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Droit réel perpétuel en copropriété : une jouissance spéciale qui ne s'éteint pas
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Droit réel perpétuel en copropriété : une jouissance spéciale qui ne s'éteint pas

📅 Décision du 07 juin 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation confirme qu'un droit réel conférant une jouissance spéciale sur un lot au profit d'un autre lot de copropriété est perpétuel. Cela signifie que ce droit survit à la vente du lot et s'impose aux acquéreurs successifs, ce qui a des conséquences importantes pour les propriétaires et les professionnels de l'immobilier.

Décision de référence : cc • N° 17-17.240 • 2018-06-07 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Draguignan, vous venez d'acheter un bel appartement en copropriété avec vue sur le jardin. Vous êtes ravi, jusqu'au jour où un voisin vous annonce qu'il a le droit d'utiliser votre terrasse pour ses barbecues. Vous vérifiez votre acte de vente : rien n'est mentionné. Pourtant, le voisin brandit un vieux règlement de copropriété de 1972. Qui a raison ? Cette question, des centaines de propriétaires se la posent chaque année. La décision de la Cour de cassation du 7 juin 2018 (n° 17-17.240) apporte une réponse claire : lorsque le droit d'user d'un lot est attaché à un autre lot (droit réel), ce droit est perpétuel. undefined il ne s'éteint pas avec le temps, même si le lot change de propriétaire. Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Plongeons dans l'affaire.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire d'un lot à Draguignan, avait acquis son appartement sans savoir que le lot voisin, appartenant à Mme Y, bénéficiait d'un droit de jouissance spéciale sur sa cave. Ce droit, inscrit dans le règlement de copropriété, permettait à Mme Y d'utiliser la cave pour stocker du vin. Lorsque M. X a voulu vendre son lot, l'acheteur potentiel a découvert cette servitude (droit réel) et s'est rétracté. Furieux, M. X a assigné Mme Y pour faire annuler ce droit, arguant qu'il était devenu caduc (éteint faute d'usage). La cour d'appel d'Aix-en-Provence lui a donné raison, estimant que le droit n'avait pas été utilisé depuis plus de 30 ans et qu'il était donc prescrit. Mais Mme Y a formé un pourvoi en cassation. La Cour de cassation a cassé l'arrêt d'appel, jugeant que ce droit réel attaché à un lot de copropriété est perpétuel : il ne peut pas s'éteindre par le non-usage. Les juges ont rappelé que ce droit est un accessoire (élément indissociable) du lot bénéficiaire, et qu'il suit le lot en cas de vente. undefined, même si Mme Y n'avait jamais utilisé la cave, son droit subsistait.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'est fondée sur les articles 544 (droit de propriété) et 686 (servitudes) du Code civil. Elle a rappelé que le droit réel attaché à un lot de copropriété, conférant une jouissance spéciale sur un autre lot, est perpétuel par nature. En effet, contrairement à une simple obligation personnelle (un contrat entre deux personnes), un droit réel est un droit sur une chose, qui suit la chose. La cour a jugé que le non-usage ne peut éteindre ce droit, car il s'agit d'un droit réel immobilier, et non d'une servitude de passage ou de vue qui, elle, peut s'éteindre par le non-usage trentenaire (article 706 du Code civil). undefined, c'est que la distinction est subtile : si le droit est attaché à un lot (droit réel), il est perpétuel ; s'il est attaché à une personne (droit personnel), il peut être temporaire. Dans cette affaire, le droit était inscrit au profit du lot de Mme Y, et non à son nom personnel. Donc, il survit aux mutations. La décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure (Civ. 3e, 15 mars 2006, n° 04-20.862), mais elle clarifie le régime applicable aux droits réels en copropriété. Attention toutefois : si le règlement de copropriété prévoit une durée limitée, la solution serait différente.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : Si votre lot bénéficie d'un droit de jouissance spéciale (terrasse, cave, parking) sur un autre lot, ce droit est définitif. Vous pouvez le transmettre à vos locataires. Exemple : à Bandol, vous louez un appartement avec un droit de passage sur la plage privée du lot voisin. Ce droit profite à votre locataire, même si le propriétaire du lot voisin change. Pour les acquéreurs : Avant d'acheter, vérifiez le règlement de copropriété. Si un droit réel grève votre lot, vous devrez le supporter, même s'il n'est pas mentionné dans votre acte de vente. Dans la pratique, j'ai rencontré des dossiers où l'acquéreur n'a découvert la servitude qu'après la signature, et n'a pu ni l'annuler ni obtenir de réduction de prix. Pour les copropriétaires : Si vous estimez qu'un droit réel n'est plus utilisé, vous ne pouvez pas demander sa suppression par le simple écoulement du temps. Il faut une décision unanime de l'assemblée générale ou une modification du règlement de copropriété. En chiffres : un litige de ce type peut coûter entre 3 000 et 10 000 € de frais de justice. Mieux vaut prévenir.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Consultez toujours le règlement de copropriété avant d'acheter. Ne vous fiez pas seulement à l'acte de vente : le règlement de copropriété peut contenir des droits réels non mentionnés ailleurs. Demandez à votre notaire de vérifier les servitudes actives et passives.
  • Faites notifier les droits réels à votre assureur. Si un droit de jouissance spéciale existe sur votre lot, informez votre assurance habitation. En cas de dommage causé par l'exercice de ce droit (ex : dégât des eaux), votre responsabilité pourrait être engagée.
  • En cas de doute sur l'existence d'un droit, interrogez le syndic. Le syndic doit détenir le règlement de copropriété à jour. Vous pouvez demander une copie certifiée. Si le syndic refuse, saisissez le tribunal judiciaire.
  • Ne comptez pas sur le non-usage pour faire disparaître un droit réel. Comme l'a rappelé la Cour de cassation, ce droit est perpétuel. La seule façon de l'éteindre est une modification du règlement de copropriété adoptée à l'unanimité ou une décision de justice prononçant la caducité pour cause de disparition de l'utilité du droit.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation protège la stabilité des droits réels en copropriété. Déjà en 2006 (Civ. 3e, 15 mars 2006, n° 04-20.862), elle avait jugé qu'un droit de jouissance exclusif sur une partie commune était un droit réel perpétuel. En 2012, elle a précisé que ce droit ne peut être supprimé sans l'accord du bénéficiaire (Civ. 3e, 27 juin 2012, n° 11-18.391). La tendance est donc claire : une fois qu'un droit réel est constitué, il est quasi irréversible. Cela signifie pour l'avenir que les rédacteurs d'actes doivent être extrêmement prudents : un droit réel mal formulé peut créer une charge perpétuelle. À l'inverse, pour les propriétaires, c'est une sécurité : les droits acquis sont protégés. Comment réagir si vous héritez d'un lot grevé d'un droit réel ? Acceptez-le, ou négociez une contrepartie financière avec le bénéficiaire pour qu'il y renonce. Mais attention : une renonciation doit être faite par acte notarié et publiée au fichier immobilier.

