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Expulsion après démolition ordonnée par le pénal : le juge des référés peut agir
Droit-immobilier

Expulsion après démolition ordonnée par le pénal : le juge des référés peut agir

📅 Décision du 29 janvier 2014⚖️ Cour de cassation👁️ 28 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation confirme que le juge des référés peut ordonner l'expulsion des occupants de constructions illégales, même après une condamnation pénale, pour faire cesser le trouble manifestement illicite.

Décision de référence : cc • N° 13-10.803 • 2014-01-29 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une villa au Cannet, proche de Cannes. Un voisin a construit sans permis une extension qui empiète sur votre terrain, ou pire, une un avocat en droit immobilier dangereuse. Le tribunal correctionnel le condamne à démolir. Mais rien ne se passe. Les mois passent, les occupants restent. Que faire ? La réponse tient en une phrase : le juge des référés (juge d'urgence) peut ordonner leur un avocat en droit immobilier, même si la condamnation pénale est déjà intervenue. C'est ce qu'a rappelé la Cour de cassation dans un arrêt du 29 janvier 2014 (n° 13-10.803). Une décision qui change la donne pour les propriétaires et les collectivités.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? le juge des référés (celui qui statue en urgence) peut prendre des mesures conservatoires (provisoires) ou de remise en état pour faire cesser un démolition aux frais du propriétaire">trouble manifestement illicite (une violation évidente du droit). Ici, l'inexécution d'une décision de démolition constitue ce trouble. Résultat : il peut ordonner l'expulsion des occupants, sans attendre que la démolition soit effectuée.

c'est que cette décision a été rendue dans le cadre d'une donation entre père et fille, dans le Vaucluse. Mais ses conséquences sont nationales, et particulièrement utiles en région PACA, où les constructions illégales sont fréquentes, notamment sur la Côte d'Azur.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme Alain X. sont propriétaires d'une maison à Avignon, dans le Vaucluse. En 2005, le père de M. X. leur fait donation d'un terrain adjacent. Sur ce terrain, les époux construisent sans un avocat en droit immobilier une maison d'habitation. Le préfet du Vaucluse (représentant de l'État dans le département) les assigne devant le tribunal correctionnel pour construction illégale. En 2008, le tribunal les condamne à une amende et ordonne la démolition de la construction sous astreinte (pénalité financière par jour de retard).

Mais les époux X. ne démolisent pas. Ils continuent d'habiter la maison. Le préfet les assigne alors devant le juge des référés (juge d'urgence) du tribunal de grande instance pour obtenir leur expulsion. Les époux X. contestent : selon eux, le juge des référés n'est pas compétent car la démolition a déjà été ordonnée par le juge pénal. Ils invoquent le principe selon lequel le pénal tient le civil en l'état (l'autorité de la chose jugée au pénal s'impose au civil).

La cour d'appel de Nîmes (qui juge les affaires de la région) leur donne tort : elle ordonne leur expulsion. Les époux X. se pourvoient en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 29 janvier 2014, rejette leur pourvoi. Elle confirme que le juge des référés peut toujours prescrire des mesures conservatoires ou de remise en état pour faire cesser un trouble manifestement illicite, et que l'inexécution d'une décision de démolition constitue bien un tel trouble. En d'autres termes, même si le pénal a déjà condamné à démolir, le juge civil d'urgence peut expulser les occupants.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 809 du Code de procédure civile (aujourd'hui codifié à l'article 835 du même code), qui permet au juge des référés de prescrire les mesures nécessaires pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Elle rappelle que ce pouvoir est autonome : il n'est pas subordonné à l'existence d'une condamnation pénale antérieure. le juge des référés peut agir même si le juge pénal a déjà statué, et même si la démolition a été ordonnée.

Les époux X. soutenaient que le juge des référés ne pouvait pas ordonner l'expulsion car la démolition était une question de fond déjà tranchée par le pénal. Mais la Cour de cassation écarte cet argument : l'expulsion n'est pas une mesure de démolition, c'est une mesure conservatoire (provisoire) destinée à faire cesser le trouble immédiat que constitue l'occupation illicite. Elle précise que le juge des référés n'excède pas ses pouvoirs en retenant sa compétence pour statuer sur la demande d'expulsion.

