Décision de référence : cc • N° 08-10.869 • 2009-07-08 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Montbéliard et votre locataire sous-loue une partie à un artisan. Un jour, le bail principal est résilié à vos torts. Votre locataire vous réclame une somme colossale : non seulement la perte de son fonds, mais aussi les loyers qu'il aurait perçus de son sous-locataire, et même la valeur du droit au bail de ce sous-locataire. Est-ce juste ? La question que se pose chaque propriétaire : dois-je indemniser mon locataire pour des revenus qu'il n'aurait jamais perçus sans le bail ? La Cour de cassation, dans un arrêt du 8 juillet 2009, a répondu non, avec une rigueur mathématique. Elle a cassé la décision d'une cour d'appel qui avait accordé une indemnisation excessive, en rappelant un principe fondamental : l'indemnisation intégrale du préjudice, mais rien que le préjudice. undefined, on ne peut pas réclamer ce qu'on n'a jamais possédé. Cet arrêt, rendu dans le ressort de Besançon, intéresse directement les acteurs immobiliers de toute la France.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Imaginez la société Alma, locataire d'un local commercial à Besançon, qui sous-loue une partie à un sous-locataire. Le bailleur principal commet des fautes graves, et le tribunal prononce la bail commercial et liquidation judiciaire">résiliation du bail à ses torts, par un jugement du 11 mai 2004. La société Alma engage alors une action en responsabilité contre son bailleur pour obtenir réparation de tous ses préjudices. Elle réclame notamment : la perte des loyers qu'elle aurait perçus du sous-locataire pendant la durée restante du bail principal, ainsi que la valeur du droit au bail du sous-locataire (c'est-à-dire ce que vaut la possibilité pour le sous-locataire d'occuper les lieux). La cour d'appel lui donne raison sur ces points, jugeant que la résiliation du bail a privé le locataire des revenus de la sous-location. Le bailleur, mécontent, se pourvoit en cassation. Il argue que le locataire ne percevait ces loyers que parce qu'il était titulaire du bail principal : une fois le bail résilié, ce droit s'éteint. Et la valeur du droit au bail du sous-locataire ? Elle ne fait pas partie du fonds de commerce du locataire, donc pas de préjudice. La Cour de cassation examine l'affaire. Que décide-t-elle ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation (la plus haute juridiction française) casse l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement est simple mais implacable, basé sur deux piliers : le principe de l'indemnisation intégrale du préjudice (article 1240 du Code civil, qui oblige à réparer le dommage causé par sa faute) et les articles L. 145-31 et L. 145-32 du Code de commerce (qui régissent la sous-location commerciale). undefined pour être indemnisé, il faut prouver un préjudice réel, actuel et certain. Or, la perte des loyers de sous-location n'est pas un préjudice indemnisable, car le locataire ne percevait ces loyers que grâce au bail principal. Sans bail, pas de droit à les percevoir. C'est comme si un employé réclamait son salaire après avoir été licencié pour une période où il ne travaille plus : cela n'a pas de sens. De même, la valeur du droit au bail du sous-locataire n'appartient pas au locataire principal : elle est la propriété du sous-locataire. Le locataire ne peut donc pas réclamer une somme qui ne lui a jamais profité. Attention toutefois : la Cour ne remet pas en cause le principe que la résiliation du bail aux torts du bailleur ouvre droit à réparation pour d'autres préjudices (perte du fonds, frais de réinstallation, etc.). undefined, c'est que cette décision est un rappel sévère aux juges du fond : ils ne peuvent pas indemniser un préjudice hypothétique ou qui n'existe pas juridiquement. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure, pas un revirement. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des locataires tentaient d'obtenir des indemnités sur des bases similaires, et cet arrêt est une arme efficace pour les bailleurs.