Décision de référence : cc • N° 08-17.731 • 2010-06-02 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous louez un appartement à Mandelieu depuis des années, vous payez votre loyer, et soudain, un propriétaire que vous ne connaissez pas se présente à votre porte, vous annonçant que votre bail est caduc et que vous devez partir sous quinze jours. Que feriez-vous ? Cette situation, plus fréquente qu'on ne le croit, implique des mécanismes juridiques complexes : bail emphytéotique, droit d'un avocat en droit immobilier, et surtout, la protection sacrée du locataire d'habitation. La question que se pose chaque propriétaire ou investisseur immobilier : peut-on contourner la loi du 6 juillet 1989 (qui protège les locataires) en s'appuyant sur un bail commercial ou emphytéotique ? La réponse est non, et la Cour de cassation l'a rappelé avec force dans un arrêt du 2 juin 2010.
Cette décision, rendue sous le numéro 08-17.731, met en lumière un conflit entre un bailleur principal, l'AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille), et une société exploitant un bail emphytéotique (contrat de longue durée donnant un droit réel sur un immeuble). Surtout, elle protège les locataires d'habitation, souvent les plus vulnérables. même si un bail emphytéotique prend fin, le locataire qui occupe les lieux en vertu d'un un avocat en droit immobilier régulier ne peut être expulsé sans respecter les règles strictes de la loi de 1989.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire à Sophia-Antipolis ou locataire dans les Alpes-Maritimes ? Plongeons dans l'affaire et ses conséquences concrètes.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'histoire commence à Marseille, mais elle pourrait se dérouler dans n'importe quelle ville de France, y compris sur la Côte d'Azur. L'Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HP) est propriétaire d'un immeuble. Elle consent un bail emphytéotique (un bail de très longue durée, généralement 18 à 99 ans, qui confère au preneur un droit réel sur le bien) à la SARL Le Logis Deal. Celle-ci, en tant qu'emphytéote (le preneur du bail emphytéotique), sous-loue des logements à des locataires, dont Mme X, qui signe un bail d'habitation conforme à la loi du 6 juillet 1989.
Le bail emphytéotique arrive à expiration. L'AP-HP, en tant que bailleur principal, entend récupérer son immeuble et demande l'expulsion de Mme X, locataire en place. La cour d'appel donne raison à l'AP-HP, estimant que le bail d'habitation de Mme X n'est plus opposable (c'est-à-dire qu'elle ne peut plus s'en prévaloir) car le bail emphytéotique a pris fin. Mais Mme X se pourvoit en cassation.
Rebondissement : la Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle rappelle que le bail d'habitation régulièrement consenti par l'emphytéote est opposable au bailleur principal. l'AP-HP ne peut pas expulser la locataire sans respecter les dispositions d'ordre public de la loi de 1989, notamment l'article 10 (sur la durée du bail) et l'article 15 (sur le congé et les motifs d'expulsion). La cour d'appel n'avait pas constaté qu'il avait été mis fin au bail d'habitation conformément à cette loi. le propriétaire principal ne peut pas faire comme si le locataire n'existait pas.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation fonde sa décision sur trois textes : l'article 2 de la loi du 6 juillet 1989 (qui définit le champ d'application de la loi), l'article 10 (sur la durée du bail) et l'article 15 (sur le congé et l'expulsion). Elle rappelle que la loi de 1989 est d'ordre public (c'est-à-dire qu'on ne peut y déroger par contrat, sauf exceptions prévues). Or, le bail d'habitation de Mme X était régulier et l'AP-HP, en tant que bailleur principal, était tenue de le respecter.
Un argument souvent avancé par les propriétaires est que l'article 1743 du Code civil (qui protège le locataire en cas de vente) ne s'applique pas au bail emphytéotique. La cour d'appel avait d'ailleurs écarté cet article. Mais la Cour de cassation ne s'arrête pas là : elle ajoute qu'aucun texte n'affranchit le bailleur principal de l'obligation de respecter la loi de 1989. En d'autres termes, même si le bail emphytéotique est un contrat spécial, il ne permet pas de faire fi des droits des locataires d'habitation.
