Décision de référence : cc • N° 07-44.488 • 2009-02-24 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : à Villeneuve-lès-Avignon, Sophie, aide-soignante dans un Ehpad, tombe gravement malade en novembre 2005. Elle est arrêtée jusqu'en mars 2007. À son retour, son employeur lui annonce qu'elle a perdu ses 12,5 jours de congés payés acquis en 2005, car elle ne les a pas pris avant son arrêt. Cette situation, vous la vivez peut-être en ce moment, ou vous craignez qu'elle n'arrive à un proche. La question est simple : un salarié peut-il reporter ses congés payés non pris en raison d'une maladie ? La réponse est oui, et elle vient de la Cour de cassation dans un arrêt du 24 février 2009 (n° 07-44.488). Cette décision, fondée sur le droit européen, protège les salariés qui n'ont pas pu poser leurs congés à cause d'une absence pour maladie, accident du travail ou maladie professionnelle. Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Plongeons dans les détails.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'affaire commence à Creil, dans l'Oise. Une salariée, employée par la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Creil, est absente pour maladie du 17 novembre 2005 au 1er mars 2007. Avant son arrêt, elle avait acquis 12,5 jours de congés payés au titre de l'année 2005, mais elle n'a pas pu les prendre en raison de son état de santé. À son retour, elle demande le report de ces jours sur l'année 2007. Son employeur refuse, estimant que les congés non pris avant le 31 mai 2006 sont perdus, conformément au Code du travail français. La salariée saisit alors le juge des référés prud'homal, qui ordonne le report. L'employeur conteste, mais la Cour de cassation confirme la décision. Le raisonnement des juges s'appuie sur la directive européenne 2003/88/CE, qui fixe la finalité des congés annuels : permettre au salarié de se reposer et de récupérer. Or, si le salarié n'a pas pu prendre ses congés parce qu'il était malade, cette finalité n'est pas remplie. undefined le droit au congé ne s'éteint pas automatiquement à la fin de la période de référence. undefined, c'est que cette solution s'applique aussi aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des salariés, après un long arrêt, se voyaient privés de leurs congés, ce qui créait une situation profondément injuste.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur la directive européenne 2003/88/CE, qui impose aux États membres de garantir à chaque travailleur un congé annuel payé d'au moins quatre semaines. L'objectif de ce congé est de permettre au salarié de se reposer et de préserver sa santé. Si le salarié est malade pendant la période où il aurait dû prendre ses congés, il ne peut pas en bénéficier pleinement. Les juges estiment donc que les congés acquis doivent être reportés après la reprise du travail, sans quoi le droit au congé serait vidé de son sens. Concrètement, la Cour a ordonné le report des 12,5 jours de congés non pris en 2005 sur l'année 2007. Attention toutefois : ce report n'est pas automatique pour tous les congés. Il concerne les salariés qui se sont trouvés dans l'impossibilité de prendre leurs congés en raison d'une absence liée à une maladie, un accident du travail ou une maladie professionnelle. undefined, si le salarié a choisi de ne pas prendre ses congés alors qu'il était en bonne santé, le report n'est pas dû. La décision confirme une évolution du droit français vers une meilleure protection des salariés, en conformité avec le droit européen. Les arguments de l'employeur (perte des congés non pris dans le délai légal) ont été écartés au profit de la finalité du congé.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un salarié, cette décision est une bouée de sauvetage. Si vous êtes absent pour maladie ou accident et que vous n'avez pas pu prendre vos congés, vous pouvez exiger leur report après votre retour. Par exemple, un salarié à Bagnols-sur-Cèze, arrêté six mois pour une maladie professionnelle, pourra reporter ses 15 jours de congés sur l'année suivante. Pour l'employeur, cela signifie qu'il doit anticiper : prévoir dans le logiciel de paie la possibilité de reporter les congés non pris pour cause médicale, et informer les salariés de leurs droits. Si vous êtes propriétaire bailleur, cette décision n'a pas d'impact direct, mais elle illustre l'importance du droit européen dans les relations de travail. Pour un copropriétaire, c'est un rappel que les droits ne s'éteignent pas toujours à une date butoir. Comment réagir ? Si vous êtes salarié, conservez vos justificatifs d'arrêt maladie et adressez une demande écrite à votre employeur dès votre retour, en citant cet arrêt. En cas de refus, saisissez le conseil de prud'hommes. Les délais : vous avez jusqu'à 2 ans après le retour pour agir. Les montants en jeu peuvent être significatifs : 12,5 jours de congés représentent environ un demi-mois de salaire.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Pour les salariés : Conservez tous vos arrêts de travail et demandez par écrit le report de vos congés non pris dès votre reprise. Utilisez un courrier recommandé avec accusé de réception.
- Pour les employeurs : Mettez en place une procédure interne pour gérer le report des congés en cas de maladie. Formez vos RH à la jurisprudence de la Cour de cassation.
- Pour les deux parties : Vérifiez la convention collective applicable : certaines prévoient des règles plus favorables au report.
- En cas de litige : Consultez un avocat spécialisé en droit du travail avant d'engager une procédure. Une médiation peut parfois résoudre le conflit sans aller au tribunal.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Avant cet arrêt de 2009, la Cour de cassation considérait que les congés non pris dans l'année étaient perdus, sauf accord de l'employeur. La décision de 2009 marque un revirement, influencé par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Par exemple, dans un arrêt Schultz-Hoff (2006), la CJUE avait déjà affirmé que le droit au congé ne s'éteint pas à la fin de la période de référence si le salarié était en arrêt maladie. Depuis 2009, les tribunaux français ont étendu ce principe : le report est possible même pour des maladies non professionnelles, à condition que l'absence ait empêché la prise effective des congés. La tendance est claire : les juges protègent le droit au repos. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les employeurs soient tenus de proposer systématiquement le report, sous peine de dommages et intérêts.
Points clés à retenir
- Qui est concerné ? Tout salarié en arrêt maladie, accident du travail ou maladie professionnelle.
- Quels congés ? Les congés payés acquis avant l'arrêt et non pris à cause de l'absence.
- Quand demander le report ? Dès la reprise du travail, par écrit.
- Que faire en cas de refus ? Saisir le conseil de prud'hommes dans les 2 ans.
- Attention : Le report n'est pas automatique si le salarié a refusé de prendre ses congés alors qu'il était en bonne santé.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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