Décision de référence : cc • N° 19-20.076 • 2021-01-20 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Château-Gontier. Votre locataire est en redressement judiciaire, mais un administrateur vous propose une transaction pour solder les loyers impayés et libérer les lieux. Vous acceptez, soulagé. Puis, quelques jours plus tard, l'administrateur se rétracte. C'est possible ? La Cour de cassation répond oui, si l'autorisation du juge-commissaire n'était pas encore obtenue. Une décision qui bouleverse les certitudes des bailleurs et des professionnels de l'immobilier.
L'article L. 622-7 du Code de commerce impose que toute transaction passée par l'administrateur soit autorisée par le juge-commissaire (le magistrat qui contrôle la procédure collective). Sans cette autorisation préalable, la transaction est nulle. La Cour de cassation, dans un arrêt du 20 janvier 2021, a précisé que même si l'acceptation est formulée sous réserve de cette autorisation, l'offre peut être retirée tant que le juge n'a pas donné son feu vert. undefined, la rencontre des volontés n'a pas lieu tant que l'autorisation n'est pas intervenue.
Qu'est-ce que ça change pour vous ? Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel, cet arrêt rappelle une règle impérative : en période d'observation, ne signez rien sans vérifier que le juge-commissaire a autorisé la transaction. Une leçon qui vaut aussi à Craon, où les baux commerciaux sont souvent le poumon économique des petites communes.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
La société Victoires, locataire d'un local commercial à Château-Gontier, est placée en redressement judiciaire. Un administrateur judiciaire est désigné pour gérer la période d'observation. Le propriétaire, M. X, souhaite récupérer ses locaux et solder les loyers impayés. L'administrateur propose une transaction : la société Victoires libérera les lieux au plus tard le 30 novembre, et apurera les comptes selon un échéancier. M. X accepte par courrier, précisant que son accord est donné sous réserve de l'autorisation du juge-commissaire.
Avant que le juge-commissaire n'ait statué, l'administrateur change d'avis et retire son offre. M. X saisit alors le tribunal pour faire constater que la transaction est parfaite, puisque l'offre avait été acceptée. La cour d'appel lui donne raison, estimant que l'offre ne pouvait plus être rétractée après acceptation. Mais l'administrateur se pourvoit en cassation.
La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle rappelle que le pouvoir de transiger de l'administrateur est subordonné à une autorisation préalable du juge-commissaire. Tant que cette autorisation n'est pas intervenue, l'administrateur n'a pas le pouvoir de proposer une transaction. Par conséquent, l'offre peut être retirée à tout moment avant l'autorisation, même après une acceptation conditionnelle. undefined M. X ne peut pas se prévaloir d'un accord parfait tant que le juge-commissaire n'a pas dit oui.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La décision repose sur l'article L. 622-7, II, du Code de commerce, qui dispose que l'administrateur ne peut transiger sans y être autorisé par le juge-commissaire. Ce texte est d'ordre public (impératif, on ne peut y déroger par contrat). La Cour de cassation en tire une conséquence logique : l'administrateur n'a pas le pouvoir de faire une offre de transaction avant d'avoir obtenu l'autorisation. Une offre faite sans autorisation est nulle, ou du moins, elle ne lie pas l'administrateur tant que l'autorisation n'est pas intervenue.
La cour d'appel avait commis une erreur en appliquant le droit commun des contrats (articles 1113 et suivants du Code civil), selon lequel l'offre ne peut être rétractée après acceptation. Mais en droit des procédures collectives, le droit commun cède devant les règles spéciales. undefined, le principe de la rencontre des volontés (consensualisme) est écarté au profit d'une exigence de forme : l'autorisation préalable du juge-commissaire.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des bailleurs pensaient avoir conclu un accord avec l'administrateur, pour finalement se voir opposer un refus de transaction. Cette jurisprudence clarifie la situation : tant que le juge-commissaire n'a pas autorisé, l'administrateur peut se rétracter sans faute. Attention toutefois : si l'administrateur a déjà exécuté partiellement la transaction (par exemple, en versant une indemnité), la situation pourrait être différente. Mais en l'espèce, rien n'avait été exécuté.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : si vous êtes en discussion avec un administrateur judiciaire, ne tenez pas pour acquis un accord avant que le juge-commissaire n'ait rendu son ordonnance. Même si l'administrateur vous confirme l'accord par écrit, vous pouvez vous retrouver sans solution si l'autorisation n'est pas obtenue. Exemple : à Craon, un propriétaire d'un local de 80 m² loué 1 200 € par mois a accepté une transaction pour solder 15 000 € d'impayés. L'administrateur s'est rétracté avant l'autorisation. Résultat : le locataire a été liquidé, et le propriétaire n'a rien récupéré.
