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Construction illégale : qui fixe la sanction financière, le juge ou l'administration ?
Droit-foncier

Construction illégale : qui fixe la sanction financière, le juge ou l'administration ?

📅 Décision du 06 mars 1989⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que seul l'administration peut fixer et recouvrer la taxe pour dépassement du plafond légal de densité en cas de construction sans permis. Le juge pénal ne peut pas imposer ce versement.

Décision de référence : cc • N° 87-92.094 • 1989-03-06 • Consulter la décision →

Imaginez un instant : vous êtes propriétaire à Pont-l'Abbé, vous avez agrandi votre maison sans autorisation. Le tribunal correctionnel vous condamne pour infraction au Code de l'urbanisme. Mais qui décide du montant de la pénalité financière ? Le juge ? L'administration ? Et si le juge se trompe de compétence, que se passe-t-il ?

Cette question, apparemment technique, a des conséquences très concrètes pour tout propriétaire ou professionnel de l'immobilier. Une décision de la Cour de cassation du 6 mars 1989 (n°87-92.094) vient trancher : lorsque la construction dépasse le plafond légal de densité (le volume maximal autorisé par m² de terrain), seule l'administration peut réclamer le versement prévu par l'article L. 333-10 du Code de l'urbanisme. Le juge pénal, lui, ne peut pas imposer ce paiement.

undefined si vous êtes condamné pour une construction illégale, le tribunal peut ordonner la démolition ou une amende, mais pas fixer la taxe de dépassement de densité. C'est l'administration qui s'en charge. Pourquoi cette distinction ? Et que faire si vous êtes concerné ? On vous explique tout.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire dans le ressort de la cour d'appel de Nîmes, avait édifié une construction sans autorisation, ou en infraction avec les obligations de son permis. Le problème ? La densité de sa construction excédait le plafond légal prévu par l'article L. 112-1 du Code de l'urbanisme (aujourd'hui codifié à l'article L. 331-1 et suivants). undefined il avait bâti trop de mètres carrés par rapport à la surface de son terrain.

Traduit devant le tribunal correctionnel pour infraction au Code de l'urbanisme (articles L. 480-4 et L. 480-5), il est reconnu coupable. Le tribunal aurait pu ordonner la démolition totale ou partielle de la construction, mais il ne l'a pas fait. En revanche, il condamne M. X à payer le versement prévu à l'article L. 333-10, c'est-à-dire une somme d'argent correspondant au dépassement de densité.

M. X fait appel. La cour d'appel de Nîmes, dans un arrêt de décembre 1987, confirme la condamnation. Mais M. X se pourvoit en cassation. Il soutient que le juge pénal n'a pas le pouvoir d'imposer ce versement, car il s'agit d'une créance du Trésor qui relève de la compétence exclusive de l'administration.

La Cour de cassation lui donne raison : elle casse l'arrêt de la cour d'appel. Le raisonnement est simple : selon l'article L. 333-10 du Code de l'urbanisme, lorsque le tribunal n'ordonne pas la démolition, seule l'administration peut déterminer et recouvrer le versement. Le juge pénal a donc outrepassé ses pouvoirs.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur une lecture stricte des textes. L'article L. 333-10 du Code de l'urbanisme (dans sa version alors en vigueur) prévoit que « lorsque le tribunal n'ordonne pas la démolition, il appartient à l'administration de déterminer et de recouvrer le versement prévu à l'article L. 333-10 ». undefined, le législateur a voulu que la fixation de cette taxe soit une prérogative administrative, et non judiciaire.

Pourquoi cette distinction ? Le versement pour dépassement du plafond légal de densité (PLD) est une contribution financière due au Trésor public. Elle n'est pas une peine au sens pénal, mais une redevance destinée à compenser l'excès de construction. Sa détermination implique des calculs techniques (surface, valeur foncière, etc.) que l'administration maîtrise mieux que le juge.

La Cour rappelle donc que le juge pénal, s'il peut condamner à une amende (article L. 480-4) ou ordonner la démolition (article L. 480-5), ne peut pas se substituer à l'administration pour fixer le montant du versement. C'est une question de compétence.

