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Indivision et bail rural : une majorité des deux tiers suffit pour demander la résiliation
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Indivision et bail rural : une majorité des deux tiers suffit pour demander la résiliation

📅 Décision du 29 juin 2011⚖️ Cour de cassation👁️ 12 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation confirme que des indivisaires détenant les deux tiers des droits peuvent demander la résiliation d'un bail rural sans autorisation judiciaire préalable. Cette décision clarifie les pouvoirs de gestion des indivisaires en matière de baux ruraux.

Décision de référence : cc • N° 09-70.894 • 2011-06-29 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une parcelle agricole à Dombasle-sur-Meurthe, en indivision avec vos frères et sœurs depuis le décès de vos parents. Le fermier qui l'exploite ne paie plus son loyer depuis deux ans. Vous voulez agir, mais vos coïndivisaires ne sont pas tous d'accord. Que faire ? Faut-il l'accord de tous ? Un seul peut-il saisir le tribunal ?

Cette question, au cœur de la vie des campagnes, la Cour de cassation y a répondu le 29 juin 2011 dans un arrêt qui fait désormais référence. undefined la plus haute juridiction judiciaire a jugé que les indivisaires représentant les deux tiers des droits indivis peuvent intenter seuls une action en résiliation de bail rural, sans avoir à demander une autorisation judiciaire préalable. undefined, la majorité qualifiée suffit pour mettre fin au bail.

Mais attention : cette solution ne vaut que pour les actes d'exploitation normale des biens indivis. Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour vous ? C'est ce que nous allons décortiquer pas à pas, en nous appuyant sur l'histoire de M. X et de ses coïndivisaires, qui a donné lieu à cet arrêt.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Saint-Max, détenait avec deux autres personnes des parcelles agricoles données à bail rural à un fermier. L'indivision était née d'une succession : chaque indivisaire possédait une quote-part, mais aucun n'était seul maître à bord. Las, le preneur ne respectait pas ses obligations : loyers impayés, mauvaise exploitation des terres. Lassés, deux des trois indivisaires, représentant ensemble les deux tiers des droits indivis, décidèrent de demander la résiliation du bail.

Mais le troisième indivisaire refusait de les suivre. Fallait-il alors obtenir l'autorisation du tribunal pour agir ? Les deux indivisaires saisirent le tribunal paritaire des baux ruraux de Nancy, qui les débouta au motif qu'ils n'avaient pas cette autorisation. Mécontents, ils firent appel. La cour d'appel leur donna raison : elle prononça la résiliation du bail. Le fermier et le troisième indivisaire se pourvurent en cassation.

Devant la Cour de cassation, les demandeurs soutenaient que la résiliation d'un bail rural n'est pas un acte d'exploitation normale des biens indivis, et qu'en conséquence, l'autorisation du tribunal était nécessaire. La Cour de cassation rejeta leur argument. Elle estima que l'action en résiliation du bail ressortit à l'exploitation normale des biens indivis, et que les indivisaires titulaires des deux tiers des droits pouvaient seuls l'intenter. Elle confirma également que l'appel interjeté par un indivisaire débouté en première instance était recevable, et que l'appel incident de son coïndivisaire pouvait y être joint.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre la décision, il faut se référer à l'article 815-2 du Code civil (qui énumère les actes que les indivisaires peuvent accomplir sans autorisation judiciaire, notamment les actes d'administration et les actes conservatoires) et à l'article 815-3 du même code (qui prévoit que les actes d'exploitation normale des biens indivis peuvent être décidés à la majorité des deux tiers des droits indivis). La Cour de cassation a rattaché l'action en résiliation d'un bail rural à la notion d'« exploitation normale des biens indivis ».

undefined, mettre fin à un bail rural qui n'est plus respecté, c'est un acte de gestion courante, nécessaire à la bonne administration du bien. Ce n'est pas un acte de disposition (comme une vente) qui requerrait l'unanimité. En conséquence, la majorité des deux tiers suffit, et aucune autorisation du juge n'est nécessaire.

Les juges du fond avaient pourtant exigé cette autorisation, considérant que la résiliation d'un bail était un acte grave. Mais la Cour de cassation a censuré cette approche : elle a estimé que la question de l'autorisation préalable ne se posait pas, puisque la majorité des deux tiers était atteinte. Ce faisant, elle a simplifié la procédure pour les indivisaires.

undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une tendance plus large visant à faciliter la gestion des biens indivis. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des indivisaires étaient bloqués parce qu'un seul refusait de coopérer. Cet arrêt leur donne une arme : si vous détenez les deux tiers, vous pouvez agir seul pour résilier un bail rural défaillant.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs en indivision : vous n'avez plus besoin d'obtenir l'accord de tous les indivisaires pour demander la résiliation d'un bail rural. Si vous représentez les deux tiers des droits, vous pouvez agir directement. Exemple : à Saint-Max, trois héritiers détiennent une ferme. Deux d'entre eux (détenant 70 % des parts) veulent résilier le bail du preneur qui laisse les bâtiments se dégrader. Ils peuvent saisir le tribunal paritaire des baux ruraux sans l'accord du troisième.

Pour les locataires (preneurs) : soyez vigilants. Si vous êtes en défaut (impayés, mauvaise exploitation), sachez que la majorité des indivisaires peut agir contre vous plus facilement. Assurez-vous de respecter vos obligations pour éviter une action en résiliation.

Pour les acquéreurs de biens agricoles : si vous achetez une parcelle en indivision, vérifiez bien qui détient les droits. Un seul indivisaire minoritaire ne pourra pas bloquer une action en résiliation si les deux tiers sont d'accord.

