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Copropriété : l'unanimité exigée pour supprimer les parties communes (Cass. civ. 3e, 24 janv. 1978)
Droit-immobilier

Copropriété : l'unanimité exigée pour supprimer les parties communes (Cass. civ. 3e, 24 janv. 1978)

📅 Décision du 24 janvier 1978⚖️ Cour de cassation👁️ 14 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que supprimer la copropriété d'un ensemble immobilier où les sols sont restés communs exige l'accord de tous les copropriétaires, même si certains bénéficient d'une jouissance exclusive. Une décision qui protège les droits de chacun.

Décision de référence : cc • N° 76-13.136 • 1978-01-24 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une jolie maison à Talence, avec un jardin donnant sur une allée commune. Vous et vos voisins avez toujours profité de cet espace vert, chacun ayant un petit bout de terrain attitré. Un jour, un promoteur rachète plusieurs lots et propose de "simplifier" la copropriété en supprimant les parties communes pour que chacun devienne propriétaire exclusif de son terrain. Ça semble logique, non ? Mais attention : ce n'est pas si simple. En droit, la question qui se pose est : peut-on, à la majorité, décider de mettre fin à la copropriété lorsque les sols (même ceux sous les maisons) sont restés communs ?

La réponse, donnée par la Cour de cassation le 24 janvier 1978 (arrêt n° 76-13.136), est claire : une telle suppression exige l'unanimité de tous les copropriétaires. Pourquoi ? Parce que les règles de la copropriété protègent les droits de chacun, et que renoncer à un droit réel (comme la propriété d'une partie commune) ne peut se faire sans l'accord de tous. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou acquéreur ? Plongeons dans cette décision fondatrice.

Dans cet article, nous allons décortiquer les faits, le raisonnement des juges et les conséquences pratiques pour les propriétaires, les copropriétaires et les professionnels de l'immobilier. Vous découvrirez pourquoi cette décision de 1978 est toujours d'actualité et comment elle peut vous protéger... ou vous compliquer la vie. Alors, prêt à comprendre les subtilités de la copropriété ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Revenons en 1965, à Bordeaux. M. X, propriétaire d'un vaste ensemble immobilier composé de terrains et de maisons, décide de vendre des lots en copropriété. Il établit un règlement de copropriété (le document qui fixe les règles de vie et la répartition des parties communes et privatives) et vend plusieurs lots : les lots 1, 4, 5, 7 et 12 à des acquéreurs. En 1967, M. Y achète les lots 2 et 3. Le lot n°3 comprend la jouissance exclusive du premier étage d'un bâtiment, mais le sol reste commun. En 1971, M. X cède à son fils les lots 6, 9 et 10. Jusque-là, tout va bien.

Mais les choses se gâtent. Un conflit éclate entre les copropriétaires : certains souhaitent mettre fin à la copropriété pour devenir propriétaires exclusifs de leur terrain, tandis que d'autres s'y opposent. En effet, le règlement de copropriété prévoit que les sols, y compris ceux sous les maisons, sont restés communs. Chaque copropriétaire a certes la jouissance exclusive (l'usage privatif) de son jardin, mais juridiquement, le sol appartient à tous. Pour supprimer cette indivision (la situation où un bien appartient à plusieurs personnes), il faudrait une décision collective.

L'affaire arrive devant le tribunal, puis la cour d'appel de Bordeaux. Les juges du fond (les premiers juges) décident que la suppression de la copropriété peut être décidée à la majorité (des voix). Mais les copropriétaires opposés se pourvoient en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 24 janvier 1978, casse (annule) la décision de la cour d'appel. Elle estime que la suppression de la copropriété, lorsque la totalité des sols sont restés communs, nécessite l'accord de tous les copropriétaires. undefined, une seule voix contre suffit à bloquer le projet.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre la décision, il faut se pencher sur le fondement juridique. La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1er de la loi du 10 juillet 1965 (qui régit la copropriété) et sur l'article 1134 du Code civil (aujourd'hui article 1103) qui dispose que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. undefined le règlement de copropriété est un contrat que tous les copropriétaires ont accepté. Modifier ce contrat, surtout pour supprimer la copropriété elle-même, ne peut se faire sans l'accord unanime des parties.

