appel, arguant que la convention collective applicable prévoit que les congés doivent être pris pendant une période déterminée, et que le salarié absent ne peut pas les reporter.
La cour d'appel de Toulouse, saisie du litige, donne raison à l'employeur. Selon elle, le contrat étant suspendu, l'obligation de l'employeur de fournir les congés était également suspendue. Mme X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel et renvoie l'affaire devant la cour d'appel de Bordeaux. Pour la Haute juridiction, le simple fait que le contrat soit suspendu par un arrêt maladie au moment du départ en congé ne prive pas le salarié de son droit. L'employeur doit permettre au salarié de prendre ses congés ultérieurement, tant que la période de congés n'est pas expirée.
Un rebondissement notable : l'affaire a connu un second round, car la cour d'appel de Bordeaux, saisie sur renvoi, a dû appliquer la solution de la Cour de cassation. Finalement, Mme X a obtenu gain de cause et ses jours de congé ont été reportés. Une victoire pour les salariés, mais qui montre combien le chemin judiciaire peut être long.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation fonde sa décision sur les articles L. 223-1 et suivants du Code du travail (aujourd'hui articles L. 3141-1 et suivants), qui garantissent le droit à un congé payé pour tout salarié ayant travaillé une certaine période. Mais surtout, elle rappelle un principe fondamental : le droit aux congés payés naît du travail effectif, et non de la présence effective au moment du départ. La suspension du contrat pour maladie n'efface pas le droit acquis.
L'employeur soutenait que son obligation de fournir les congés était suspendue en même temps que le contrat. La Cour répond que c'est inexact : l'obligation de l'employeur de permettre la prise effective des congés demeure, et le salarié conserve le droit de les prendre dès la fin de l'arrêt, à condition que la période de congés (généralement du 1er mai au 31 octobre) ne soit pas encore close. Si la période est close, le salarié peut perdre ses jours, mais ce n'était pas le cas dans l'affaire.
Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence protectrice des droits du salarié. Elle confirme une tendance constante : les juges considèrent que les congés payés sont un droit fondamental, qui ne peut être écarté pour des raisons de simple commodité administrative. Attention toutefois : le salarié doit demander le report dans un délai raisonnable. S'il attend trop longtemps, il pourrait perdre son droit.
On pourrait s'interroger : que se passe-t-il si l'arrêt maladie couvre toute la période de congés ? Dans ce cas, le salarié peut-il reporter ses congés sur la période suivante ? La Cour de cassation n'a pas tranché ce point précis dans cet arrêt, mais une jurisprudence ultérieure a admis le report en cas de maladie prolongée, sous certaines conditions. À suivre donc.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les salariés, cette décision est une bouée de sauvetage. Si vous êtes en arrêt maladie au moment de vos congés prévus, vous avez le droit de les prendre plus tard, à condition que la période légale ou conventionnelle de congés ne soit pas encore terminée. Par exemple, si votre entreprise fixe les congés entre mai et octobre, et que vous tombez malade en juillet, vous pouvez demander à les prendre en septembre ou octobre, jusqu'à la fin de la période.
Mais attention : vous devez en informer votre employeur dès la fin de votre arrêt. Ne laissez pas traîner. Si vous attendez six mois, l'employeur pourrait refuser en invoquant un délai déraisonnable. Et si la période de congés est déjà close ? Là, le droit est moins clair. Certaines conventions collectives prévoient un report sur l'année suivante, mais ce n'est pas automatique.
Pour les employeurs, cette décision impose une vigilance accrue. Vous devez prévoir un mécanisme de report pour les salariés absents pour maladie. Ne refusez pas systématiquement : vous pourriez être condamné à verser des dommages et intérêts pour privation de congés. Un conseil : mettez en place un formulaire de demande de report et un suivi des périodes de congés.
Enfin, pour les professionnels de l'immobilier (gestionnaires de copropriété, syndics), cette jurisprudence peut avoir un impact indirect si vous employez du personnel. Pensez à intégrer cette règle dans vos procédures RH.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Conservez tous les justificatifs médicaux : l'arrêt de travail, le certificat médical, et surtout la demande écrite de report de congés adressée à l'employeur. Un simple mail suffit, mais gardez une copie.
- Vérifiez la période de congés dans votre convention collective : chaque secteur d'activité peut avoir des règles spécifiques. Par exemple, certaines conventions prévoient une période de report jusqu'au 31 décembre, d'autres jusqu'au 30 avril de l'année suivante.
- Ne tardez pas à réclamer vos congés : dès la fin de votre arrêt, adressez une demande écrite à votre employeur. Si vous attendez plusieurs mois, vous risquez de perdre votre droit.
- En cas de refus, saisissez le conseil de prud'hommes : la procédure est gratuite (pas d'avocat obligatoire en première instance) et vous pouvez obtenir gain de cause.