c'est que la Cour de cassation opère ici un contrôle strict : elle vérifie que les juges du fond ont bien examiné si le bail d'habitation avait été résilié conformément à la loi. Comme ce n'était pas le cas, l'expulsion était illégale. La décision est donc une confirmation de la protection des locataires, même face à des montages juridiques complexes. j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires tentaient d'utiliser la fin d'un bail commercial pour récupérer un logement, sans succès.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs, cette décision est un avertissement : si vous êtes le propriétaire d'un immeuble donné à bail emphytéotique, vous ne pouvez pas expulser les sous-locataires d'habitation sans respecter la loi de 1989. Concrètement, vous devez leur donner un congé régulier (avec un préavis de 6 mois pour un logement vide, 3 mois pour un meublé) et justifier d'un motif sérieux et légitime (reprise pour habiter, vente, etc.). À Mandelieu, imaginez un investisseur qui a acheté un immeuble avec un bail emphytéotique arrivant à terme : il doit patienter jusqu'à ce que les baux d'habitation expirent ou soient résiliés légalement, sous peine de dommages-intérêts.
Pour les locataires, c'est une sécurité : votre bail d'habitation vous protège même si le propriétaire de l'immeuble change ou si un bail emphytéotique prend fin. Vous ne pouvez pas être expulsé sans motif valable et sans procédure. Si vous êtes dans cette situation, vous devez contester toute demande d'expulsion en invoquant l'article 2 de la loi de 1989. Les délais sont courts : vous avez 2 mois pour contester un congé, et 6 mois pour saisir le juge en cas d'expulsion sans titre.
Pour les acquéreurs d'immeubles, soyez prudents : avant d'acheter un bien grevé d'un bail emphytéotique, vérifiez les baux d'habitation en cours. Ils vous seront opposables. Un investisseur à Sophia-Antipolis qui rachète un immeuble de bureaux transformé en logements doit savoir qu'il hérite des locataires avec leurs droits.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez les baux d'habitation en cours : Avant de conclure un bail emphytéotique ou d'acquérir un immeuble, exigez la liste de tous les baux d'habitation en cours, avec leurs dates d'échéance. Cela vous évitera de mauvaise surprise.
- Respectez scrupuleusement la loi de 1989 : Que vous soyez bailleur principal ou emphytéote, toute expulsion d'un locataire d'habitation doit suivre la procédure légale : congé par acte d'huissier, préavis de 6 mois, motif valable. Une simple lettre recommandée ne suffit pas.
- Anticipez la fin du bail emphytéotique : Si vous êtes emphytéote, prévenez vos sous-locataires bien à l'avance (au moins un an) pour qu'ils puissent se reloger. Si vous êtes bailleur principal, négociez avec l'emphytéote pour que les baux d'habitation soient résiliés avant la fin du vôtre.
- Consultez un avocat expert : Chaque situation est unique. À Mandelieu, un investisseur a tenté d'expulser une locataire âgée sans motif : le juge des référés a suspendu l'expulsion et condamné le propriétaire à 5 000 € de dommages-intérêts. Un conseil en amont aurait évité ce coût.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée protectrice des locataires. On peut citer l'arrêt de la Cour de cassation du 13 mars 2008 (n° 07-10.585) qui avait déjà jugé que le bailleur principal ne peut invoquer la fin du bail emphytéotique pour expulser un locataire d'habitation sans respecter la loi de 1989. La tendance est donc constante : les juges privilégient le droit au logement sur les considérations contractuelles.
En revanche, pour les baux commerciaux ou professionnels, la solution est différente : la loi de 1989 ne s'applique pas. Attention donc à bien distinguer l'usage du logement. Depuis 2010, aucune évolution législative n'est venue contredire cet arrêt. Si la loi ALUR (2014) a renforcé les droits des locataires, elle n'a pas modifié ce principe. À l'avenir, les tribunaux continueront de protéger les occupants de bonne foi.
Points clés à retenir
- Un bail d'habitation régulier est opposable au bailleur principal, même après la fin du bail emphytéotique.
- L'expulsion sans respect de la loi de 1989 est illégale : vous devez donner un congé valable et justifier d'un motif.
- Si vous êtes locataire, ne quittez pas les lieux sans contestation : saisissez le juge des référés pour faire reconnaître votre droit au maintien dans les lieux.
- Si vous êtes propriétaire, préparez votre sortie : anticipez la fin du bail emphytéotique en résiliant les baux d'habitation dans les règles.
Besoin d'un conseil personnalisé ? un avocat en droit immobilier — première consultation 30 min à 45€.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. un avocat en droit immobilier
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, intervient dans toute la France.
un avocat en droit immobilier |
un avocat en droit immobilier