Mais la Cour va plus loin. Elle précise que, dans ce cas particulier, les sols (même ceux où sont implantés les immeubles) sont restés communs. Or, la loi de 1965 distingue les parties communes (qui appartiennent à tous) et les parties privatives (qui appartiennent à un seul). Ici, le règlement qualifie les sols de communs, même si chaque copropriétaire a la jouissance exclusive de son jardin. Cette qualification est cruciale : pour transformer une partie commune en partie privative, il faut l'unanimité. Pourquoi ? Parce que chaque copropriétaire est titulaire d'un droit de propriété sur les parties communes (une quote-part, c'est-à-dire une fraction). Renoncer à ce droit nécessite son consentement personnel.

undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une jurisprudence protectrice des copropriétaires minoritaires. Les juges veulent éviter qu'une majorité n'impose sa volonté au détriment des droits de chacun. Attention toutefois : la solution aurait été différente si les sols avaient été qualifiés de parties privatives dès l'origine. Mais ici, le règlement était clair. En résumé, pour supprimer la copropriété, il faut soit l'unanimité, soit une modification du règlement par décision unanime. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des promoteurs tentaient de passer en force par une majorité des deux tiers. Cette décision leur rappelle que le droit de propriété individuelle est protégé.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur (celui qui loue son bien), cette décision signifie que vous ne pouvez pas, à vous seul ou avec quelques voisins, décider de sortir de la copropriété. Si vous voulez revendre votre lot en le détachant de la copropriété, il faudra convaincre tous les autres copropriétaires. Exemple concret : vous possédez un appartement à Bordeaux, dans une résidence où le jardin est commun. Un promoteur propose de racheter l'ensemble pour construire un immeuble. Même si 80% des copropriétaires sont d'accord, les 20% restants peuvent bloquer le projet. Vous êtes donc protégé si vous voulez conserver votre bien, mais vous êtes aussi potentiellement bloqué si vous voulez vendre à un promoteur.

Pour le locataire (celui qui loue), l'impact est indirect. La décision maintient le statu quo : la copropriété continue, les charges sont réparties selon le règlement. Mais si le propriétaire de votre logement vend son lot, le nouveau propriétaire devra respecter les règles de la copropriété. Pas de risque de suppression brutale de vos espaces verts.

Pour l'acquéreur (celui qui achète), c'est un point de vigilance. Avant d'acheter un lot dans une copropriété, vérifiez le règlement de copropriété : les sols sont-ils communs ou privés ? Si vous achetez une maison avec jardin, assurez-vous que le terrain vous appartient en propre. Sinon, vous ne pourrez pas le clôturer ou le vendre sans l'accord des autres. Exemple à Talence : un couple achète une maison avec un grand jardin. Le règlement indique que le sol est commun, mais avec jouissance exclusive. Ils veulent construire une piscine. Impossible sans l'accord de l'assemblée générale (à l'unanimité si cela modifie les parties communes).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le règlement de copropriété avant d'acheter. Ne vous fiez pas à l'apparence : un jardin attitré peut rester juridiquement commun. Demandez à votre notaire de vous expliquer précisément la qualification des sols et des espaces extérieurs.
  • Si vous voulez modifier la répartition des parties communes, préparez-vous à négocier. Toute transformation d'une partie commune en partie privative requiert l'unanimité. Anticipez les oppositions et discutez en amont avec vos voisins.
  • En cas de projet de division ou de vente globale, consultez un avocat spécialisé. Un professionnel vous aidera à évaluer la faisabilité et à rédiger les actes nécessaires. Ne tentez pas de passer en force par une majorité simple : la Cour de cassation vous rappellerait à l'ordre.
  • Documentez vos accords. Si vous obtenez l'unanimité pour supprimer la copropriété, faites rédiger un acte modificatif par un notaire et publiez-le au fichier immobilier. Sinon, l'accord oral ou même écrit entre copropriétaires pourrait être contesté.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision de 1978 n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une lignée d'arrêts qui protègent les droits des copropriétaires minoritaires. Par exemple, dans un arrêt du 9 mars 1977 (n° 75-14.217), la Cour de cassation avait déjà jugé que la suppression d'une servitude (un droit de passage, par exemple) nécessitait l'unanimité des propriétaires des fonds (terrains) concernés. Plus récemment, la Cour a réaffirmé ce principe dans un arrêt du 8 septembre 2016 (n° 15-19.246) : toute modification de la répartition des parties communes exige l'unanimité, sauf si le règlement le permet expressément.

