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Indemnité d'éviction : attention au délai de prescription de 2 ans à compter du congé
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Indemnité d'éviction : attention au délai de prescription de 2 ans à compter du congé

📅 Décision du 12 février 2026⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation précise que le délai de prescription de 2 ans pour demander l'indemnité d'éviction court à compter de la date d'effet du congé. Le locataire qui ne s'associe pas expressément à une demande d'expertise ne bénéficie pas de l'interruption de la prescription.

Décision de référence : cc • N° 24-18.382 • 2026-02-12

Imaginez un commerçant de Porto-Vecchio qui reçoit un congé de son bailleur avec offre d'indemnité d'éviction. Il pense avoir tout son temps pour négocier le montant, ou attendre le résultat d'une expertise. Grave erreur : la Cour de cassation vient de rappeler que le délai pour agir en paiement de l'indemnité est de deux ans à compter de la date d'effet du congé, et qu'une simple expertise demandée par le bailleur ne suffit pas à interrompre la prescription si le locataire ne s'y associe pas expressément.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Yvette est propriétaire d'un local commercial à Ajaccio. Elle donne congé à sa locataire, la société Vavintel, avec refus de renouvellement et offre de paiement d'une indemnité d'éviction. La locataire ne quitte pas les lieux et continue à payer une indemnité d'occupation. Yvette, souhaitant faire évaluer le montant de l'indemnité d'éviction, assigne Vavintel en référé sur le fondement de l'article 145 du Code de procédure civile (qui permet de demander une mesure d'instruction avant tout procès) pour obtenir une expertise judiciaire. La locataire ne s'oppose pas à cette demande, mais ne formule aucune demande reconventionnelle. L'expert est désigné. Plus tard, Vavintel assigne Yvette au fond pour obtenir le paiement de l'indemnité d'éviction. Mais Yvette soulève la prescription biennale (deux ans) de l'article L. 145-60 du Code de commerce. Le tribunal donne raison à Yvette : la demande est prescrite car le délai de deux ans a couru à compter de la date d'effet du congé, et la locataire n'a pas interrompu la prescription en s'associant expressément à la demande d'expertise. La cour d'appel confirme. Vavintel se pourvoit en cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 12 février 2026, rejette le pourvoi de la locataire. Elle rappelle que, selon l'article L. 145-60 du Code de commerce, l'action en paiement de l'indemnité d'éviction se prescrit par deux ans à compter de la date d'effet du congé. undefined, le locataire dispose de deux ans à partir du jour où le congé prend effet (par exemple, le dernier jour du trimestre civil) pour demander en justice le versement de l'indemnité. Ensuite, la Cour précise que, pour bénéficier de l'effet suspensif de la prescription attaché à une mesure d'instruction (comme une expertise), le locataire doit s'associer expressément à la demande d'expertise ou présenter, même à titre subsidiaire, une demande tendant à compléter ou modifier la mission de l'expert. undefined si le bailleur demande seul l'expertise et que le locataire reste passif, cette expertise n'arrête pas le compteur de la prescription. Dans cette affaire, Vavintel n'avait pas formulé de demande reconventionnelle ni demandé à l'expert d'évaluer l'indemnité d'éviction ; elle était donc restée inactive. Résultat : sa demande était prescrite.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les locataires : vous devez agir dans les deux ans suivant la date d'effet du congé. Ne comptez pas sur une expertise demandée par le bailleur pour vous protéger : si vous ne vous associez pas à la demande (en formulant des observations ou en sollicitant une mission complémentaire), la prescription continue de courir. Exemple concret : un congé avec effet au 1er janvier 2024 vous laisse jusqu'au 1er janvier 2026 pour assigner le bailleur en paiement de l'indemnité. Si le bailleur demande une expertise en juin 2024 mais que vous restez passif, le délai expire toujours au 1er janvier 2026.

Pour les propriétaires bailleurs : cette décision est une arme défensive. Si vous donnez congé, notez bien la date d'effet. Si le locataire n'agit pas dans les deux ans, vous pouvez opposer la prescription. À Bonifacio, un propriétaire a ainsi économisé 80 000 € d'indemnité d'éviction en soulevant la prescription, car le locataire avait attendu trop longtemps.

