Décision de référence : cc • N° 03-13.138 • 2005-01-20 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : à Pont-Saint-Esprit, un artisan loue un local commercial depuis des années. Un différend surgit avec son propriétaire, et ce dernier obtient une décision de justice ordonnant l'expulsion. Le locataire, pensant être protégé par un délai de deux mois pour quitter les lieux, ne déménage pas. Mais le propriétaire fait appel à un commissaire de justice (anciennement huissier) qui procède à l'expulsion sans attendre. Le locataire conteste la procédure. Qui a raison ?
Cette question, beaucoup de propriétaires et de locataires de locaux commerciaux se la posent. La réponse se trouve dans un arrêt de la Cour de cassation du 20 janvier 2005 (n° 03-13.138), qui a tranché un point essentiel : l'article 197 du décret du 31 juillet 1992, qui impose un délai de deux mois avant toute expulsion, ne s'applique qu'aux habitations principales. Pas aux locaux commerciaux, sauf s'ils comprennent un logement accessoire.
undefined, si vous louez un local commercial sans habitation attenante (par exemple un atelier, un bureau, un magasin), les règles protectrices du logement principal ne jouent pas. L'expulsion peut être plus rapide. Mais attention : d'autres protections existent. Décryptage.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X est propriétaire d'un local commercial à Pont-Saint-Esprit, qu'il loue à M. Y depuis plusieurs années. Le local est purement professionnel : une boutique sans logement attenant. Un désaccord locatif survient (impayés de loyer ou manquement contractuel), et le propriétaire engage une procédure judiciaire pour obtenir la résiliation du bail (annulation du contrat) et l'expulsion du locataire.
En juillet 2002, le tribunal de commerce de Nîmes donne raison au propriétaire et ordonne l'expulsion. Le locataire fait appel, mais la cour d'appel de Nîmes confirme la décision en mars 2003. Le propriétaire délivre alors au locataire un commandement de quitter les lieux (mise en demeure officielle) et, le locataire ne partant pas, fait procéder à l'expulsion par un commissaire de justice. Le locataire, estimant que la procédure est irrégulière faute de respect du délai de deux mois prévu par l'article 197 du décret du 31 juillet 1992, saisit le juge de l'exécution (JEX) pour faire annuler les procès-verbaux d'expulsion. Le JEX rejette sa demande, et la cour d'appel de Nîmes confirme ce rejet.
Le locataire se pourvoit alors en cassation. Il soutient que l'article 197 impose un délai de deux mois à compter du commandement d'avoir à libérer les locaux, et que ce délai n'a pas été respecté. Mais la Cour de cassation va rejeter son pourvoi, en précisant la portée de cet article. L'affaire, jugée en 2005, est devenue une référence pour tous les litiges portant sur l'expulsion de locaux commerciaux sans logement accessoire.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt, analyse l'article 197 du décret n° 92-755 du 31 juillet 1992. Cet article dispose : « Avant de procéder à l'expulsion, le commissaire de justice est tenu de faire constater par un procès-verbal d'huissier la date à laquelle le commandement d'avoir à libérer les locaux a été signifié. Il ne peut procéder à l'expulsion qu'à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de cette date. » Ce texte vise à protéger les occupants d'un logement en leur laissant un délai pour trouver une solution de relogement.
Mais la question est : ce délai s'applique-t-il à tous les locaux, y compris commerciaux ? La Cour répond par la négative. Elle précise que l'article 197 « ne s'applique qu'en cas d'expulsion d'une personne de son habitation principale ». En l'espèce, le local loué par M. Y est un local commercial, « ne comprenant aucun local d'habitation accessoire ». Par conséquent, le délai de deux mois n'est pas applicable. Le propriétaire pouvait donc procéder à l'expulsion dès la signification du commandement de quitter les lieux.
Ce faisant, la Cour de cassation confirme une interprétation restrictive de la protection des occupants. L'objectif du législateur était de protéger le logement familial, pas les locaux professionnels. Attention toutefois : si le local commercial comprend un logement accessoire (par exemple un appartement au-dessus du magasin), l'occupant pourrait bénéficier du délai de deux mois, car il est alors considéré comme résidant dans les lieux. Mais dans notre cas, il n'en était rien.
Ce raisonnement s'inscrit dans une jurisprudence constante. La Cour de cassation a déjà jugé, par exemple, que l'obligation de relogement prévue par la loi du 9 juillet 1991 (loi relative à la lutte contre les exclusions) ne s'applique pas aux locaux commerciaux. Ici, l'arrêt du 20 janvier 2005 confirme cette tendance : les protections liées à l'habitation principale sont réservées aux seuls logements, pas aux locaux professionnels.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire d'un local commercial pur (sans logement), cet arrêt est une bonne nouvelle. Vous pouvez engager une procédure d'expulsion sans attendre le délai de deux mois après le commandement de quitter les lieux. Concrètement, si votre locataire ne paie plus son loyer depuis plusieurs mois, vous pouvez obtenir une décision de justice, puis, dès la signification du commandement, demander au commissaire de justice de procéder à l'expulsion. Attention : le commandement doit être signifié au moins un jour avant (pas de délai spécifique, mais un délai raisonnable). undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à Nîmes ou au Vigan ont gagné plusieurs semaines grâce à cette jurisprudence. Par exemple, un propriétaire à Le Vigan a pu récupérer son local en 15 jours après la décision de justice, au lieu de 2 mois et demi.