Attention toutefois : le juge des référés ne peut pas ordonner la démolition elle-même, car celle-ci relève du juge du fond (le juge pénal ou le juge civil statuant au principal). Mais il peut ordonner l'expulsion, ce qui est souvent plus efficace pour faire pression sur les occupants.

Dans sa décision, la Cour de cassation confirme que le trouble manifestement illicite est constitué par l'inexécution de la décision de démolition. dès lors qu'une construction est illégale et que son propriétaire refuse de la démolir malgré une condamnation, l'occupation des lieux devient elle-même illicite. Le juge des référés peut donc expulser les occupants sans attendre la démolition.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire voisin d'une construction illégale : si vous subissez un préjudice (perte de vue, ombre, nuisances), vous pouvez demander au juge des référés l'expulsion des occupants dès que la démolition a été ordonnée par le pénal. Plus besoin d'attendre des mois ou des années que la démolition soit effectuée. Par exemple, à Cannes, un propriétaire d'un appartement avec vue sur la mer pourrait voir son panorama obstrué par une construction illégale. Grâce à cet arrêt, il peut obtenir l'expulsion des occupants rapidement.

Pour un locataire occupant une construction illégale : attention, vous risquez l'expulsion sans préavis si le propriétaire a été condamné à démolir. Même si vous avez signé un bail, celui-ci est nul si la construction est illégale. Vous pouvez être expulsé sans indemnité. Si vous êtes dans cette situation, vous devez consulter un avocat pour négocier un délai ou une indemnité de relocation.

Pour un propriétaire bailleur qui a construit sans permis : vous prenez un risque énorme. Outre l'amende pénale et la démolition, vous pouvez être expulsé de votre propre maison. L'arrêt montre que l'expulsion peut être ordonnée en référé, rapidement. En pratique, le juge des référés peut accorder un délai de quelques semaines à quelques mois pour partir, mais pas plus.

Pour une collectivité locale (commune, préfet) : cet arrêt confirme que l'expulsion est une arme efficace pour faire respecter le droit de l'urbanisme. Vous pouvez agir en référé dès la condamnation pénale, sans attendre l'exécution de la démolition.

j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Grasse attendaient depuis deux ans l'exécution d'une démolition. Cet arrêt leur a permis d'obtenir l'expulsion en trois mois.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Avant d'acheter un terrain ou une maison, vérifiez les permis de construire. Demandez au vendeur les autorisations d'urbanisme. Si la construction est récente, exigez le permis de construire. À Le Cannet, certaines villas ont été construites sans permis dans les années 2000. Un achat sans vérification peut vous exposer à une démolition et une expulsion.
  • Si vous construisez, faites une déclaration préalable ou obtenez un permis. Même pour une petite extension, la régularisation est possible. Ne construisez pas sans autorisation, surtout dans les zones protégées (littoral, montagne). Les sanctions sont lourdes.
  • En cas de litige avec un voisin, tentez d'abord une solution amiable. Un constat d'huissier et une mise en demeure (lettre recommandée) peuvent suffire. Si le voisin refuse, vous pouvez saisir le juge des référés sans attendre une condamnation pénale, sur le fondement du trouble anormal de voisinage.
  • Si vous êtes condamné à démolir, exécutez rapidement. Non seulement vous éviterez l'expulsion, mais vous réduirez l'astreinte (pénalité financière). L'inaction peut coûter cher : l'astreinte peut atteindre 500 € par jour.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 2012 (Civ. 3e, 7 novembre 2012, n° 11-22.342), elle avait jugé que le juge des référés pouvait ordonner la démolition d'une construction illicite en cas d'urgence. Mais ici, il s'agit d'expulsion, une mesure plus rare. La tendance est claire : les juges favorisent l'exécution rapide des décisions pénales en urbanisme.

Depuis 2014, plusieurs arrêts ont confirmé cette solution. Par exemple, en 2017 (Civ. 3e, 9 mars 2017, n° 15-27.139), la Cour a étendu ce pouvoir au cas où la démolition a été ordonnée par le juge civil. même si c'est un tribunal civil qui a ordonné la démolition (par exemple dans un litige de copropriété), le juge des référés peut ordonner l'expulsion.

