Décision de référence : cc • N° 07-20.189 • 2009-09-09 • Consulter la décision →
Imaginez : vous achetez une belle villa avec vue sur l'étang de Thau, à Sète. Tout semble en règle. Quelques mois après l'achat, vous recevez un courrier du tribunal : la construction a été édifiée sans permis par l'ancien propriétaire, et une décision de démolition a été prononcée. Vous devez raser votre maison, à vos frais. Injuste ? C'est pourtant ce que la Cour de cassation a confirmé dans son arrêt du 9 septembre 2009 (n° 07-20.189).
La question que se pose chaque propriétaire est simple : suis-je responsable des illégalités commises avant mon achat ? La réponse des juges est claire : oui, si la construction était irrégulière et que la démolition a été ordonnée avant la vente. Les mesures de démolition et de mise en conformité prévues à l'article L. 480-5 du code de l'urbanisme ne sont pas des sanctions pénales (qui ne pourraient frapper que l'auteur de l'infraction), mais des mesures à caractère réel : elles s'attachent au bien lui-même, quel qu'en soit le détenteur.
undefined cette décision protège l'efficacité de la lutte contre les constructions illégales, mais elle piège les acquéreurs non avertis. Dans cet article, je décortique l'affaire, le raisonnement des juges, et je vous donne des conseils concrets pour ne pas vous retrouver dans cette situation. Car, dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où l'acquéreur ignorait tout des travaux irréguliers réalisés dix ans plus tôt.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'une villa à Montpellier, avait réalisé des travaux d'extension sans obtenir le permis de construire requis. Le maire a dressé un procès-verbal d'infraction, et le tribunal correctionnel a condamné M. X à une amende et, surtout, a ordonné la démolition de la construction illégale, conformément à l'article L. 480-5 du code de l'urbanisme. M. X a fait appel, puis s'est pourvu en cassation. Entre-temps, il a vendu la villa à Mme Y. Celle-ci, devenue propriétaire, a soutenu que la décision de démolition ne pouvait plus lui être opposée puisqu'elle n'avait pas été partie à la procédure pénale. Les juges du fond ont rejeté cet argument, et la Cour de cassation a confirmé.
Le litige portait donc sur la nature juridique de la mesure de démolition : est-ce une peine personnelle (qui ne peut toucher que le condamné) ou une mesure réelle (qui suit le bien) ? Les juges ont opté pour la seconde solution, en s'appuyant sur le texte de l'article L. 480-5, qui prévoit que la démolition peut être ordonnée « même en l'absence de poursuites pénales ». undefined, le législateur a voulu que ces mesures aient une portée réelle, indépendante de la personne du propriétaire.
undefined, c'est que la décision de démolition peut être prise même si l'acquéreur n'a commis aucune faute. La Cour de cassation a jugé qu'il n'est pas nécessaire de réitérer la décision à l'encontre du nouveau propriétaire : elle lui est opposable de plein droit dès le prononcé de l'arrêt. Attention toutefois : cette opposabilité suppose que la décision soit définitive (plus de recours possible) avant la vente. Si la vente intervient pendant que la procédure est en cours, l'acquéreur peut encore intervenir pour défendre ses intérêts.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a fondé sa décision sur l'article L. 480-5 du code de l'urbanisme (dans sa version alors en vigueur). Cet article dispose que, en cas de construction sans permis, le tribunal peut ordonner la démolition ou la mise en conformité du bâtiment, « même si la construction est achevée ». La Cour en déduit que ces mesures ne constituent pas des sanctions pénales (qui seraient régies par le principe de personnalité des peines, article 121-1 du code pénal), mais des mesures à caractère réel. Leur objectif est de rétablir la légalité urbanistique, indépendamment de la personne qui occupe ou possède le bien.
La haute juridiction a également écarté l'argument de Mme Y selon lequel elle aurait dû être mise en cause dans la procédure. Elle a considéré que la décision de démolition est opposable à tout détenteur successif, sans qu'il soit nécessaire de la réitérer à son encontre. Ce raisonnement s'inscrit dans une jurisprudence constante : les mesures de remise en état (démolition, mise en conformité, interdiction d'habiter) sont attachées à l'immeuble, pas à la personne. Ainsi, l'acquéreur ne peut pas invoquer sa bonne foi pour échapper à l'obligation de démolir.