Points clés à retenir

FAQ :

  • Un droit de jouissance spéciale peut-il s'éteindre par le non-usage ? Non, s'il s'agit d'un droit réel attaché à un lot. Il est perpétuel.
  • Dois-je mentionner ce droit dans mon acte de vente ? Oui, le vendeur doit informer l'acquéreur de toute servitude ou droit réel. À défaut, l'acquéreur peut demander une réduction de prix ou des dommages-intérêts.
  • Puis-je supprimer un droit réel par une décision de l'assemblée générale ? Non, car cela modifierait les droits des copropriétaires. Une décision unanime est nécessaire.
  • Quel est le délai pour contester un droit réel ? Il n'y a pas de délai de prescription pour les droits réels perpétuels. Vous pouvez agir à tout moment, mais attention : si vous avez laissé le bénéficiaire utiliser votre lot pendant 30 ans sans protester, vous pourriez perdre votre droit de contestation par prescription acquisitive.
  • Que faire si je découvre un droit réel après l'achat ? Consultez un avocat spécialisé. Vous pouvez engager une action en garantie contre le vendeur pour défaut d'information, ou négocier une indemnité avec le bénéficiaire.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Un droit de jouissance spéciale peut-il s'éteindre par le non-usage ?

Non, s'il s'agit d'un droit réel attaché à un lot de copropriété. La Cour de cassation a jugé qu'il est perpétuel, même sans utilisation pendant des années.

Que faire si je découvre un droit réel sur mon lot après l'achat ?

Consultez un avocat. Vous pouvez engager une action contre le vendeur pour défaut d'information, ou négocier une indemnité avec le bénéficiaire du droit.

Puis-je supprimer un droit réel par une décision de l'assemblée générale ?

Non, car cela modifie les droits des copropriétaires. Une modification du règlement de copropriété nécessite l'unanimité des copropriétaires.

Quel est le délai pour contester un droit réel perpétuel ?

Il n'y a pas de délai de prescription pour contester le droit lui-même. Cependant, si le bénéficiaire a utilisé le lot pendant 30 ans sans opposition, vous pourriez perdre votre droit par prescription acquisitive.

Dois-je mentionner un droit réel dans mon acte de vente ?

Oui, le vendeur doit informer l'acquéreur de toute servitude ou droit réel. À défaut, l'acquéreur peut demander une réduction de prix ou des dommages-intérêts.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-17.240
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 juin 2018

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Bandol : un locataire profite d'une terrasse voisine

Vous êtes propriétaire d'un appartement à Bandol avec un droit de jouissance sur la terrasse du lot voisin. Vous louez l'appartement à un couple qui utilise la terrasse. Le nouveau propriétaire du lot voisin veut interdire l'accès.

Application pratique:

Grâce à cette jurisprudence, vous pouvez opposer au nouveau propriétaire le caractère perpétuel du droit réel. Il doit respecter ce droit, même s'il n'est pas mentionné dans son acte d'achat. Vous pouvez exiger le maintien de l'accès et, en cas de refus, engager une action en justice pour faire reconnaître votre droit.

2

Acquéreur à Draguignan : une servitude de cave non mentionnée

Vous achetez une maison à Draguignan. Après la vente, le voisin vous annonce qu'il a un droit de stockage dans votre cave, inscrit dans l'ancien règlement de copropriété. Vous n'en avez jamais été informé.

Application pratique:

Vous devez supporter ce droit, car il est réel et perpétuel. Vous pouvez toutefois agir contre le vendeur pour défaut d'information (vice caché ou défaut de délivrance conforme). Consultez un avocat pour évaluer les chances de succès et les délais (5 ans à compter de la découverte).

3

Copropriétaire : un droit de passage sur votre jardin utilisé depuis 40 ans

Votre lot supporte un droit de passage pour accéder à un autre lot. Le bénéficiaire n'a jamais utilisé ce droit. Vous voulez le faire annuler pour non-usage.

Application pratique:

Cette jurisprudence vous est défavorable : le non-usage n'éteint pas le droit réel. Vous ne pouvez pas obtenir l'annulation sur ce seul motif. Pour supprimer le droit, vous devez obtenir l'accord du bénéficiaire (par exemple, en échange d'une indemnité) ou prouver que le droit est devenu sans objet (ex : l'autre lot a un autre accès).

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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