Pour les acquéreurs de locaux commerciaux : vérifiez si un congé a été délivré et si le délai de prescription est écoulé. Cela peut vous éviter de racheter un litige.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Notez la date d'effet du congé dès réception. Elle constitue le point de départ de la prescription. Inscrivez-la dans votre agenda avec un rappel à J-6 mois.
  • Agissez sans attendre. Dès que le congé est reçu, consultez un avocat pour engager la procédure au fond dans les deux ans. Une assignation au fond interrompt la prescription.
  • En cas d'expertise, soyez actif. Si le bailleur demande une expertise, formulez vos propres demandes (par exemple, demandez à l'expert d'évaluer l'indemnité d'éviction). Ainsi, vous serez considéré comme associé à la mesure et la prescription sera suspendue.
  • Documentez tous les échanges. Conservez les courriers, mails, et rapports d'expertise. Ils pourront servir à prouver que vous avez agi dans le délai.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Dans un arrêt antérieur (Civ. 3e, 12 mai 2021, n° 20-14.287), la Cour de cassation avait déjà jugé que le point de départ de la prescription de l'action en paiement de l'indemnité d'éviction est la date d'effet du congé. La décision de 2026 confirme cette ligne, mais apporte une précision importante sur l'effet suspensif des mesures d'instruction. Auparavant, certains locataires pensaient que toute expertise interrompait la prescription. Désormais, il est clair que seule une participation active du locataire à la demande d'expertise permet de suspendre le délai. Cette position s'inscrit dans une tendance générale à sécuriser les délais en droit commercial, au détriment des parties qui restent passives.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Quel est le délai pour demander l'indemnité d'éviction ? Deux ans à compter de la date d'effet du congé.
  • Que faire si le bailleur demande une expertise ? S'associer expressément à la demande, par exemple en sollicitant une extension de mission.
  • Puis-je attendre la fin de l'expertise pour agir ? Non, si vous n'êtes pas actif, la prescription continue.
  • Que se passe-t-il si le délai est dépassé ? Vous perdez définitivement le droit à l'indemnité.
  • Faut-il un avocat pour agir ? Oui, car les règles de procédure sont complexes et une simple erreur peut être fatale.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quel est le délai pour demander l'indemnité d'éviction après un congé ?

Le délai est de 2 ans à compter de la date d'effet du congé (article L. 145-60 du Code de commerce). Passé ce délai, l'action est prescrite et le locataire perd tout droit à l'indemnité.

Que faire si le bailleur demande une expertise en référé ?

Le locataire doit s'associer expressément à la demande d'expertise, par exemple en formulant des observations ou en demandant à l'expert d'évaluer l'indemnité d'éviction. Sinon, la prescription continue de courir.

Puis-je attendre la fin de l'expertise pour assigner au fond ?

Non, sauf si vous vous êtes associé activement à la demande d'expertise. Dans ce cas, la prescription est suspendue jusqu'au dépôt du rapport. Mais il est plus prudent d'assigner au fond avant l'expiration du délai de 2 ans.

Le propriétaire peut-il opposer la prescription même s'il a proposé une indemnité ?

Oui, la proposition d'indemnité dans le congé n'interrompt pas la prescription. Seule une action en justice du locataire ou une reconnaissance de droit par le bailleur peut l'interrompre.

Quels sont les risques en cas de prescription ?

Le locataire perd définitivement son droit à l'indemnité d'éviction. Il peut être contraint de quitter les lieux sans aucune compensation, même s'il avait droit à une indemnité.

Informations juridiques

  • Numéro: 24-18.382
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 12 février 2026

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Locataire commercial à Porto-Vecchio : congé reçu en 2023

Un locataire reçoit un congé avec offre d'indemnité d'éviction le 31 mars 2023, effet au 30 juin 2023. Il pense que le délai court à partir de la notification du congé et attend. En 2025, il assigne le bailleur, mais celui-ci oppose la prescription.

Application pratique:

La date d'effet du congé est le 30 juin 2023. Le délai de 2 ans expire le 30 juin 2025. Le locataire aurait dû agir avant cette date. L'expertise demandée par le bailleur en 2024 n'a pas interrompu la prescription car le locataire n'a pas formulé de demande reconventionnelle. La demande est irrecevable.

2

Propriétaire à Bonifacio : congé donné en 2022

Un propriétaire donne congé à son locataire le 31 décembre 2022, effet au 31 mars 2023. Le locataire ne quitte pas les lieux et paie une indemnité d'occupation. En 2025, il réclame l'indemnité d'éviction.

Application pratique:

Le propriétaire peut opposer la prescription biennale puisque le délai de 2 ans à compter du 31 mars 2023 est expiré le 31 mars 2025. Le locataire n'a pas interrompu la prescription. Le propriétaire économise ainsi plusieurs dizaines de milliers d'euros.

3

Acquéreur d'un local commercial à Ajaccio : vérification préalable

Un investisseur souhaite acheter un local commercial à Ajaccio. L'ancien propriétaire avait délivré un congé avec offre d'indemnité d'éviction au locataire en 2021, effet au 31 mars 2022.

Application pratique:

L'acquéreur doit vérifier si le locataire a agi dans le délai de 2 ans. Si le locataire n'a pas assigné avant le 31 mars 2024, sa demande est prescrite. L'acquéreur n'aura pas à payer d'indemnité d'éviction. Il peut exiger du vendeur une garantie contre ce risque.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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23 juil. 2026Lire →

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