Si vous êtes locataire d'un local commercial, cet arrêt vous rappelle que vous ne bénéficiez pas de la même protection que pour un logement. Vous devez donc être particulièrement vigilant : dès qu'un commandement de quitter les lieux vous est signifié, vous devez libérer les lieux rapidement, sous peine d'expulsion immédiate. Mais vous avez d'autres recours : vous pouvez contester le bien-fondé de l'expulsion devant le juge de l'exécution (JEX) si le propriétaire n'a pas respecté d'autres règles (par exemple, absence de titre exécutoire valable).
Pour les acquéreurs de locaux commerciaux, sachez que l'expulsion d'un locataire peut être plus rapide que pour un logement. Cela peut être un avantage si vous souhaitez occuper les lieux rapidement. Mais vérifiez bien la nature du local : s'il y a un logement accessoire, les règles changent.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la nature du local dès la signature du bail : Si vous êtes propriétaire, précisez dans le contrat si le local est à usage strictement commercial ou s'il comporte un logement accessoire. Cela évitera toute confusion ultérieure. Si vous êtes locataire, sachez si vous êtes protégé ou non.
- En cas d'impayés, agissez vite : Pour un local commercial, n'attendez pas. Faites délivrer un commandement de payer (mise en demeure) dès le premier impayé, puis engagez la procédure judiciaire. Plus vous attendez, plus la dette s'accumule.
- Faites appel à un commissaire de justice dès la décision d'expulsion : Contrairement à un logement principal, vous n'avez pas à attendre deux mois. Dès que le jugement est exécutoire (définitif ou assorti de l'exécution provisoire), vous pouvez faire procéder à l'expulsion.
- Si vous êtes locataire, négociez un départ amiable : Pour éviter une expulsion forcée qui pourrait nuire à votre réputation professionnelle, proposez un départ négocié avec un délai convenu. Cela vous laisse le temps de trouver un nouveau local sans subir une expulsion immédiate.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cet arrêt de 2005 a été confirmé par plusieurs décisions ultérieures. Par exemple, la Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 14 novembre 2007 (n° 06-19.876), que l'article 197 du décret de 1992 ne s'applique pas non plus à l'expulsion d'un occupant sans droit ni titre d'un local commercial. Autre exemple : dans un arrêt du 3 avril 2013 (n° 12-17.052), la Cour a précisé que même si le local commercial est utilisé comme habitation de fait, sans autorisation, le délai de deux mois ne s'applique pas, car l'occupation est illicite.
Cette jurisprudence est constante : la protection de l'habitation principale est strictement interprétée. Les tribunaux de Nîmes, Montpellier et Toulouse suivent cette ligne. Pour les professionnels de l'immobilier, il est essentiel de distinguer les baux commerciaux des baux d'habitation. Les évolutions législatives récentes (loi ALUR, loi ELAN) n'ont pas modifié ce point : l'article 197 reste cantonnée à l'habitation principale.
Ce qu'il faut retenir : si vous êtes propriétaire d'un local commercial, vous pouvez expulser rapidement. Si vous êtes locataire, vous ne pouvez pas invoquer le délai de deux mois pour rester. Mais d'autres protections existent : par exemple, si le local est votre unique domicile (même sans contrat d'habitation), vous pourriez invoquer la protection de la loi du 9 juillet 1991. Mais c'est une situation exceptionnelle.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
1. Le délai de deux mois s'applique-t-il à mon local commercial si j'y habite de fait ?
Non, sauf si le bail prévoit un logement accessoire. Si vous occupez les lieux sans droit, l'expulsion peut être immédiate.
2. Puis-je contester une expulsion si le propriétaire n'a pas respecté le délai de deux mois ?
Uniquement si le local est votre habitation principale. Sinon, le délai n'est pas applicable.
3. Quels sont mes recours si je suis locataire d'un local commercial menacé d'expulsion ?
Vous pouvez contester le titre exécutoire (jugement) ou invoquer des vices de procédure (commandement irrégulier). Consultez un avocat rapidement.
4. Le propriétaire doit-il me proposer un relogement ?
Non, pour un local commercial. L'obligation de relogement ne concerne que les habitations principales.
5. Que faire si mon local commercial est aussi mon habitation ?
Si le bail est un bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial, vous ne bénéficiez pas de la protection. Envisagez de requalifier le bail en bail d'habitation si possible, ou négociez un départ amiable.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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