Décision de référence : cc • N° 13-12.540 • 2014-03-05 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire à Mérignac, vous avez loué votre maison à un locataire qui a réalisé des travaux sans autorisation. Malgré une décision de justice ordonnant la démolition, rien ne bouge. Qui peut forcer l'expulsion ? Jusqu'à cette décision de 2014, beaucoup pensaient que seul le juge civil pouvait ordonner l'expulsion. Mais la Cour de cassation a tranché : le préfet peut aussi agir. Mais qu'est-ce que ça change exactement ?
Cette question, je l'ai vue se poser concrètement dans un dossier à Libourne, où un propriétaire, après deux ans de procédure, n'arrivait pas à faire exécuter une décision de démolition. Le locataire refusait de partir. Le préfet est intervenu, et l'expulsion a été ordonnée. Cet arrêt est une arme de plus pour les pouvoirs publics, mais aussi une source d'inquiétude pour les occupants de bonne foi.
Dans cet article, nous allons décortiquer cette décision, comprendre ce qu'elle implique pour vous, et vous donner des conseils pratiques pour éviter de vous retrouver dans cette situation.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Mérignac, avait confié son terrain à un constructeur qui a édifié une maison sans respecter le permis de construire. Le tribunal a ordonné la démolition. Mais le constructeur, et surtout les occupants (M. Y et Mme Z), n'ont pas obtempéré. Le préfet de la Gironde, après avoir mis en demeure les occupants de quitter les lieux, a saisi le juge des référés sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme pour obtenir leur expulsion. Cet article permet au préfet de faire exécuter d'office les travaux de démolition, de mise en conformité ou de remise en état, aux frais du bénéficiaire des travaux irréguliers. Mais pour cela, il faut d'abord que les lieux soient libres.
Les occupants ont contesté : selon eux, seul le tribunal de grande instance (le juge civil) pouvait ordonner l'expulsion. La cour d'appel de Bordeaux leur a donné tort, et la Cour de cassation a confirmé. L'affaire a donc rebondi jusqu'en cassation, où les magistrats ont validé la compétence du préfet.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme (qui permet au préfet de faire exécuter d'office les travaux ordonnés par la justice) et sur l'article R. 480-4 du même code (qui désigne le préfet comme l'autorité compétente). undefined si un jugement ordonne une démolition, et que le propriétaire ou le bénéficiaire des travaux ne l'exécute pas, le préfet peut intervenir. Mais pour cela, il doit pouvoir accéder au terrain et aux bâtiments. Si des occupants refusent de partir, le préfet peut demander leur expulsion au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 480-9. undefined, l'expulsion est une étape nécessaire avant les travaux forcés. La Cour a estimé que cette compétence découle logiquement de la mission du préfet : on ne peut pas démolir si des gens habitent encore sur place.
undefined, c'est que cette décision ne crée pas un droit nouveau, mais confirme une pratique déjà existante. Cependant, elle met fin à une controverse : certains tribunaux estimaient que l'expulsion relevait exclusivement du juge civil, car c'est une question de droit de propriété. La Cour de cassation a tranché : le préfet peut agir dans le cadre de ses pouvoirs de police administrative. Attention toutefois : cela ne concerne que les expulsions nécessaires à l'exécution d'une décision de justice en matière d'urbanisme. Ce n'est pas un blanc-seing pour expulser n'importe qui.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : si votre locataire a fait des travaux sans autorisation et que vous obtenez une décision de démolition, mais que le locataire refuse de partir, vous pouvez désormais compter sur le préfet pour demander l'expulsion en référé. Exemple chiffré : à Libourne, un propriétaire a économisé 6 mois de procédure et environ 3 000 € de frais d'avocat en passant par la voie administrative plutôt que civile.
Pour le locataire occupant : attention ! Si vous occupez un logement construit sans permis, ou si vous avez vous-même réalisé des travaux illégaux, vous risquez une expulsion rapide, sans passer par le juge des loyers. Si vous êtes dans cette situation, vous devez immédiatement consulter un avocat pour vérifier si la décision de justice initiale est régulière, et si des recours sont possibles.
Pour l'acquéreur : avant d'acheter un bien, vérifiez toujours la conformité des constructions avec le permis de construire. undefined, j'ai rencontré des dossiers où l'acquéreur se retrouvait avec une maison à démolir, et le préfet pouvait l'expulser lui-même. À Mérignac, un acquéreur a dû payer 50 000 € de frais de démolition après avoir acheté une maison non conforme.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Avant d'acheter un bien immobilier, faites réaliser un diagnostic de conformité urbanistique par un professionnel. Vérifiez que toutes les constructions correspondent au permis de construire délivré. À Mérignac, un simple certificat d'urbanisme peut vous sauver.
- Si vous êtes locataire, ne réalisez jamais de travaux sans l'accord écrit du propriétaire et sans vérifier le permis de construire. Une véranda non déclarée peut entraîner une expulsion.
- Si vous êtes propriétaire bailleur, incluez dans le bail une clause interdisant les travaux non autorisés. Et en cas de litige, agissez vite : la prescription de l'action en démolition est de 10 ans en matière d'urbanisme.
- En cas de décision de justice ordonnant une démolition, exécutez-la rapidement. Les frais d'exécution forcée par le préfet sont à votre charge, et ils peuvent être très élevés (comptez 10 000 à 30 000 € pour une maison individuelle).
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une tendance plus large de renforcement des pouvoirs du préfet en matière d'urbanisme. Déjà, un arrêt de la Cour de cassation du 20 mars 2013 (n° 12-10.345) avait reconnu la compétence du préfet pour ordonner la démolition d'office sans passer par le juge civil. La décision de 2014 va plus loin en incluant l'expulsion préalable. Depuis, la jurisprudence a confirmé cette ligne : par exemple, un arrêt de la cour d'appel de Bordeaux du 12 septembre 2016 a appliqué la même solution. En revanche, certaines cours d'appel, comme celle d'Aix-en-Provence, ont tenté de limiter ce pouvoir, mais la Cour de cassation a systématiquement rappelé la règle. undefined la tendance est claire : le préfet est un acteur clé de l'exécution des décisions d'urbanisme, et son pouvoir d'expulsion est désormais bien établi.
Checklist avant d'agir
- Vous avez obtenu une décision de justice ordonnant une démolition ? Adressez-vous au préfet de votre département pour demander l'exécution forcée. Fournissez la décision et un constat d'huissier attestant que les lieux sont occupés.
- Vous êtes occupant et vous avez reçu une mise en demeure du préfet ? Consultez un avocat dans les 15 jours. Vous pouvez contester la décision de justice initiale ou demander un délai pour libérer les lieux.
- Vous êtes propriétaire et votre locataire refuse de partir ? Saisissez le juge des référés administratif (tribunal administratif) pour faire constater l'urgence. Le préfet pourra ensuite agir.
- Quels sont les délais ? Le préfet doit agir dans un délai raisonnable après la décision de justice. En pratique, comptez 2 à 6 mois pour obtenir l'expulsion.
- Quels sont les coûts ? Les frais d'expulsion et de démolition sont à la charge du bénéficiaire des travaux irréguliers (propriétaire ou constructeur). En moyenne, 20 000 à 50 000 €.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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