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Congés payés : l'employeur ne peut imposer le report hors été sans l'accord du salarié
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Congés payés : l'employeur ne peut imposer le report hors été sans l'accord du salarié

📅 Décision du 10 octobre 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 6 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le fractionnement des congés principaux au-delà de 12 jours ouvrables nécessite l'accord du salarié. Une convention collective ne peut déroger à cette règle en offrant des jours supplémentaires.

Décision de référence : cc • N° 17-17.890 • 2018-10-10 • Consulter la décision →

Vous êtes salarié à Montauban, dans un bureau d'études techniques. Votre employeur vous demande de prendre au moins cinq jours de congés en dehors de la période estivale (1er mai – 31 octobre), en échange de jours supplémentaires. Vous vous demandez : a-t-il le droit d'exiger ce report sans votre consentement ? La question est simple, mais la réponse a fait débat jusqu'en 2018 devant la Cour de cassation.

Cette décision apporte une clarification cruciale : même si une convention collective prévoit des contreparties, l'employeur ne peut fractionner le congé principal de plus de douze jours sans l'accord exprès du salarié. undefined votre droit à prendre vos cinq semaines pendant l'été est protégé, sauf si vous acceptez librement de les décaler.

Pour les propriétaires bailleurs et les professionnels de l'immobilier, cette règle a aussi des incidences indirectes : gérer un bien locatif implique souvent de planifier les congés des locataires ou des artisans. Mieux vaut connaître vos droits pour éviter des conflits.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, ingénieur dans un bureau d'études à Beaumont-de-Lomagne, était soumis à la convention collective nationale des bureaux d'études techniques, cabinets d'ingénieurs-conseils et sociétés de conseils (dite Syntec) du 15 décembre 1987. Son employeur lui imposait chaque année de prendre au moins cinq jours ouvrés de congés en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre. En contrepartie, la convention accordait des jours de congés supplémentaires : un jour si le nombre de jours pris hors période était inférieur à cinq, deux jours au-delà.

M. X estimait que cette pratique violait l'article L. 3141-19 du code du travail, qui dispose que le congé principal d'une durée supérieure à douze jours ouvrables ne peut être fractionné qu'avec l'accord du salarié. Il saisit le conseil de prud'hommes, puis la cour d'appel, qui lui donnent raison. L'employeur se pourvoit en cassation, arguant que la convention collective dérogeait valablement à cette règle en offrant des jours de fractionnement.

La Cour de cassation devait trancher : une convention collective peut-elle prévoir un fractionnement forcé, même avec compensation ? Le 10 octobre 2018, elle répond non, rejetant le pourvoi de l'employeur. L'histoire de M. X illustre un conflit classique entre les droits individuels du salarié et les contraintes organisationnelles de l'entreprise.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 3141-19 du code du travail, dans sa version antérieure à la loi Travail de 2016. Ce texte énonce que le congé principal (les quatre premières semaines) ne peut être fractionné au-delà de douze jours ouvrables sans l'accord du salarié. undefined, si l'employeur veut que vous preniez vos congés en plusieurs fois, il doit obtenir votre accord pour les jours au-delà de deux semaines.

L'employeur invoquait l'article 23 de la convention Syntec, qui prévoyait des jours de congés supplémentaires si le salarié prenait au moins cinq jours ouvrés hors de la période estivale. Il soutenait que cette compensation justifiait le fractionnement forcé. Mais la Cour estime que cette disposition ne déroge pas à la règle légale : elle ajoute des droits, mais ne supprime pas l'exigence d'accord du salarié. undefined offrir des jours supplémentaires ne transforme pas une contrainte en accord librement consenti.

Ce raisonnement est une confirmation de jurisprudence constante : les conventions collectives peuvent améliorer le sort des salariés, mais pas réduire les droits minimaux prévus par la loi. Les juges rappellent que l'accord du salarié doit être exprès et non présumé. undefined, c'est que même si l'employeur propose des jours en plus, le salarié peut refuser le fractionnement sans perdre ses jours supplémentaires ? Non, justement : les jours supplémentaires sont conditionnés au fractionnement, mais le salarié conserve le droit de refuser le fractionnement et donc de renoncer aux jours supplémentaires. C'est un choix qui lui appartient.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les salariés : cette décision vous protège contre les pressions de votre employeur. Si vous êtes en CDI à Montauban, votre employeur ne peut pas vous imposer de prendre vos vacances en novembre sous prétexte que la convention collective le permet. Vous devez donner votre accord écrit. Exemple chiffré : si vous avez droit à 30 jours ouvrables (5 semaines), votre employeur ne peut fractionner le congé principal de 24 jours qu'avec votre accord ; sans accord, vous devez poser au moins 12 jours consécutifs pendant la période estivale.

Pour les employeurs : attention aux clauses conventionnelles qui semblent avantageuses mais qui violent la loi. Si vous gérez une PME à Beaumont-de-Lomagne, vérifiez vos pratiques. En cas de contentieux, vous risquez des dommages et intérêts pour le préjudice subi par le salarié (par exemple, 1 500 € de dommages pour perte de congés).

