Décision de référence : cc • N° 12-13.662 • 2013-02-19 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Saint-Laurent-du-Var. Votre locataire, une société, est placée en bail commercial et liquidation judiciaire">liquidation judiciaire. Depuis le jugement, elle occupe toujours les lieux mais ne paie plus les loyers. Que faire ? Attendre ? Agir immédiatement ? La réponse n'est pas si simple. La Cour de cassation, dans un arrêt du 19 février 2013, a tranché une question cruciale : le délai de trois mois pour agir en résiliation du bail court à partir du jugement d'ouverture de la liquidation judiciaire, même si celle-ci fait suite à une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire. undefined, le propriétaire doit patienter trois mois avant de demander la résiliation du bail pour non-paiement des loyers postérieurs au jugement.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un immeuble à Antibes, avait donné à bail commercial à une société. Celle-ci a été placée en redressement judiciaire le 10 janvier 2010, puis la procédure a été convertie en liquidation judiciaire le 15 mars 2010. Dès le 20 mars, M. X constate que la société n'a pas réglé les loyers dus depuis le jugement de liquidation. Il assigne le liquidateur en résiliation du bail devant le tribunal de commerce d'Antibes. Le liquidateur oppose que l'action est prématurée : l'article L. 641-12 du code de commerce impose un délai de trois mois à compter du jugement d'ouverture. M. X rétorque que le point de départ doit être le jugement de conversion, pas le jugement de redressement. La cour d'appel d'Aix-en-Provence lui donne raison : le délai court à partir du jugement de liquidation, car c'est à ce moment que naît l'obligation de payer les loyers postérieurs. Mais la Cour de cassation casse l'arrêt : le point de départ est le jugement d'ouverture initial (le redressement judiciaire), car l'article vise le premier jugement d'ouverture d'une procédure collective. Résultat : M. X a agi trop tôt, son action est irrecevable. Une déconvenue classique pour les bailleurs qui ignorent cette subtilité.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 641-12, 3°, du code de commerce. Ce texte prévoit que le bailleur peut demander la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers et charges afférents à une occupation postérieure au jugement de liquidation judiciaire, mais seulement après un délai de trois mois à compter du jugement d'ouverture. La question était : quel jugement d'ouverture ? Celui de la liquidation immédiate, ou celui de la procédure antérieure (sauvegarde ou redressement) en cas de conversion ? La Cour répond : le point de départ est le premier jugement d'ouverture d'une procédure collective, qu'il s'agisse d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation prononcée immédiatement. undefined si une entreprise passe du redressement à la liquidation, le délai de trois mois commence à courir à la date du jugement de redressement. Attention toutefois : cela ne concerne que les loyers postérieurs au jugement de liquidation. Les loyers antérieurs restent soumis au régime des créances déclarées. undefined, c'est que ce délai est impératif : le juge ne peut pas l'écarter. L'objectif est de laisser au liquidateur le temps d'organiser la poursuite ou la cessation de l'activité.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur : dès le jugement de liquidation, notez la date du premier jugement d'ouverture (même si c'était un redressement). Patientez trois mois à compter de cette date avant d'assigner le liquidateur en résiliation. Par exemple, si le redressement date du 1er mars 2022 et la liquidation du 1er juin 2022, vous ne pouvez agir qu'à partir du 1er juin 2022 (trois mois après le redressement). Mais si la liquidation est immédiate (1er mars 2022), vous agissez à partir du 1er juin 2022. Si vous êtes locataire en liquidation : ce délai vous protège d'une expulsion trop rapide. Vous pouvez négocier un plan de cession ou apurer les loyers dans les trois mois. Si vous êtes un copropriétaire : le même principe s'applique pour les charges de copropriété impayées postérieures au jugement. Exemple concret : à Antibes, un propriétaire de local commercial a perdu 3 mois de loyers (soit 5 400 € pour un loyer de 1 800 €/mois) parce qu'il a assigné trop tôt. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le liquidateur a opposé l'irrecevabilité, et le bailleur a dû attendre la fin du délai pour recommencer, avec des frais supplémentaires.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la date du premier jugement d'ouverture : demandez au greffe du tribunal de commerce l'extrait Kbis de votre locataire. Notez la date du premier jugement, même en cas de conversion.
- Calculez précisément le délai de trois mois : il court de date à date. Utilisez un calendrier et ajoutez 3 mois. Exemple : jugement d'ouverture le 15 janvier, délai jusqu'au 15 avril.
- Ne tardez pas après le délai : une fois le délai écoulé, agissez rapidement. Le liquidateur peut résilier le bail de plein droit à tout moment, mais vous devez prouver votre action.
- Consultez un avocat avant d'assigner : chaque dossier a ses spécificités. Un avocat spécialisé en droit immobilier à Nice ou Antibes peut vérifier la recevabilité de votre action et éviter un rejet.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision confirme une jurisprudence constante : voir par exemple l'arrêt de la Cour de cassation du 9 juillet 2013 (n° 12-20.214) qui rappelle que le délai de trois mois est d'ordre public. En revanche, un arrêt antérieur du 20 septembre 2011 (n° 10-20.123) avait laissé planer un doute en considérant que le point de départ pouvait être le jugement de conversion. La décision de 2013 met fin à cette incertitude. La tendance des tribunaux est donc claire : le délai court du premier jugement, et toute action prématurée est irrecevable. Cela signifie que les bailleurs doivent être vigilants et bien documentés. Pour l'avenir, la loi PACTE de 2019 n'a pas modifié cet article, donc la règle reste d'actualité.
Points clés à retenir
- Quand puis-je agir en résiliation du bail ? Après un délai de 3 mois à compter du premier jugement d'ouverture (sauvegarde, redressement ou liquidation immédiate).
- Que se passe-t-il si j'agis trop tôt ? Votre action est irrecevable. Vous devrez attendre la fin du délai et recommencer la procédure.
- Ce délai concerne-t-il les loyers antérieurs au jugement ? Non, les loyers antérieurs sont des créances à déclarer auprès du mandataire judiciaire.
- Puis-je résilier le bail pour d'autres motifs (ex : défaut d'entretien) ? Oui, mais le délai de 3 mois ne s'applique qu'au défaut de paiement des loyers postérieurs.
- Que faire si le liquidateur ne paie pas pendant le délai ? Vous pouvez lancer une mise en demeure, mais vous ne pouvez pas demander la résiliation avant l'expiration des 3 mois.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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