Attention toutefois : cette décision ne remet pas en cause la possibilité pour le juge d'ordonner la démolition. Si le tribunal avait ordonné la démolition, l'administration n'aurait pas pu réclamer le versement. Mais ici, le tribunal a choisi de ne pas démolir, et donc la voie administrative s'ouvrait.

undefined, c'est que cette jurisprudence est constante depuis 1989. Elle a été confirmée à plusieurs reprises. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Châteaulin avaient été condamnés à payer des sommes importantes par le tribunal, alors que seul l'administration aurait dû intervenir. Résultat : la condamnation était annulée.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : vous avez construit sans permis ou en dépassant le PLD ? Le tribunal peut vous condamner à une amende et/ou à la démolition. Mais il ne peut pas vous imposer de payer la taxe de dépassement de densité. Si le jugement le fait, vous pouvez le contester.

Si vous êtes locataire : vous n'êtes pas directement concerné, mais si votre bailleur est condamné, cela peut affecter le logement (risque de démolition). Restez attentif.

Si vous êtes acquéreur : avant d'acheter, vérifiez que la construction est conforme au permis et au PLD. Si des travaux illégaux existent, l'administration pourrait réclamer un versement après la vente. Vous pourriez être tenu solidaire si vous êtes le nouveau propriétaire.

Prenons un exemple chiffré : à Pont-l'Abbé, un propriétaire a construit une véranda de 30 m² sans permis, dépassant le PLD de 10 m². La valeur foncière est de 200 000 €. Le versement peut représenter jusqu'à 20 % de la valeur du terrain excédentaire, soit plusieurs milliers d'euros. Si le juge pénal condamne à payer, cette condamnation est illégale. C'est l'administration qui doit fixer le montant.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez contester la condamnation devant la cour d'appel, en invoquant l'incompétence du juge. Délai : 10 jours pour faire appel d'un jugement correctionnel. Montant des frais : comptez 1 500 à 3 000 € d'honoraires d'avocat, mais cela peut vous éviter de payer une somme injustifiée.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Avant de construire, vérifiez le PLD de votre terrain. Le plafond légal de densité est indiqué dans le plan local d'urbanisme (PLU) de votre commune. À Pont-l'Abbé, par exemple, il est souvent de 0,5 (soit 500 m² de construction pour 1 000 m² de terrain). Ne dépassez pas.
  • Obtenez toujours un permis de construire pour toute construction nouvelle ou extension. Même une petite véranda de 20 m² peut nécessiter un permis si elle dépasse le seuil (généralement 20 m² de surface de plancher).
  • Si vous achetez un bien, faites réaliser un diagnostic urbanisme. Un notaire ou un avocat peut vérifier la conformité des constructions existantes. Cela vous évitera de racheter les erreurs du vendeur.
  • En cas de litige, ne payez pas sans contestation. Si le tribunal vous condamne à un versement pour dépassement de densité, demandez à votre avocat de vérifier la compétence. Vous pouvez faire appel et obtenir l'annulation de cette partie du jugement.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1989 s'inscrit dans une lignée constante. Par exemple, la Cour de cassation a jugé dans un arrêt du 16 février 1994 (n°92-84.142) que le juge pénal ne peut pas ordonner le versement de la taxe de dépassement de densité, même si le prévenu est condamné pour défaut de permis. Plus récemment, la chambre criminelle a rappelé ce principe dans un arrêt du 10 septembre 2013 (n°12-85.107).

La tendance est donc claire : la compétence exclusive de l'administration est fermement protégée. Cela signifie que les propriétaires doivent traiter directement avec la mairie ou la direction départementale des territoires (DDT) pour régulariser leur situation, plutôt que de subir une double peine judiciaire et administrative.

Pour l'avenir, la loi ALUR de 2014 a supprimé le PLD pour les constructions neuves, mais il reste applicable pour les constructions anciennes et pour certaines zones. Restez vigilant.