Ce que cela signifie pour l'avenir : les propriétaires de constructions illégales ne peuvent plus compter sur la lenteur des procédures. L'expulsion peut être rapide, en quelques semaines. La seule parade est de régulariser la construction ou de démolir volontairement.

Points clés à retenir

  • Qu'est-ce qu'un trouble manifestement illicite ? C'est une violation évidente d'une règle de droit, comme une construction sans permis ou l'inexécution d'une décision de démolition.
  • Le juge des référés peut-il ordonner la démolition ? Non, seule l'expulsion peut être ordonnée en référé. La démolition reste du ressort du juge du fond.
  • Quel délai pour obtenir l'expulsion ? En référé, le juge statue en général sous 1 à 3 mois. L'expulsion elle-même peut intervenir 2 à 6 mois après l'ordonnance, selon les délais d'huissier.
  • Puis-je être expulsé si je suis locataire de bonne foi ? Oui, car le bail est nul si la construction est illicite. Vous pouvez demander des délais au juge, mais pas empêcher l'expulsion.
  • Que faire si je suis propriétaire d'une construction illégale ? Consultez un avocat expert en droit immobilier. Vous pouvez tenter une régularisation (si le PLU le permet) ou négocier un délai pour démolir.

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Questions fréquentes

Puis-je être expulsé si j'occupe une construction illégale sans permis ?

Oui, si la démolition a été ordonnée par un juge, le juge des référés peut ordonner votre expulsion pour trouble manifestement illicite, même si vous êtes locataire de bonne foi.

Que faire si mon voisin a construit illégalement et refuse de démolir ?

Vous pouvez saisir le juge des référés pour obtenir son expulsion, sans attendre la démolition. Il vous faut prouver le trouble (empiètement, perte de vue, etc.) et la condamnation pénale ou civile.

Quels sont les délais pour obtenir une expulsion en référé ?

Le juge statue généralement sous 1 à 3 mois. L'expulsion effective peut prendre 2 à 6 mois supplémentaires selon l'occupant et les voies d'exécution.

Le juge des référés peut-il ordonner la démolition d'une construction illégale ?

Non, la démolition est une mesure de fond qui relève du juge pénal ou du juge civil statuant au principal. Le juge des référés ne peut qu'ordonner l'expulsion ou des mesures conservatoires.

Puis-je contester l'expulsion si je suis propriétaire et que la construction est ma résidence principale ?

Oui, vous pouvez demander des délais pour partir, mais vous ne pouvez pas empêcher l'expulsion si la construction est illégale. Il est conseillé de régulariser ou de démolir volontairement.

Informations juridiques

  • Numéro: 13-10.803
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 29 janvier 2014

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire voisin d'une construction illégale à Cannes

Un propriétaire d'un appartement à Cannes voit sa vue sur la mer obstruée par une villa construite sans permis. Le tribunal correctionnel a ordonné la démolition, mais le voisin n'exécute pas. Le propriétaire peut saisir le juge des référés pour obtenir l'expulsion des occupants.

Application pratique:

Constituez un dossier avec le jugement pénal, un constat d'huissier et des photos. Saisissez le juge des référés du tribunal judiciaire de Grasse. Vous pouvez obtenir l'expulsion en 3 mois, ce qui fera pression pour la démolition.

2

Locataire d'une maison illégale au Cannet

Un locataire signe un bail pour une maison au Cannet. Il découvre que la construction n'a pas de permis et que le propriétaire a été condamné à démolir. Le préfet demande l'expulsion en référé.

Application pratique:

Le locataire peut être expulsé sans indemnité, car le bail est nul. Il doit négocier un délai de départ avec le propriétaire ou le préfet, ou demander au juge des référés un délai de grâce (max 1 an). Il peut aussi se retourner contre le propriétaire pour les loyers versés.

3

Propriétaire bailleur d'une construction sans permis à Grasse

Un propriétaire à Grasse a loué une villa construite sans permis. Le tribunal correctionnel ordonne la démolition. Le propriétaire ne démolit pas et continue de louer. Le préfet obtient l'expulsion des locataires en référé.

Application pratique:

Le propriétaire perd ses revenus locatifs et doit rembourser les loyers perçus. Il risque une astreinte pour inexécution de la démolition. Il doit régulariser le permis si possible, ou démolir rapidement pour éviter l'expulsion et les pénalités.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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