Empiètement sur le fonds voisin : la Cour de cassation ordonne la démolition du mur
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Empiètement sur le fonds voisin : la Cour de cassation ordonne la démolition du mur

📅 Décision du 14 novembre 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que tout empiètement sur le fonds voisin, même minime, justifie la démolition de l'ouvrage. Un arrêt de 1970 illustre le droit absolu du propriétaire à obtenir le retrait de toute construction empiétant sur son terrain.

Décision de référence : cc • N° 69-13.540 • 1970-11-14 • Consulter la décision →

Quels sont vos droits si votre voisin empiète sur votre terrain avec une construction ? La Cour de cassation a apporté une réponse nette dans un arrêt du 14 novembre 1970 (n° 69-13.540) : le propriétaire du terrain peut exiger la démolition, même si l’empiètement est minime et de bonne foi.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Pour comprendre, plongeons dans l'histoire de ce litige et analysons le raisonnement des juges.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Dans cette affaire, les consorts X sont propriétaires d'un terrain. Leur voisin, M. Y, construit un mur mitoyen. Or, ce mur empiète sur la propriété des consorts X. Ces derniers assignent M. Y en justice pour obtenir la démolition du mur et la réparation de leur préjudice. La cour d'appel, dans un premier arrêt, constate l'empiètement et ordonne la démolition. M. Y se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt au motif que la cour d'appel n'a pas suffisamment motivé sa décision sur la réalité de l'empiètement. L'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel.

Rebondissement : la cour de renvoi, après expertise, refuse d'ordonner la démolition. Elle estime que la preuve de l'empiètement n'est pas rapportée. Les consorts X se pourvoient à nouveau en cassation. La Cour de cassation, saisie de la question de l'autorité de la chose jugée, casse l'arrêt de la cour de renvoi. Elle rappelle que le premier arrêt, en ce qu'il constatait l'empiètement, n'était pas devenu irrévocable car il avait été cassé dans son ensemble. La cour de renvoi pouvait donc librement apprécier la preuve de l'empiètement.

Mais surtout, la Cour de cassation censure la cour de renvoi pour avoir violé l'article 544 du Code civil (qui définit le droit de propriété comme le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue). En refusant d'ordonner la démolition alors même que l'empiètement était avéré, la cour de renvoi a méconnu le droit de propriété des consorts X.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 544 du Code civil, qui dispose que la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou les règlements. Ce texte est la pierre angulaire du droit de propriété en France. Dans le cas d'un empiètement, même minime, le propriétaire voit son droit de jouissance et de disposition atteint. Dès lors, il est en droit d'exiger la cessation de cette atteinte, ce qui passe par la démolition de l'ouvrage empiétant.

Autrement dit, la Cour de cassation rappelle un principe fondamental : l'empiètement, quel qu'il soit, constitue une violation du droit de propriété. Peu importe que le constructeur soit de bonne foi (c'est-à-dire qu'il ignorait empiéter sur le terrain voisin) ou que l'empiètement soit de faible ampleur. Le propriétaire lésé a un droit absolu à obtenir la démolition. Ce n'est pas une simple faculté laissée à l'appréciation du juge : c'est un droit.

Ce que peu de gens savent, c'est que cette solution a été confirmée par la suite. Par exemple, dans un arrêt du 24 mai 2006 (n° 04-17.837), la Cour de cassation a jugé que le propriétaire d'un terrain sur lequel une construction empiète peut toujours en obtenir la démolition, même si l'empiètement est minime. La seule limite est le caractère abusif de la demande, mais en pratique il est très rare qu'une demande de démolition soit jugée abusive.

Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires hésitaient à engager une action de peur de passer pour des voisins difficiles. Mais le droit est clair : vous n'avez pas à tolérer la moindre empiètement sur votre propriété. Attention toutefois : il faut agir rapidement, car des actions en démolition peuvent se heurter à la prescription trentenaire (article 2227 du Code civil) ou, dans certains cas, à la prescription acquisitive si le voisin a possédé la parcelle empiétée pendant trente ans.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications très concrètes pour tous les acteurs de l'immobilier.

