Décision de référence : cc • N° 22-12.787 • 2025-03-27
Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'une jolie maison à Aix-les-Bains, avec vue sur le lac. Pour gagner un peu de place, vous décidez de construire une petite extension sans vérifier le plan local d'urbanisme (PLU). Quelques mois plus tard, la mairie vous met en demeure de démolir, puis saisit le juge des référés. Vous pensiez qu'une procédure judiciaire durerait des années ? Détrompez-vous. La Cour de cassation vient de rendre une décision qui change la donne.
Cette affaire soulève une question cruciale : jusqu'où le juge des référés peut-il aller pour faire cesser une violation du PLU ? Peut-il ordonner la remise en état et autoriser la commune à agir d'office aux frais du propriétaire, sans attendre un procès au fond ? La réponse est oui, et c'est tout l'objet de l'arrêt du 27 mars 2025 (n° 22-12.787).
Mais attention : cette décision ne concerne pas que les gros promoteurs. Elle touche tout propriétaire qui entreprend des travaux sans autorisation, à Aix-les-Bains comme à Cognin. Alors, concrètement, que dit la Cour de cassation ? Et surtout, comment éviter de se retrouver dans cette situation ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X est propriétaire d'une parcelle située à Aix-les-Bains, en zone UB du PLU. Sans se soucier des règles d'urbanisme, il entreprend des travaux de construction d'un bâtiment à usage d'habitation, sans permis de construire. La mairie d'Aix-les-Bains, alertée par un voisin, constate le manquement et adresse un courrier de mise en demeure. Rien n'y fait : M. X poursuit ses travaux.
La commune décide alors de saisir le juge des référés du tribunal judiciaire de Chambéry sur le fondement de l'article 835 du code de procédure civile, qui permet au juge d'ordonner des mesures conservatoires en cas d'urgence ou de trouble manifestement illicite. Le juge constate que la construction viole les dispositions du PLU (hauteur, emprise au sol, destination) et constitue un trouble manifestement illicite. Il ordonne à M. X de remettre les lieux en l'état dans un délai de six mois, et précise que, faute d'exécution, la commune pourra procéder d'office aux travaux de démolition aux frais du propriétaire.
M. X fait appel. La cour d'appel de Chambéry confirme l'ordonnance. Il se pourvoit alors en cassation, arguant que le juge des référés ne peut pas, selon lui, autoriser la commune à agir d'office à ses frais. La Cour de cassation rejette son pourvoi et valide la décision.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur deux textes essentiels. D'abord, l'article 835 du code de procédure civile, qui permet au juge des référés d'ordonner toutes mesures nécessaires pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Ensuite, l'article L. 480-14 du code de l'urbanisme, qui prévoit que la commune peut demander au juge civil (pas seulement pénal) d'ordonner la démolition d'une construction réalisée sans autorisation. La Cour ajoute que le juge des référés peut assortir cette injonction d'une clause autorisant la commune à exécuter les travaux d'office aux frais du propriétaire, sans que cela excède ses pouvoirs.
undefined la Cour de cassation considère que l'intérêt général attaché au respect des règles d'urbanisme justifie une action rapide. Le juge des référés, compétent pour les affaires urgentes, peut donc ordonner la remise en état et prévoir une exécution forcée si le propriétaire ne se plie pas à l'injonction.
undefined, c'est que cette décision confirme une jurisprudence déjà bien établie. La Cour de cassation avait déjà admis, dans un arrêt du 13 janvier 2021 (n° 19-22.504), que le juge des référés pouvait ordonner la démolition d'une construction illicite. Mais ici, elle va plus loin en précisant que la commune peut être autorisée à agir d'office. C'est une évolution importante pour les collectivités locales.
Les arguments de M. X ? Il soutenait que seul le juge pénal pouvait ordonner une telle mesure, et que le référé ne permettait pas d'anticiper un débat au fond. La Cour rejette cette thèse : le trouble manifestement illicite est évident (violation du PLU), donc le juge des référés peut intervenir sans attendre.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire (bailleur ou occupant) et que vous projetez des travaux, vérifiez d'abord le PLU de votre commune. Une simple extension sans permis peut vous coûter cher. Prenons un exemple : à Cognin, un propriétaire construit une véranda de 20 m² sans déclaration préalable. La mairie constate le dépassement d'emprise au sol. Le juge des référés ordonne la démolition. Le propriétaire ne fait rien. La commune fait appel à une entreprise pour démolir, et lui envoie la facture : 15 000 € de travaux, plus 3 000 € de frais d'avocat. Le tout en moins d'un an.
Autre conséquence : si vous êtes acquéreur d'un bien, vérifiez que les constructions existantes sont conformes au PLU. Une non-conformité peut vous être opposée, et vous pourriez être contraint de démolir à vos frais, même si vous n'êtes pas à l'origine des travaux.
Si vous êtes locataire, sachez que la procédure vise le propriétaire, mais vous pouvez être délogé si le bien doit être démoli. En pratique, le juge peut imposer un relogement à la charge du propriétaire.
Enfin, pour les copropriétaires, attention aux travaux privatifs qui affectent les parties communes ou l'aspect extérieur : ils peuvent aussi être sanctionnés par le référé.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Consultez le PLU avant tout projet. Rendez-vous en mairie ou sur le site internet de votre commune. Vérifiez les règles de hauteur, d'emprise, de destination. À Aix-les-Bains, le PLU est particulièrement strict en zone proche du lac.
- Déposez les autorisations nécessaires. Permis de construire, déclaration préalable : ne les négligez pas. Même pour une petite extension, une déclaration est souvent obligatoire.
- En cas de doute, sollicitez un avis juridique. Maître Zakine peut vous conseiller avant le début des travaux. Une consultation de 30 minutes (45 €) peut vous éviter des frais de démolition de plusieurs milliers d'euros.
- Si vous recevez une mise en demeure, ne l'ignorez pas. Répondez, sollicitez un délai, ou mieux, régularisez votre situation si possible. L'inaction peut conduire à une procédure en référé et à des frais supplémentaires.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une tendance plus large des tribunaux à renforcer l'efficacité des actions des communes en matière d'urbanisme. Déjà, dans un arrêt du 10 septembre 2020 (n° 19-16.567), la Cour de cassation avait admis que le juge des référés pouvait ordonner la démolition d'une construction édifiée sans permis, sur le fondement de l'article 835. L'arrêt de 2025 va plus loin en précisant la possibilité d'autoriser l'exécution d'office.
En revanche, certaines cours d'appel avaient pu être plus restrictives, estimant que la démolition relevait du seul juge du fond. La Cour de cassation met un terme à ces divergences. Désormais, la voie du référé est clairement ouverte.
Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les communes utilisent davantage cette procédure, rapide et effective. Les propriétaires devront donc redoubler de vigilance.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ pratique :
1. Le juge des référés peut-il vraiment ordonner une démolition ? Oui, si la construction viole le PLU et constitue un trouble manifestement illicite.
2. Puis-je contester l'ordonnance ? Oui, en appel dans les 15 jours. Mais si le trouble est évident, vos chances de succès sont limitées.
3. Quels sont les délais ? Comptez 3 à 6 mois pour obtenir une ordonnance de référé, puis un délai de 6 mois pour démolir. Passé ce délai, la commune peut agir.
4. Combien ça coûte ? Les frais de démolition sont à votre charge, ainsi que les frais d'avocat de la commune. Comptez au minimum 10 000 € pour une petite construction.
5. Puis-je régulariser après coup ? Parfois, si le PLU le permet (ex : modification du règlement). Mais c'est rare. Mieux vaut prévenir.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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