Pour les professionnels de l'immobilier : cette décision n'est pas directement liée à l'immobilier, mais elle illustre l'importance de l'accord du cocontractant. Dans une location, le bailleur ne peut pas imposer unilatéralement des clauses de fractionnement du loyer ou des congés sans l'accord du locataire. Transposez ce principe : toute modification d'un droit fondamental nécessite un consentement libre et éclairé.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez votre convention collective : consultez les dispositions sur le fractionnement des congés. Si elles semblent imposer un fractionnement sans votre accord, demandez conseil à un avocat.
  • Exigez un écrit : si votre employeur vous propose un fractionnement avec jours supplémentaires, demandez une confirmation écrite de votre accord libre et éclairé.
  • Refusez poliment : si vous estimez que le fractionnement vous désavantage, refusez par écrit. Vous conservez vos droits intégraux aux congés d'été.
  • Conservez les preuves : gardez vos plannings de congés, emails, et tout document montrant une pression éventuelle. En cas de litige, ces éléments seront décisifs.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 13 juin 2012 (n° 10-27.305), que l'employeur ne peut imposer un fractionnement sans accord, même si la convention collective le prévoit. La décision de 2018 confirme cette ligne. Cependant, la loi Travail du 8 août 2016 a modifié l'article L. 3141-19 : depuis, le fractionnement est possible sans accord si l'employeur accorde des jours supplémentaires conformément à la loi. Mais attention : la décision commentée concerne le droit antérieur. Pour les faits postérieurs à 2016, la règle est plus souple. Les tribunaux continuent de veiller à ce que l'accord du salarié soit réel et non contraint. La tendance est donc à la protection du consentement.

Points clés à retenir

  • Avant 2016 : fractionnement des 4 premières semaines au-delà de 12 jours impossible sans accord du salarié, même si la convention collective offre des jours supplémentaires.
  • Depuis 2016 : l'employeur peut fractionner sans accord s'il accorde des jours supplémentaires légaux (loi du 8 août 2016).
  • Que faire si votre employeur insiste ? Refusez par écrit et demandez l'application de l'article L. 3141-19. Consultez un avocat si nécessaire.
  • Quels recours ? Saisir le conseil de prud'hommes dans les 12 mois suivant la fin du contrat de travail pour obtenir des dommages et intérêts.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Mon employeur peut-il m'imposer de prendre des congés en hiver ?

Non, si cela entraîne un fractionnement de votre congé principal de plus de 12 jours ouvrables (soit 2 semaines). Il doit obtenir votre accord écrit.

Que faire si mon employeur me menace de ne pas m'accorder les jours supplémentaires si je refuse le fractionnement ?

Vous pouvez refuser le fractionnement sans perdre vos droits aux congés principaux. Les jours supplémentaires sont conditionnés au fractionnement, mais vous avez le choix de les refuser.

Quels sont les délais pour contester un fractionnement imposé ?

Vous avez jusqu'à 12 mois après la fin du contrat de travail pour saisir le conseil de prud'hommes. Agissez rapidement pour ne pas perdre vos droits.

La loi a-t-elle changé depuis 2018 ?

Oui, depuis le 1er décembre 2016, l'article L. 3141-19 a été modifié : l'employeur peut fractionner sans accord s'il accorde des jours supplémentaires légaux. Mais la décision de 2018 reste utile pour les situations antérieures.

Cette décision s'applique-t-elle à tous les salariés ?

Elle concerne le droit antérieur à 2016, mais le principe de protection du consentement du salarié reste d'actualité. Vérifiez votre convention collective.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-17.890
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 10 octobre 2018

Mots-clés

congés payésfractionnementaccord du salariéCour de cassationconvention collective Syntec

Cas d'usage pratiques

1

Salarié en CDI dans un bureau d'études à Montauban

M. Y travaille pour une société d'ingénierie à Montauban. Son employeur lui demande de prendre une semaine de congés en mars, en échange de deux jours supplémentaires. M. Y préfère prendre ses congés en août.

Application pratique:

M. Y peut refuser le fractionnement. Il doit informer son employeur par écrit qu'il refuse le fractionnement au-delà de 12 jours. Il conservera ses 5 semaines de congés, mais perdra les jours supplémentaires. Si l'employeur insiste, M. Y peut saisir le conseil de prud'hommes.

2

Employeur d'une PME à Beaumont-de-Lomagne

Une petite entreprise de conseil à Beaumont-de-Lomagne applique la convention Syntec. Le gérant impose à ses 5 salariés de prendre au moins 5 jours hors été, avec jours supplémentaires.

Application pratique:

Le gérant doit cesser cette pratique pour les contrats conclus avant 2016. Pour les contrats récents, il peut fractionner sans accord mais doit respecter les conditions légales (jours supplémentaires). Il est conseillé de demander un accord écrit aux salariés pour éviter tout litige.

3

Professionnel de l'immobilier gérant des locations saisonnières

Un propriétaire bailleur à Montauban loue des appartements. Il veut imposer à ses locataires de prendre leurs congés en dehors de juillet-août pour faciliter les travaux.

Application pratique:

Cette situation est différente : la décision concerne le droit du travail. En immobilier, le locataire a droit à la jouissance paisible. Imposer des dates de congés serait illicite sauf clause contractuelle acceptée. Le propriétaire doit négocier et obtenir un accord écrit.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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