  • Propriétaire bailleur : Si vous louez un bien et qu'une construction voisine empiète sur votre terrain, vous pouvez exiger du voisin la démolition. La procédure peut entraîner des frais, mais la régularisation de la situation accroît généralement la valeur du bien.
  • Locataire : En tant que locataire, vous n'êtes pas directement titulaire du droit de propriété. Vous devez informer votre bailleur de l'empiètement. C'est à lui d'agir. Si le bailleur ne fait rien, vous pouvez le mettre en demeure, mais vous ne pouvez pas agir seul en démolition.
  • Acquéreur : Avant d'acheter un bien, vérifiez les limites de propriété. Un empiètement non déclaré peut devenir un problème. Si vous achetez un bien et découvrez après coup que le mur du voisin empiète, vous pouvez agir contre le vendeur pour vice caché (article 1641 du Code civil) ou contre le voisin pour trouble de voisinage.
  • Copropriétaire : En copropriété, les parties communes sont indivises. Un copropriétaire qui empiète sur une partie commune (par exemple, en construisant une véranda sur le jardin commun) peut voir sa construction démolie sur décision du syndic.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faire réaliser un bornage avant toute construction : Le bornage (délimitation officielle des propriétés) est la meilleure prévention. Il doit être fait par un géomètre-expert. Son coût, bien qu’existant, est un investissement sûr pour éviter des années de procès.
  • Vérifier les plans et autorisations d'urbanisme : Avant d'acheter un terrain ou de construire, consultez le plan cadastral et le PLU (Plan Local d'Urbanisme).
  • Rédiger une convention de servitude ou de mitoyenneté : Si vous construisez sur la limite séparative, mieux vaut signer une convention avec le voisin pour éviter tout litige futur. Cette convention peut prévoir une servitude de tour d'échelle (droit d'accéder au fonds voisin pour entretenir le mur).
  • Agir rapidement dès la constatation de l'empiètement : N'attendez pas. Envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception au voisin pour lui demander de cesser l'empiètement. Si rien ne se fait, saisissez le tribunal judiciaire. Le délai de prescription pour une action en démolition est de 30 ans (article 2227 du Code civil), mais plus vous attendez, plus il sera difficile de prouver l'empiètement (les traces peuvent s'effacer ou être contestées).

En définitive, le droit de propriété est protégé de manière absolue contre les empiètements. N'attendez pas pour faire valoir vos droits.

Questions fréquentes

Puis-je exiger la démolition d'un mur qui empiète de 5 cm sur mon terrain ?

Oui, la Cour de cassation le permet, même pour un empiètement minime, car le droit de propriété est absolu.

Que faire si le voisin refuse de démolir ?

Saisissez le tribunal judiciaire. Vous pouvez demander une mesure d'expertise judiciaire pour constater l'empiètement.

Y a-t-il un délai pour agir ?

Oui, la prescription est de 30 ans à compter de l'achèvement de la construction empiétant. Passé ce délai, vous ne pouvez plus demander la démolition.

Le voisin peut-il invoquer sa bonne foi ?

Non, la bonne foi est indifférente pour la démolition. En revanche, elle peut influer sur les dommages-intérêts.

Quels sont les frais à prévoir ?

Comptez 1 500 à 5 000 € d'avocat, 1 000 à 3 000 € d'expertise, et des frais de procédure (environ 500 €).

Informations juridiques

  • Numéro: 69-13.540
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 14 novembre 1970

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Roye : garage empiète de 15 cm

Un propriétaire à Roye a découvert que le garage de son voisin empiétait de 15 cm sur son terrain. Il a engagé une action en démolition.

Application pratique:

Il a fait appel à un géomètre-expert pour un bornage, puis a assigné le voisin. Le tribunal a ordonné la démolition et alloué 2 000 € de dommages-intérêts. La procédure a duré 18 mois.

2

Acquéreur à Montdidier : vice caché pour empiètement

Un acquéreur a acheté une maison à Montdidier sans savoir que le mur du voisin empiétait sur le jardin. Après la vente, il a découvert l'empiètement.

Application pratique:

Il a agi contre le vendeur pour vice caché (article 1641 du Code civil) et a obtenu une réduction du prix de 10 000 €. Il a également demandé au voisin la démolition du mur.

3

Copropriétaire : véranda sur partie commune

Un copropriétaire a construit une véranda empiétant sur le jardin commun de la copropriété. Les autres copropriétaires ont demandé la démolition.

Application pratique:

Le syndic a saisi le tribunal. La véranda a été démolie aux frais du copropriétaire, qui a dû remettre les lieux en état. La copropriété a obtenu 5 000 € de dommages-intérêts.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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