En pratique : ce qu'il faut faire

  1. Vérifiez votre situation : Avez-vous un permis de construire ? Votre construction respecte-t-elle le PLD ? Si vous avez un doute, consultez le PLU de votre commune ou demandez un certificat d'urbanisme.
  2. Si vous êtes poursuivi : Ne reconnaissez pas automatiquement les faits. Contactez un avocat spécialisé en droit de l'urbanisme. Il pourra vérifier si le juge pénal est compétent pour réclamer le versement.
  3. Si le tribunal vous condamne à payer le versement : Faites appel dans les 10 jours. L'arrêt de la cour d'appel pourra être cassé si le juge a outrepassé ses pouvoirs.
  4. Si l'administration vous réclame le versement : Vous pouvez contester le montant devant le tribunal administratif. Un avocat vous aidera à négocier une réduction ou un échelonnement.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Le juge pénal peut-il ordonner la démolition d'une construction illégale ?

Oui, le juge pénal peut ordonner la démolition totale ou partielle de la construction illégale, en application de l'article L. 480-5 du Code de l'urbanisme. Mais s'il ne le fait pas, seule l'administration peut réclamer le versement pour dépassement du plafond légal de densité.

Que faire si le tribunal me condamne à payer le versement pour dépassement de densité ?

Vous pouvez faire appel de la décision dans les 10 jours suivant le jugement. Invoquez l'incompétence du juge pénal, car seul l'administration peut fixer et recouvrer ce versement. Un avocat spécialisé vous aidera à contester.

Quel est le délai pour contester une décision de l'administration sur le versement ?

Vous disposez de deux mois à compter de la notification de la décision pour saisir le tribunal administratif. Il est conseillé de consulter un avocat rapidement pour préparer votre recours.

Puis-je régulariser une construction sans permis en payant le versement ?

Le paiement du versement ne régularise pas l'infraction pénale. Vous pouvez toujours être poursuivi pour défaut de permis. Il est préférable de déposer une demande de permis de construire a posteriori (régularisation) si la construction est conforme au PLU.

Qu'est-ce que le plafond légal de densité (PLD) ?

C'est un coefficient qui limite la surface de plancher constructible par rapport à la surface du terrain. Par exemple, un PLD de 0,5 signifie que vous pouvez construire 500 m² sur un terrain de 1 000 m². Il est fixé par le plan local d'urbanisme (PLU).

Informations juridiques

  • Numéro: 87-92.094
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 06 mars 1989

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Pont-l'Abbé ayant construit sans permis

M. Le Gall, propriétaire à Pont-l'Abbé, a agrandi sa maison de 40 m² sans permis de construire. La construction dépasse le PLD de 10 m². Le tribunal correctionnel le condamne à une amende et au versement de 5 000 € pour dépassement de densité.

Application pratique:

M. Le Gall doit faire appel de la condamnation au versement, car seul l'administration peut le réclamer. Il peut également déposer un permis de construire a posteriori pour régulariser l'extension. S'il ne régularise pas, l'administration pourra lui réclamer le versement, mais le montant pourra être négocié.

2

Acquéreur d'une maison à Châteaulin avec des travaux illégaux

Mme Kervella achète une maison à Châteaulin. Après la vente, elle découvre que le précédent propriétaire avait construit un garage sans permis, excédant le PLD. La mairie lui réclame le versement pour dépassement de densité.

Application pratique:

Mme Kervella peut contester la réclamation si elle prouve qu'elle n'est pas à l'origine de l'infraction. Elle peut aussi se retourner contre le vendeur pour vice caché. En tout état de cause, elle doit vérifier la conformité des constructions avant d'acheter.

3

Professionnel de l'immobilier confronté à une construction en copropriété

Un promoteur immobilier construit un immeuble à Pont-l'Abbé avec un dépassement de PLD. Le tribunal ne prononce pas la démolition mais condamne le promoteur au versement. L'administration réclame ensuite un montant différent.

Application pratique:

Le promoteur doit contester la condamnation judiciaire au versement. Il devra ensuite négocier avec l'administration le montant exact. Il est conseillé de prévoir une clause de garantie dans les actes de vente pour se protéger des recours des acquéreurs.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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