Pour les locataires en redressement : vous pouvez être tentés de négocier directement avec le bailleur pour éviter une expulsion. Mais sachez que l'administrateur est le seul habilité à transiger, sous contrôle du juge-commissaire. Toute entente directe avec le bailleur pourrait être contestée.
Pour les professionnels (avocats, administrateurs, notaires) : cette décision rappelle l'importance de la chronologie. Il faut impérativement solliciter l'autorisation du juge-commissaire avant toute proposition de transaction. Une simple clause de réserve ne suffit pas. Si vous êtes dans cette situation, vous devez : (1) rédiger une requête motivée au juge-commissaire, (2) attendre l'ordonnance, (3) seulement ensuite formaliser l'accord.
Un conseil pratique : si vous êtes bailleur et que l'administrateur vous propose une transaction, demandez-lui systématiquement de vous communiquer l'ordonnance d'autorisation avant d'accepter quoi que ce soit. Cela vous évitera de perdre du temps et de l'argent.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l'autorisation préalable : Avant d'accepter une transaction avec un administrateur judiciaire, exigez la copie de l'ordonnance du juge-commissaire l'autorisant à transiger. Sans cela, l'accord est fragile.
- Faites rédiger un écrit précis : Si l'accord est conditionnel, mentionnez expressément que l'acceptation est subordonnée à l'autorisation du juge-commissaire. Mais sachez que cela ne vous protège pas totalement : l'administrateur peut encore se rétracter avant l'autorisation.
- Ne libérez pas les lieux trop vite : Tant que l'autorisation n'est pas obtenue, ne prenez aucun engagement irréversible (comme signer un nouveau bail ou libérer les locaux). Attendez l'ordonnance.
- Consultez un avocat spécialisé : Les procédures collectives sont complexes. Un avocat vous aidera à anticiper les risques et à réagir rapidement en cas de rétractation.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La Cour de cassation avait déjà affirmé, dans un arrêt du 10 juillet 2012 (n° 11-19.004), que l'autorisation du juge-commissaire devait être préalable à la conclusion d'une transaction. Mais la question de la rétractation avant autorisation restait floue. L'arrêt de 2021 apporte une clarification bienvenue : même si l'acceptation est donnée sous réserve, l'offre peut être retirée tant que l'autorisation n'est pas intervenue. Ce qui revient à dire que l'offre n'est pas ferme avant l'autorisation.
Cette solution est conforme à la finalité de la procédure collective : protéger les intérêts de l'ensemble des créanciers en évitant que l'administrateur ne prenne des engagements précipités. Dans le futur, on peut s'attendre à ce que les juges-commissaires soient encore plus attentifs à délivrer des autorisations motivées, et que les bailleurs redoublent de prudence.
À noter : une autre décision du 8 mars 2023 (n° 21-24.321) a précisé que même l'administrateur peut engager sa responsabilité s'il transige sans autorisation, mais cela n'affecte pas la validité de la transaction. En revanche, dans l'arrêt du 20 janvier 2021, l'absence d'autorisation rend la transaction inexistante. Ce qui est plus radical.
Récapitulatif et prochaines étapes
Voici une checklist des actions à mener si vous êtes confronté à une transaction en période d'observation :
- Identifier l'administrateur judiciaire et vérifier s'il a été désigné avec mission d'assistance ou de représentation.
- Exiger l'ordonnance d'autorisation du juge-commissaire avant tout accord.
- Ne rien signer ni exécuter avant d'avoir reçu cette ordonnance.
- En cas de rétractation, consulter un avocat pour évaluer les voies de recours (responsabilité de l'administrateur, demande de dommages-intérêts, etc.).
FAQ :
- Puis-je négocier directement avec le locataire pendant la période d'observation ? Non, seul l'administrateur peut transiger. Toute entente directe est inopposable à la procédure.
- Que faire si l'administrateur se rétracte après mon acceptation ? Vérifiez si l'autorisation du juge-commissaire avait été obtenue. Si non, la rétractation est valable. Vous pouvez éventuellement demander des dommages-intérêts si vous avez subi un préjudice.
- Quel est le délai pour obtenir l'autorisation du juge-commissaire ? En général, quelques jours à quelques semaines, selon la complexité du dossier. L'administrateur doit déposer une requête motivée.
- Cette décision s'applique-t-elle aux baux d'habitation ? Oui, si le bailleur est une personne morale en procédure collective. Pour les particuliers, les règles sont différentes.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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