En l'espèce, la cour d'appel avait constaté qu'il était techniquement possible de ne pas détruire la villa, compte tenu des travaux réalisés. Mais la Cour de cassation a censuré cette appréciation, estimant que la possibilité technique de ne pas démolir devait être établie plus solidement. undefined, le juge doit vérifier si la mise en conformité est possible sans démolition ; si oui, il peut l'ordonner à la place. Mais si la mise en conformité est impossible, la démolition s'impose, même si le nouveau propriétaire n'a rien fait de mal.
undefined, la jurisprudence distingue deux étapes : d'abord, le tribunal doit rechercher si une mise en conformité est possible ; si oui, il peut l'ordonner plutôt que la démolition. Si la mise en conformité n'est pas envisageable, la démolition est la seule issue. Et cette obligation pèse sur le propriétaire actuel, quel qu'il soit.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : si vous louez un bien dont la construction était irrégulière, vous êtes tenu de démolir ou de mettre en conformité, même si le locataire est en place. En pratique, cela signifie que vous devez résilier le bail avant les travaux, ou indemniser le locataire. Exemple chiffré : une villa à Montpellier louée 1 200 €/mois, avec des travaux de mise en conformité de 50 000 €. Si vous devez démolir, le coût total (démolition + reconstruction partielle) peut dépasser 150 000 €.
Pour les acquéreurs : avant d'acheter, exigez les permis de construire et les certificats de conformité. Si vous achetez un bien avec une extension non autorisée, vous risquez la démolition à vos frais. Exemple concret à Sète : un acquéreur a acheté un appartement avec une terrasse couverte sans permis. Le vendeur avait été condamné à démolir, mais l'acquéreur a dû exécuter la décision. Coût : 8 000 € de démolition, plus 3 000 € de frais d'avocat.
Pour les locataires : vous n'êtes pas directement visé par la mesure de démolition, mais vous pouvez être évincé si le propriétaire doit raser le bien. Vous avez droit à un préavis et à une indemnité d'éviction si le bail est résilié pour ce motif.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier si la décision de démolition est définitive. Si elle l'est, vous ne pouvez plus échapper à l'obligation. En revanche, si la procédure est en cours, vous pouvez intervenir volontairement pour présenter vos arguments (par exemple, proposer une mise en conformité).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faire appel à un géomètre-expert avant l'achat : pour vérifier la conformité des constructions avec le permis de construire et le plan local d'urbanisme. undefined, j'ai rencontré un cas à Montpellier où un acquéreur a découvert après la vente que la piscine était implantée en zone inconstructible. Coût de la vérification : 800 €, mais cela a évité une démolition de 20 000 €.
- Exiger une garantie d'éviction dans l'acte de vente : faites insérer une clause par laquelle le vendeur s'engage à vous garantir contre toute action en démolition fondée sur des travaux antérieurs. Si le vendeur refuse, méfiez-vous.
- Consulter le service urbanisme de la mairie : demandez un certificat d'urbanisme ou un extrait du registre des permis de construire. Cela permet de savoir si des travaux ont été autorisés. À Sète, la mairie délivre gratuitement ces informations sur rendez-vous.
- Vérifier les assurances : certaines polices d'assurance dommages-ouvrage ou protection juridique couvrent les frais de mise en conformité si le vendeur a dissimulé les travaux. Demandez à votre assureur.
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La solution de l'arrêt du 9 septembre 2009 s'inscrit dans la lignée de la jurisprudence antérieure. Dès 1995, la Cour de cassation (Cass. crim., 21 juin 1995, n° 94-82.467) avait jugé que la démolition ordonnée sur le fondement de l'article L. 480-5 est une mesure réelle, opposable au propriétaire successif. L'arrêt de 2009 confirme et précise que l'acquéreur n'a pas besoin d'être mis en cause dans la procédure initiale.
Plus récemment, la Cour de cassation (Cass. crim., 10 janvier 2017, n° 16-80.099) a étendu ce principe aux mesures de mise en conformité : l'obligation de déposer un permis modificatif ou de réaliser des travaux peut être imposée au nouveau propriétaire, même s'il n'a pas participé à la procédure. La tendance est donc constante : les juges privilégient l'efficacité de la sanction urbanistique sur la protection de l'acquéreur de bonne foi.
Ce que cela signifie pour l'avenir : si vous achetez un bien avec des travaux non conformes, vous ne pourrez pas invoquer votre bonne foi pour échapper à la démolition. La seule échappatoire possible est de prouver que la décision de démolition n'était pas définitive au moment de la vente, et d'intervenir dans la procédure pour demander une mise en conformité alternative.
Points clés à retenir
- La démolition est une mesure réelle : elle suit le bien, pas la personne. L'acquéreur est tenu de l'exécuter, même s'il n'a pas commis d'infraction.
- Pas besoin de réitérer la décision : la décision de démolition est opposable de plein droit au nouveau propriétaire, sans qu'il soit nécessaire de l'assigner.
- Vérifiez avant d'acheter : consultez le permis de construire, le certificat de conformité et le plan local d'urbanisme. En cas de doute, faites appel à un expert.
- Si la procédure est en cours : intervenez volontairement pour défendre vos intérêts et proposer une mise en conformité plutôt que la démolition.
- Garantie d'éviction : faites insérer une clause dans l'acte de vente pour vous protéger.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
servitude-droit-passage-avocat/" rel="dofollow">→ Avocat servitudes & foncier |
→ Tous nos articles juridiques