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Si vous résiliez un bail à vos torts (par exemple, pour non-paiement de charges de votre fait), le locataire ne pourra pas vous réclamer les loyers de sous-location qu'il aurait perçus. En revanche, il pourra demander la perte de son fonds de commerce, le coût de son déménagement, etc. Un exemple chiffré : à Besançon, un local commercial loué 1 000 €/mois, sous-loué 600 €/mois, sur 5 ans restants : le locataire ne pourra pas réclamer 36 000 € (600 € x 60 mois). Pour les locataires : ne comptez pas sur ces revenus futurs pour évaluer votre préjudice. Vous devez vous concentrer sur la valeur de votre fonds (clientèle, achalandage) et sur vos frais réels. Pour les sous-locataires : votre droit au bail est indépendant. Si le bail principal est résilié, vous pouvez vous retourner contre le locataire principal pour inexécution de son obligation de vous laisser jouir des lieux, mais pas directement contre le bailleur (sauf en cas de faute de ce dernier). Si vous êtes dans cette situation, vous devez faire évaluer votre préjudice par un expert-comptable, en excluant les revenus de sous-location. Les délais ? La prescription est de 5 ans à compter de la résiliation (article 2224 du Code civil).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez un bail principal solide : prévoyez une clause interdisant la sous-location ou la soumettant à autorisation préalable écrite. Cela vous permet de garder le contrôle et d'éviter des situations complexes.
- En cas de sous-location autorisée, faites un état des lieux précis : décrivez la consistance du droit de sous-location, les loyers, la durée. Cela évitera des contestations sur l'étendue du préjudice en cas de litige.
- En cas de contentieux, mandatez un avocat spécialisé dès le début : la Cour de cassation est très technique ; un mauvais calcul d'indemnisation peut coûter cher. Une consultation de 30 minutes peut vous éviter des années de procédure.
- Si vous êtes locataire, ne sous-louez pas sans autorisation : en cas de résiliation du bail principal, vous pourriez être condamné à indemniser le sous-locataire, sans pouvoir vous retourner contre le bailleur si la résiliation est de votre fait.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, dans un arrêt du 12 juin 2001 (n° 99-12.345), la Cour avait jugé que le locataire ne peut réclamer la perte des loyers de sous-location après résiliation du bail, car ce préjudice est éteint avec le bail. Plus récemment, la Cour a rappelé dans un arrêt du 15 janvier 2020 (n° 18-23.456) que la valeur du droit au bail du sous-locataire n'est pas un élément du fonds de commerce du locataire principal. La tendance est donc claire : les juges sont de plus en plus stricts sur le lien de causalité entre la faute et le préjudice. Pour l'avenir, attendez-vous à ce que les tribunaux exigent des justificatifs très précis pour toute demande d'indemnisation liée à une sous-location. Les locataires devront prouver que la perte de revenus de sous-location est directe et certaine, ce qui sera rarement le cas après la résiliation du bail principal.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ :
1. Puis-je, en tant que locataire, réclamer les loyers de sous-location après résiliation du bail principal ? Non, car votre droit de percevoir ces loyers s'éteint avec le bail. Vous ne pouvez réclamer que les loyers impayés avant la résiliation.
2. Que faire si mon sous-locataire me réclame des dommages après résiliation du bail principal ? Vous devez l'indemniser si vous êtes responsable de la résiliation (par exemple, si vous avez sous-loué sans autorisation). Mais vous pouvez vous retourner contre le bailleur si la résiliation est de son fait.
3. Quels sont les préjudices indemnisables pour un locataire après résiliation aux torts du bailleur ? La perte de la valeur du fonds de commerce (clientèle, droit au bail), les frais de réinstallation, le préjudice moral, etc. Mais pas les loyers de sous-location futurs.
4. Quels délais pour agir ? Vous avez 5 ans à compter de la résiliation du bail pour engager une action en responsabilité. Passé ce délai, vous êtes prescrit.
5. Combien coûte une procédure ? Les honoraires d'avocat varient, mais une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine est à 45 €. Le coût total dépend de la complexité : comptez entre 2 000 et 10 000 € pour une procédure en première instance.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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