Délais à retenir : l'action en résiliation pour non-paiement de fermages doit être intentée dans les cinq ans à compter de chaque échéance impayée (article 2224 du Code civil). Montants : les fermages impayés sont souvent une cause fréquente de litige. Si le preneur doit 15 000 €, les deux tiers des indivisaires peuvent demander la résiliation sans attendre.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une convention d'indivision : dès le départ, prévoyez les règles de majorité pour les décisions importantes, y compris la résiliation des baux. Cela évite les blocages.
  • Informez régulièrement tous les indivisaires : tenez vos coïndivisaires au courant de l'état du bail. Une communication transparente peut désamorcer les conflits.
  • Exigez des garanties du preneur : lors de la signature du bail, demandez un dépôt de garantie ou une caution. En cas d'impayés, vous aurez une sécurité.
  • Consultez un avocat dès les premiers signes de difficulté : avant d'engager une action, faites-vous assister. Une mise en demeure bien rédigée peut suffire à régler le litige à l'amiable.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Avant cet arrêt, certaines cours d'appel exigeaient l'autorisation du tribunal pour toute action en résiliation de bail rural en indivision, considérant qu'il s'agissait d'un acte de disposition. La Cour de cassation avait déjà amorcé un virage en 2008 (Civ. 3e, 8 octobre 2008, n° 07-16.419) en jugeant que l'action en résiliation était un acte d'administration. L'arrêt de 2011 confirme et précise cette orientation.

Depuis, la tendance est claire : les juges favorisent la liberté des indivisaires majoritaires à gérer le bien. Cela signifie que, pour les actes d'exploitation courante, la majorité des deux tiers est reine. Attention toutefois : les actes de disposition (vente, hypothèque) restent soumis à l'unanimité.

À l'avenir, les tribunaux pourraient étendre cette solution à d'autres types de baux (commerciaux, d'habitation). La logique est la même : la gestion locative courante relève de l'administration normale du bien.

Questions fréquentes

  • Puis-je résilier seul un bail rural si je détiens moins des deux tiers des droits indivis ? Non, vous devez soit obtenir l'accord d'autres indivisaires pour atteindre les deux tiers, soit demander l'autorisation au tribunal (article 815-5 du Code civil).
  • Que faire si un indivisaire refuse de donner son accord pour résilier le bail ? Si vous détenez les deux tiers, vous pouvez agir sans lui. Sinon, vous pouvez saisir le juge pour obtenir l'autorisation, mais cela prend du temps.
  • Quel est le délai pour agir en résiliation pour impayés ? Cinq ans à compter de chaque échéance impayée (article 2224 du Code civil). Ne tardez pas.
  • Puis-je demander des dommages et intérêts en plus de la résiliation ? Oui, si le preneur a causé un préjudice (ex : dégradations). Cela relève de l'action en responsabilité contractuelle.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je résilier seul un bail rural si je détiens moins des deux tiers des droits indivis ?

Non, vous devez soit obtenir l'accord d'autres indivisaires pour atteindre les deux tiers, soit demander l'autorisation au tribunal (article 815-5 du Code civil).

Que faire si un indivisaire refuse de donner son accord pour résilier le bail ?

Si vous détenez les deux tiers, vous pouvez agir sans lui. Sinon, vous pouvez saisir le juge pour obtenir l'autorisation, mais cela prend du temps.

Quel est le délai pour agir en résiliation pour impayés ?

Cinq ans à compter de chaque échéance impayée (article 2224 du Code civil). Ne tardez pas.

Puis-je demander des dommages et intérêts en plus de la résiliation ?

Oui, si le preneur a causé un préjudice (ex : dégradations). Cela relève de l'action en responsabilité contractuelle.

L'action en résiliation est-elle un acte d'administration ou de disposition ?

Selon la Cour de cassation, c'est un acte d'administration relevant de l'exploitation normale du bien indivis, donc soumis à la majorité des deux tiers.

Informations juridiques

  • Numéro: 09-70.894
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 29 juin 2011

Mots-clés

indivisionbail ruralrésiliationmajorité des deux tiersCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur en indivision à Dombasle

M. et Mme L. sont propriétaires à Dombasle-sur-Meurthe d'une parcelle agricole en indivision avec leur cousin, qui détient 30% des parts. Le fermier ne paie plus son loyer depuis 18 mois (6 000 € d'impayés).

Application pratique:

Les époux L., détenant 70% des droits, peuvent intenter seuls l'action en résiliation du bail devant le tribunal paritaire des baux ruraux de Nancy, sans avoir à demander l'autorisation du juge. Ils doivent néanmoins prouver le non-paiement par des quittances impayées et une mise en demeure restée infructueuse.

2

Locataire agricole à Saint-Max

M. P. est preneur d'un bail rural à Saint-Max. Il apprend que deux des trois indivisaires propriétaires veulent résilier son bail pour mauvaise exploitation.

Application pratique:

M. P. doit vérifier si les deux indivisaires détiennent bien les deux tiers des droits. Si oui, ils peuvent agir sans l'accord du troisième. Il peut contester la résiliation en démontrant qu'il respecte ses obligations (paiement des fermages, entretien des lieux). Il a intérêt à consulter un avocat spécialisé en baux ruraux.

3

Acquéreur d'un bien agricole en indivision

Mme D. souhaite acheter une parcelle agricole à Dombasle. Elle découvre qu'elle est en indivision entre trois héritiers, et que le fermier actuel est en défaut.

Application pratique:

Avant d'acheter, Mme D. doit s'assurer que les deux tiers des indivisaires sont d'accord pour résilier le bail, sinon elle devra supporter le contrat en cours. Elle peut demander une clause suspensive subordonnée à la résiliation du bail. Elle doit aussi vérifier l'étendue des droits indivis (quote-part de chaque vendeur).

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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