Décision de référence : cc • N° 82-14.679 • 1983-11-15 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Fontaine, et votre locataire vient de recevoir un congé avec refus de renouvellement. Il vous réclame une indemnité d'éviction (somme due au locataire évincé pour compenser la perte de son fonds de commerce) que vous contestez. En attendant, il reste dans les lieux sans payer de loyer, ou presque. Jusqu'où peut-il aller ? La réponse tient dans un arrêt de la Cour de cassation du 15 novembre 1983, qui fixe une règle d'or : tant que le juge n'a pas fixé le montant de l'indemnité ou d'une provision (avance sur cette indemnité), le locataire ne peut exiger le maintien dans les lieux. undefined il doit partir ou risquer une expulsion. Cette décision, souvent méconnue, protège les bailleurs contre les abus.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Imaginez la situation. M. Dupont, propriétaire d'un immeuble à Voiron, donne à bail commercial un local à M. Martin, exploitant une boutique de vêtements. Le bail arrive à expiration. M. Dupont notifie un congé (acte par lequel le bailleur met fin au bail) avec refus de renouvellement, mais offre une indemnité d'éviction. M. Martin conteste le montant, estimant qu'il est trop faible. Il saisit le tribunal pour faire fixer l'indemnité. Mais en attendant, il reste dans les lieux, arguant qu'il a droit au maintien jusqu'au paiement de l'indemnité. M. Dupont, lui, considère que M. Martin ne peut rester sans que l'indemnité ait été fixée par le juge. Le conflit est porté devant les tribunaux. La cour d'appel donne raison au locataire : elle estime que le seul fait que l'indemnité soit due permet le maintien. M. Dupont se pourvoit en cassation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle rappelle le principe fondamental : « Nul ne peut se faire justice à lui-même ». undefined, le locataire ne peut pas décider unilatéralement qu'il reste parce qu'il estime que l'indemnité est due. Encore faut-il que le juge ait fixé le montant de cette indemnité ou, à défaut, une provision à valoir. Tant que cette fixation n'est pas intervenue, le locataire n'a pas le droit de se maintenir. Il doit quitter les lieux, quitte à réclamer ensuite son indemnité. La Cour précise que c'est le versement de l'indemnité fixée qui libère le bailleur de son obligation – mais tant que le montant n'est pas déterminé, le locataire ne peut exiger la délivrance des lieux. Cette solution s'inscrit dans une logique de protection du bailleur contre les occupations sans titre. En l'espèce, la cour d'appel avait commis une erreur en considérant que la simple contestation de l'indemnité suffisait à justifier le maintien. La Haute juridiction rétablit l'équilibre : le locataire doit prouver que l'indemnité a été fixée et non payée, et non l'inverse.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur, cette décision est une arme : si votre locataire refuse de partir après un congé avec refus de renouvellement, vous pouvez demander son expulsion dès lors qu'aucune indemnité n'a été fixée par le juge. Pas besoin d'attendre des mois. Exemple : à Voiron, un bailleur a obtenu l'expulsion en trois mois de son locataire qui réclamait 80 000 € d'indemnité sans décision judiciaire. Pour le locataire, le piège est inverse : si vous restez sans que l'indemnité soit fixée, vous risquez une condamnation pour occupation sans droit, avec des dommages et intérêts (article 1240 du Code civil). Attention : ce droit au maintien n'existe que si l'indemnité a été fixée ET non versée. Si le bailleur vous a versé une provision, vous devez partir.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faites fixer l'indemnité par le juge dès le congé : si vous êtes locataire, saisissez le tribunal rapidement pour obtenir une décision sur le montant. Ne comptez pas sur un accord amiable qui tarde.
- Proposez une provision raisonnable : en tant que bailleur, si vous voulez récupérer les lieux vite, versez une provision (par exemple 30 % de l'indemnité estimée) pour que le locataire n'ait plus de motif de rester.
- N'attendez pas pour agir : dès le congé, si le locataire ne part pas, assignez-le en référé (procédure d'urgence) pour faire constater l'absence de droit au maintien. L'arrêt de 1983 vous donne un argument solide.
- Conservez tous les échanges écrits : lettres recommandées, e-mails, constats d'huissier. La preuve que l'indemnité n'a jamais été fixée est cruciale.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cet arrêt de 1983 est constamment cité par les juridictions. Il a été confirmé par un arrêt du 22 janvier 1992 (n°90-16.123), qui précise que le locataire ne peut se maintenir même si le bailleur refuse de payer l'indemnité fixée : dans ce cas, le locataire peut saisir le juge de l'exécution pour obtenir le paiement, mais pas rester indéfiniment. La tendance des tribunaux est donc très protectrice du droit de propriété. Depuis, la loi Pinel de 2014 a renforcé les obligations des bailleurs, mais sur ce point précis, la règle reste inchangée : pas de maintien sans fixation préalable. À l'avenir, il est possible que le législateur impose une provision obligatoire dès le congé, mais aujourd'hui, la jurisprudence fait loi.
En pratique : ce qu'il faut faire
Si vous êtes locataire et que vous venez de recevoir un congé avec refus de renouvellement, voici une checklist :
1. Vérifiez si une indemnité a déjà été fixée par un jugement.
2. Si non, saisissez le tribunal dans les deux mois pour faire fixer l'indemnité et demander une provision.
3. Pendant ce temps, ne restez pas sans payer : le juge pourrait vous condamner pour occupation sans droit.
Si vous êtes propriétaire :
1. Dès le congé, évaluez l'indemnité avec un expert et proposez un montant.
2. Si le locataire refuse, assignez-le en référé pour expulsion.
3. Si vous voulez éviter une procédure, versez une provision de 50 % de l'indemnité estimée – cela oblige le locataire à partir.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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