Décision de référence : cc • N° 17-17.890 • 2018-10-10 • Consulter la décision →
Vous êtes salarié à Montauban, dans un bureau d'études techniques. Votre employeur vous demande de prendre au moins cinq jours de congés en dehors de la période estivale (1er mai – 31 octobre), en échange de jours supplémentaires. Vous vous demandez : a-t-il le droit d'exiger ce report sans votre consentement ? La question est simple, mais la réponse a fait débat jusqu'en 2018 devant la Cour de cassation.
Cette décision apporte une clarification cruciale : même si une convention collective prévoit des contreparties, l'employeur ne peut fractionner le congé principal de plus de douze jours sans l'accord exprès du salarié. undefined votre droit à prendre vos cinq semaines pendant l'été est protégé, sauf si vous acceptez librement de les décaler.
Pour les propriétaires bailleurs et les professionnels de l'immobilier, cette règle a aussi des incidences indirectes : gérer un bien locatif implique souvent de planifier les congés des locataires ou des artisans. Mieux vaut connaître vos droits pour éviter des conflits.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, ingénieur dans un bureau d'études à Beaumont-de-Lomagne, était soumis à la convention collective nationale des bureaux d'études techniques, cabinets d'ingénieurs-conseils et sociétés de conseils (dite Syntec) du 15 décembre 1987. Son employeur lui imposait chaque année de prendre au moins cinq jours ouvrés de congés en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre. En contrepartie, la convention accordait des jours de congés supplémentaires : un jour si le nombre de jours pris hors période était inférieur à cinq, deux jours au-delà.
M. X estimait que cette pratique violait l'article L. 3141-19 du code du travail, qui dispose que le congé principal d'une durée supérieure à douze jours ouvrables ne peut être fractionné qu'avec l'accord du salarié. Il saisit le conseil de prud'hommes, puis la cour d'appel, qui lui donnent raison. L'employeur se pourvoit en cassation, arguant que la convention collective dérogeait valablement à cette règle en offrant des jours de fractionnement.
La Cour de cassation devait trancher : une convention collective peut-elle prévoir un fractionnement forcé, même avec compensation ? Le 10 octobre 2018, elle répond non, rejetant le pourvoi de l'employeur. L'histoire de M. X illustre un conflit classique entre les droits individuels du salarié et les contraintes organisationnelles de l'entreprise.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 3141-19 du code du travail, dans sa version antérieure à la loi Travail de 2016. Ce texte énonce que le congé principal (les quatre premières semaines) ne peut être fractionné au-delà de douze jours ouvrables sans l'accord du salarié. undefined, si l'employeur veut que vous preniez vos congés en plusieurs fois, il doit obtenir votre accord pour les jours au-delà de deux semaines.
L'employeur invoquait l'article 23 de la convention Syntec, qui prévoyait des jours de congés supplémentaires si le salarié prenait au moins cinq jours ouvrés hors de la période estivale. Il soutenait que cette compensation justifiait le fractionnement forcé. Mais la Cour estime que cette disposition ne déroge pas à la règle légale : elle ajoute des droits, mais ne supprime pas l'exigence d'accord du salarié. undefined offrir des jours supplémentaires ne transforme pas une contrainte en accord librement consenti.
Ce raisonnement est une confirmation de jurisprudence constante : les conventions collectives peuvent améliorer le sort des salariés, mais pas réduire les droits minimaux prévus par la loi. Les juges rappellent que l'accord du salarié doit être exprès et non présumé. undefined, c'est que même si l'employeur propose des jours en plus, le salarié peut refuser le fractionnement sans perdre ses jours supplémentaires ? Non, justement : les jours supplémentaires sont conditionnés au fractionnement, mais le salarié conserve le droit de refuser le fractionnement et donc de renoncer aux jours supplémentaires. C'est un choix qui lui appartient.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les salariés : cette décision vous protège contre les pressions de votre employeur. Si vous êtes en CDI à Montauban, votre employeur ne peut pas vous imposer de prendre vos vacances en novembre sous prétexte que la convention collective le permet. Vous devez donner votre accord écrit. Exemple chiffré : si vous avez droit à 30 jours ouvrables (5 semaines), votre employeur ne peut fractionner le congé principal de 24 jours qu'avec votre accord ; sans accord, vous devez poser au moins 12 jours consécutifs pendant la période estivale.
Pour les employeurs : attention aux clauses conventionnelles qui semblent avantageuses mais qui violent la loi. Si vous gérez une PME à Beaumont-de-Lomagne, vérifiez vos pratiques. En cas de contentieux, vous risquez des dommages et intérêts pour le préjudice subi par le salarié (par exemple, 1 500 € de dommages pour perte de congés).
Pour les professionnels de l'immobilier : cette décision n'est pas directement liée à l'immobilier, mais elle illustre l'importance de l'accord du cocontractant. Dans une location, le bailleur ne peut pas imposer unilatéralement des clauses de fractionnement du loyer ou des congés sans l'accord du locataire. Transposez ce principe : toute modification d'un droit fondamental nécessite un consentement libre et éclairé.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez votre convention collective : consultez les dispositions sur le fractionnement des congés. Si elles semblent imposer un fractionnement sans votre accord, demandez conseil à un avocat.
- Exigez un écrit : si votre employeur vous propose un fractionnement avec jours supplémentaires, demandez une confirmation écrite de votre accord libre et éclairé.
- Refusez poliment : si vous estimez que le fractionnement vous désavantage, refusez par écrit. Vous conservez vos droits intégraux aux congés d'été.
- Conservez les preuves : gardez vos plannings de congés, emails, et tout document montrant une pression éventuelle. En cas de litige, ces éléments seront décisifs.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 13 juin 2012 (n° 10-27.305), que l'employeur ne peut imposer un fractionnement sans accord, même si la convention collective le prévoit. La décision de 2018 confirme cette ligne. Cependant, la loi Travail du 8 août 2016 a modifié l'article L. 3141-19 : depuis, le fractionnement est possible sans accord si l'employeur accorde des jours supplémentaires conformément à la loi. Mais attention : la décision commentée concerne le droit antérieur. Pour les faits postérieurs à 2016, la règle est plus souple. Les tribunaux continuent de veiller à ce que l'accord du salarié soit réel et non contraint. La tendance est donc à la protection du consentement.
Points clés à retenir
- Avant 2016 : fractionnement des 4 premières semaines au-delà de 12 jours impossible sans accord du salarié, même si la convention collective offre des jours supplémentaires.
- Depuis 2016 : l'employeur peut fractionner sans accord s'il accorde des jours supplémentaires légaux (loi du 8 août 2016).
- Que faire si votre employeur insiste ? Refusez par écrit et demandez l'application de l'article L. 3141-19. Consultez un avocat si nécessaire.
- Quels recours ? Saisir le conseil de prud'hommes dans les 12 mois suivant la fin du contrat de travail pour obtenir des dommages et intérêts.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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