Cette jurisprudence est constante. Elle montre que les tribunaux sont attachés à la stabilité des droits réels. undefined on ne peut pas, à la majorité, dépouiller un copropriétaire de son droit sur une partie commune. Cela a des conséquences pour les promoteurs : avant de lancer un projet de restructuration d'une copropriété, ils doivent s'assurer de l'accord de tous. À défaut, le projet peut être bloqué pendant des années.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

Q : Puis-je clôturer mon jardin s'il est qualifié de partie commune avec jouissance exclusive ?
R : Oui, si le règlement le permet (ce qui est souvent le cas). Mais pour des constructions (abri de jardin, piscine), l'accord de l'assemblée générale peut être nécessaire. Vérifiez le règlement.

Q : Que faire si je veux vendre mon lot à un promoteur qui souhaite supprimer la copropriété ?
R : Vous pouvez vendre votre lot, mais le promoteur devra obtenir l'unanimité pour supprimer la copropriété. S'il n'y parvient pas, il devra respecter les règles en vigueur. Informez l'acquéreur de cette contrainte.

Q : Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression de la copropriété sans motif valable ?
R : Oui, car il s'agit d'un droit de propriété. Il n'a pas à justifier son opposition. C'est un droit absolu, sauf abus (mais l'abus est difficile à prouver).

Q : Quel est le délai pour contester une décision de suppression prise à la majorité ?
R : Vous avez 5 ans à compter de la publication de l'acte au fichier immobilier pour agir en nullité. Passé ce délai, l'action est prescrite.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je clôturer mon jardin s'il est qualifié de partie commune avec jouissance exclusive ?

Oui, si le règlement de copropriété le permet (ce qui est souvent le cas). Mais pour des constructions (abri de jardin, piscine), l'accord de l'assemblée générale peut être nécessaire. Vérifiez votre règlement.

Que faire si je veux vendre mon lot à un promoteur qui souhaite supprimer la copropriété ?

Vous pouvez vendre votre lot, mais le promoteur devra obtenir l'unanimité des copropriétaires pour supprimer la copropriété. S'il n'y parvient pas, il devra respecter les règles en vigueur. Informez l'acquéreur de cette contrainte.

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression de la copropriété sans motif valable ?

Oui, car il s'agit d'un droit de propriété. Il n'a pas à justifier son opposition. C'est un droit absolu, sauf abus (difficile à prouver).

Quel est le délai pour contester une décision de suppression prise à la majorité ?

Vous avez 5 ans à compter de la publication de l'acte au fichier immobilier pour agir en nullité. Passé ce délai, l'action est prescrite.

Que faire si mon règlement de copropriété qualifie les sols de communs mais que j'ai un usage exclusif depuis des années ?

La qualification de partie commune reste. Pour la modifier, il faut l'unanimité. L'usage exclusif ne transforme pas automatiquement la nature juridique du bien.

Informations juridiques

  • Numéro: 76-13.136
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 janvier 1978

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Bordeaux : refus de vente globale

M. Dupont possède un appartement dans une copropriété à Bordeaux. Un promoteur propose de racheter tous les lots pour construire un immeuble. M. Dupont refuse de vendre. Les autres copropriétaires, majoritaires, votent la suppression de la copropriété en assemblée générale.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de 1978, M. Dupont peut contester cette décision car l'unanimité est requise. Il doit agir rapidement (5 ans) et peut bloquer le projet. Il est conseillé de consulter un avocat pour rédiger une opposition formelle.

2

Acquéreur à Talence : jardin commun non privatif

Un couple achète une maison avec jardin à Talence. Le règlement de copropriété indique que le sol est commun avec jouissance exclusive. Ils veulent construire une piscine, mais l'assemblée générale refuse.

Application pratique:

L'arrêt confirme que le sol étant commun, toute modification nécessite l'unanimité. Le couple doit soit obtenir l'accord de tous les copropriétaires, soit renoncer au projet. Avant d'acheter, ils auraient dû vérifier la qualification du terrain.

3

Promoteur immobilier : projet bloqué par un copropriétaire

Un promoteur veut racheter une copropriété entière à Bordeaux pour la démolir et reconstruire. Il obtient l'accord de 9 copropriétaires sur 10, mais le dernier refuse. Le promoteur tente de faire voter la suppression de la copropriété à la majorité des deux tiers.

Application pratique:

L'arrêt de 1978 interdit cette manœuvre : la suppression exige l'unanimité. Le promoteur doit soit négocier avec le copropriétaire récalcitrant, soit abandonner le projet. Il peut aussi proposer un échange de lots ou une indemnisation, mais sans garantie de succès.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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